1 décembre 2019

Les fours à chaux de Romilly


Le four à chaux de Romilly sur Andelle - 1934. On aperçoit au pied de la carrière le bâtiment où se trouve le four
1934. On aperçoit au pied de la carrière le bâtiment où se trouve le four

Le four à chaux de Romilly sur Andelle


Il y avait, jusque vers les années 1954-55, un four à chaux à Romilly sur Andelle. Quand on interroge les anciens de la commune, tous s’en souviennent, mais peu ont le souvenir de cette activité.
Dans le « Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure » de Charpillon et Caresme, édition de 1868, il est noté page 715, qu’il y avait deux fours à chaux à Romilly.
Le premier se situait rue des Hautes Rives en face de la jonction avec la rue du Moulin des Ponts, au bord de la ligne de Chemin de fer de Pont de l’Arche-Etrépagny. Il ne reste plus rien des bâtiments de cette entreprise, si ce n’est un quai qui probablement devait servir au chargement de la chaux.
Le second probablement était au pied de la colline dans l’axe de l’avenue de la gare juste après le passage à niveau, où on peut encore constater la présence d'une grande excavation.

Le four à chaux est une catégorie de four à calcination (opération par laquelle on modifie la structure d’un corps en le soumettant a une haute température) dans lequel on transforme le calcaire en chaux par calcination. C’est généralement un ouvrage vertical fixe et ouvert par le haut, mais on trouve également des fours horizontaux et rotatifs.
En général, les différents types de four de calcination se présentent sous la forme d’un puits de forme ovoïde qui s’alimente par le haut et se vide par le bas.
Dans le nord de la France le sol est si riche et productif que pour ne pas en priver l’agriculture, on extrait la craie qui alimente les fours à chaux en exploitant des carrières à ciel ouvert, comme à Romilly, ou alors des milliers de petites carrières creusées dans le sol.
La fabrication de la chaux constitue l’art du chaufournier. C’est l’ouvrier conducteur du four à chaux, et par extension l’exploitant d’un four à chaux.

Les différents procédés de fours antiques :


- Le four à alandier (alandier : foyer placé à la base d’un four)
Certainement le plus ancien et le plus artisanal. Il est composé d’une cheminée et d’une ouverture à sa base. Une fois rempli de pierres de feu, le feu est allumé sous la voute puis alimenté en permanence pendant plusieurs jours, en général pendant 100 à 150 heures selon la qualité du bois.
Le four à chaux de Romilly sur Andelle - Four à alandier

- Le four à mélange : four de conception ancienne, bâti en pierre et revêtu intérieurement de briques réfractaires, pour une production de chaux en continu.

- Le four par empilement du XIX° siècle : Imposant, de forme cylindrique avec une large paroi intérieure revêtue de briques. Les chaufourniers alternaient des lits de pierres et de charbon, afin d’obtenir un tirage suffisant pour maintenir la température de 850° à 1100°. En fin de cuisson, d’une durée environ 3 jours et 3 nuits, la chaux était éteinte avec de l’eau.
Le four à chaux de Romilly était probablement du type four à alandier.

La pierre à chaux se récolte dans des carrières à ciel ouvert mais a longtemps été extraite de carrières souterraines : les marnières.
La chaux est le nom donné à une matière obtenue par combustion du calcaire et utilisée depuis l’antiquité. C’est chimiquement un oxyde de calcium avec plus ou moins d’oxyde de magnésium, mais la désignation usuelle de chaux peut englober différents états chimiques de ce produit.
On les distingue à partir de leurs utilisations :
- La chaux vive est simplement la chaux sortie du four à chaux. Elle est essentiellement utilisée dans l’industrie et l’agriculture hydrophile. Elle est utilisée pour assécher et détruire les matières organiques riches en eau.
- La chaux éteinte est obtenue par un ajout d’eau à la chaux vive. Cette opération d’extinction produit l’hydroxyde de calcium avec un fort dégagement de chaleur. On la mêle ensuite avec du sable ou du ciment pour faire le mortier.
- La chaux aérienne : le phénomène de cristallisation s’opère en présence d’air.
- La chaux hydraulique : le phénomène de cristallisation s’opère en milieu aqueux.

Principaux usages de la chaux :
Depuis fort longtemps la chaux a été employée dans diverses situations :
En construction : elle est utilisée pour les mortiers, les crépis, les enduits, les badigeons.
En agriculture : elle est utilisée, pour le chaulage des arbres fruitiers, pour la fertilisation des sols comme bactéricide, antiseptique, et elle permet de remonter le pH des terres acides
Comme antiseptique, pour le traitement des cadavres d’animaux et humains
En chimie pour la préparation des bases comme sels de calcium
Dans l’industrie alimentaire pour la conservation des fruits et des légumes, l’industrie laitière et boulangère.
En industrie pour isoler et éliminer les impuretés néfastes du minerai de fer, comme agent d’attaque pour l’extraction de l’aluminium dans la bauxite, le traitement des fumées industrielles
En médecine, sous forme de lait de chaux, en anesthésie pour les appareils respiratoires en absorbant le dioxyde de carbone (et diminuer les risques d’explosion)…
En sucrerie, en industrie papetière, en tannerie, en savonnerie, en peinture….


Que reste-t-il du four à chaux de Romilly?

Il n’y a aucune date précise permettant de dire quand cette activité a débuté. Des recherches effectuées aux archives départementales à Evreux ou aux archives de la mairie de Romilly, n’ont pas permis de retrouver de traces de cette activité. Seule une carte postale datée de 1934 nous montre l’ensemble des bâtiments constituant cette entreprise.
Le four à chaux de Romilly sur Andelle
Pour les anciens de Romilly (70- 80 ans), il ne reste que le souvenir de ruines qui étaient un formidable terrain de jeux pour les gamins du quartier. Les ainés (plus de 85 ans) se souviennent de cette activité, mais personne ne se rappelle de la façon dont cela fonctionnait :

- Henri D. arrivé à Romilly en 1946 accompagnait son père qui possédait une ferme à Romilly lors des achats de chaux. Celle-ci était livrée soit dans des sacs de jute ou en papier. Il se rappelle également, qu’à cette époque aux deux voies de la ligne de chemin de fer, une troisième voie avait été ajoutée pour permettre le chargement des wagons à partir du quai.

- Jean M. se souvient que dans les années 40, les frères Gascoin, tous les deux ingénieurs, qui dirigeaient l’entreprise, habitaient dans la rue Blingue à Romilly et qu’ils la cédèrent à Henri Bidet en 1947. Cette vente fut réalisée dans l’étude de Maitre Séguret, notaire à Pont Saint Pierre. L’actuel Notaire de Pont Saint Pierre, Maitre Quignard, n’a malheureusement retrouvé aucune trace de cette vente dans ses archives. Monsieur Bidet poursuivit pendant quelques années son activité commerciale puis tomba en faillite vers les années 1955.
Le four à chaux de Romilly sur Andelle - Publicité de 1949
Publicité de 1949

- Yvette B. se rappelle qu’en passant elle voyait des ouvriers, au nombre de 2 ou 3, qui creusaient à la pioche la colline.

- Lucienne M., 98 ans, habitante de Romilly de 1930 à 2010, se souvient des tombereaux de chaux qui passaient devant sa porte lors des livraisons à la gare de Romilly. Elle se rappelle que le matin du 9 Juin 1940, avec plusieurs personnes de Romilly, elle était partie en exode pour retrouver sa famille. A Saint Pierre du Vauvray, le pont ayant sauté, ils ne purent aller plus loin. De retour dans l’après-midi, l’aviation allemande bombardait Romilly et ils furent tous mis à l’abri dans les bâtiments du four à chaux !!
Le four à chaux de Romilly sur Andelle - L'emplacement du four à chaux
L'emplacement du four à chaux

Les recherches se poursuivent pour trouver d’autres documents, d’autres renseignements sur le four à chaux dont la mémoire reste vive pour les anciens de Romilly.

Dr Francis Blanchet