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1 août 2017

Le Manoir de l'an VIII à 1848

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III

Le Manoir de Bonaparte à Napoléon III


Rappel des articles précédents (1789-1800) (voir bulletins n°1, n°2, n°4) : Le Manoir, petite paroisse pauvre d’environ 360 habitants vit du travail de la terre et de la batellerie, mais les plus pauvres y souffrent du chômage créé par le progrès technique : les « mécaniques à filer », beaucoup plus rapides que les rouets leur ont ôté un précieux revenu d’appoint, quand les drapiers de Darnétal les ont adoptées et cessé de donner du travail aux ouvriers à domicile.
La Révolution amène des changements de noms ; le plus gros propriétaire foncier, le noble de Coqueraumont est remplacé par le roturier Bizet, de Rouen. Pour les habitants, le changement le plus important a été le remplacement du vieux curé traditionaliste, Maille, doyen du prieuré de Perriers, après son refus de prêter serment à la Constitution, par un ardent révolutionnaire, Jacques Jérémie Leblond, qui essaie de faire bouger ses paroissiens, qui l’accusent de les injurier du haut de sa chaire, mais n’hésitent pourtant pas en cas de besoin à lui confier des missions de représentation puisqu’il est dans les petits papiers du pouvoir révolutionnaire. Devant leur peu d’enthousiasme, le curé Leblond disparaît pendant plus d’un an, engagé dans les armées de la Révolution, et revient en héros après Thermidor, dans un village qui souffre de la faim et des réquisitions, et ne compte plus que 257 habitants de plus de 12 ans. Tout suggère qu’il est alors l’homme le plus influent de la commune, mais qu’il n’a plus la même ardeur révolutionnaire.

Nous reprenons la lecture des comptes-rendus du Conseil Municipal en floréal an VIII, soit mai 1800. Nous sommes sous le Consulat, déjà Napoléon perce sous Bonaparte….

Le 5 floréal an VIII, François Milliard, propriétaire cultivateur, est nommé maire du Manoir par le préfet de l’Eure, Masson Saint Arnaud (les maires sont maintenant nommés, choisis par la préfet au sein du Conseil municipal élu : après Thermidor, on se méfie de trop de démocratie).

Les maires du Manoir jusqu’en 1848
· 1790 le curé Maille
· 1791 Jean-Baptiste Leclerc   adj. : Tesson et J.Depîtres
· 1792 Jean-Baptiste Leclerc   adj. : Tesson
· 1796 Jean-Baptiste Tesson   adj. : le curé Leblond (an IV, réélu en l’an V)
· An VIII François Milliard   adj. : J-B Leclerc
· An IX J-B Leclerc (après le décès de J-F Milliard) adj. : N-Y Pelletier
· An X N-Y Pelletier après le décès de J-B Leclerc adj. : J-B Tesson
· 1809 J-B Tesson   adj. : Dominique Bisson
· 1813 J-B Tesson   adj. : Dominique Bisson
· 1816 J-B Tesson   adj. : Eugène Depîtres
· 1824 J-B Tesson   adj. : Dominique Bisson
· 1826 L-J Bisson  adj. : P.Depîtres dit Boujeau
· 1832 Louis-Jean Bisson   adj. : J-B Depîtres
· 1836 Louis Dominique Pascal Bisson
· 1848 Dominique Bisson   adj. : J-B Brunel

            On constate donc une grande stabilité dans le choix des maires et adjoints, tous propriétaires, à deux exceptions près : Leblond, curé, et Pelletier, qui a été pendant des années secrétaire de la municipalité, et que nous saluons au passage pour la lisibilité de sa graphie et la qualité de son orthographe…

Pour mémoire, François Milliard était en 1791 le deuxième acheteur de biens nationaux, après J-B Leclerc, aujourd’hui son adjoint.

Le besoin de soldats

La guerre qui continue exige de lourds contingents, beaucoup tentent d’y échapper, la chasse aux réfractaires ou déserteurs s’intensifie…

Le 22 germinal an VIII, une lettre du préfet demande de fournir « l'état des conscrits et réquisitionnaires ayant obtenu un congé ou exemption de services, et par quelle autorité et pour quels motifs », puis en prairial exige le « départ forcé de la totalité des conscrits de l'an VIII » (512 hommes pour le département)

En l’an IX, on reçoit en mairie « des citoyens de la force armée qui ont demandé à prendre connaissance des tableaux des réquisitionnaires et conscrits de la commune ».

Leurs pouvoirs sont rédigés ainsi :
« Liberté Egalité, à Évreux le 17 pluviôse an IX de la république française et indivisible, le général de brigade Laroche commandant le département de l’Eure au lieutenant Ray : vous pouvez citoyen parcourir l'un après l'autre les différents cantons de ce département soit pour la poursuite des brigands soit pour la recherche des réquisitionnés et conscrits retardataires.
Salut, fraternité.»
 On convoque en mairie les réquisitionnés et conscrits du Manoir pour justifier leur congé de convalescence. « Ils se sont tous présentés sur le champ à l'exception de Jean-Louis Leclerc, fils de Jean-Pierre. Il nous a été requis par les officiers de la force armée de déposer chez son père deux fantassins pour y rester chez lui jusqu'à ce que ledit Leclerc ait justifié pour lui ou qu'il soit venu prendre sa feuille de route. »
Le système se révèlera efficace, au bout de deux jours de ce régime, Jean-Louis Leclerc se présente à la mairie pour prendre sa feuille de route et se rendre au dépôt militaire d'Évreux. Il déclare en outre avoir payé 12 francs aux deux hommes qui sont restés chez lui pour les deux jours et leur nourriture : on comprend que son père ait préféré écourter l’expérience …

La propagande napoléonienne

Bonaparte a besoin d’hommes, il doit aussi assurer son image. Les maires sont chargés de lire « publiquement et sans délai » les bulletins de l'armée de la célèbre bataille de Marengo (14 juin 1800) contre les Autrichiens, dans le Piémont italien, dont le rapport officiel sera réécrit trois fois…
Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - Marengo Napoléon Bonaparte

On raconte qu’après la bataille, le cuisinier dut se contenter des maigres provisions collectées (pillées) dans les villages voisins : poulet, œufs, tomates, écrevisses, pain rassis, huile d'olive... mais que le Premier Consul trouva excellent ce «poulet Marengo».
On aura aussi le brun Marengo, le marengo, monnaie de 20 francs or : les produits dérivés, ça ne date pas d’hier...

Accès de religion, ou de bonapartisme ?

On reçoit au même moment (messidor an VIII, soit juin 1800) une lettre du sous-préfet par laquelle il fait réprimande au maire de ce que des citoyens du Manoir se sont transportés dix jours auparavant à Pont-de-l'Arche, « rangés en haie » et ont chanté « un hymne latin appelé veni creator ».

Ou bien les citoyens du Manoir ont décidé de se livrer à des provocations gratuites, ce qui ne leur ressemble guère, ou bien ils sont allés fêter dignement la bataille de Marengo, obéissant vraisemblablement à un mot d’ordre non-officiel mais bien dans l’air du temps, et le sous-préfet fait seulement semblant de s’offusquer : on verra bientôt que le Veni creator (Viens esprit créateur...) sera le chant du sacre de l’empereur, et certains diocèses ordonneront alors qu’il soit chanté « dans toutes les églises du diocèse en action de grâces de l'escaltation (sic) de Napoléon Bonaparte à la dignité impériale ».

Engagez-vous !

La carrière militaire peut attirer : en 1809 se présente en mairie Adrien Flamand, 30 ans, garçon tailleur, souhaitant s'enrôler pour les services des côtes et des placés de première ligne ; même démarche de Pierre Manquant dit Magnole, 18 ans, manœuvre chez le sieur Requer, maître maçon et maire d’Alizay, et pour Étienne Pierre Dominique Tesson, 31 ans, membre de la garde nationale.

Chemins

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - Détail de la carte Levasseur de 1854
Détail de la carte Levasseur de 1854
         Ils sont toujours une des grandes préoccupations de la municipalité.

En 1801, on se plaint de leur « grande détérioration, causée par le grand nombre de voitures publiques qui passent et les détériorent ainsi que les champs avoisinants » (les voitures roulent dans les champs pour contourner le mauvais état des routes), mais on n’a pas d'argent pour les réparer.

On ne veut pas des contournements !
En 1810, une lettre du sous-préfet demande de s'exprimer sur le projet d'une route de Pont-de-l'Arche à Fleury traversant la commune du Manoir. Le souhait des élus est de voir cette route emprunter la grand-rue, alors que le projet, qui sera repris pour aboutir à l’actuelle départementale passe au-dessus du bourg. En 1825, le conseil municipal accepte de payer 3000 francs en trois ans à condition que la route passe dans le Manoir.

Il est à noter que les élus de Pîtres ont exactement la même réaction : on craint avant tout l’enclavement, et on tient absolument à ce que la route passe au milieu du village, quitte ensuite à protester contre les dégradations entraînées par les charrois.

En 1847, sollicitée pour contribuer à l’établissement d’un chemin d’Ecouis à Alizay, par Houville, Amfreville, Senneville, Flipou, Amfreville, Pîtres, le Manoir, Alizay, la municipalité répond que ce n’est pas mieux pour la commune que la grande route numéro 12 de Bourgtheroulde à Gournay (celle que l’on appelait route de Pont-de-l’Arche à Fleury en 1810), «plus utile est plus courte pour le trajet d’Alizay à Ecouis », et que donc elle considère qu’elle n’a pas à contribuer à son entretien.

On voit que la mise en place de routes suscitait déjà de nombreux débats et pouvait prendre beaucoup de temps, mais c'était aussi pour les communes un des postes de dépenses les plus importants.

La fouille d’un mètre cube de cailloux est payée 33 centimes de franc, son chargement en brouette 20 centimes, et son transport sur 30 mètres 10 centimes : même sans calculette, on peut s'apercevoir qu’il fallait travailler dur (un m3 de caillou pèse environ deux tonnes).

Insécurité

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III
Les années de la Terreur, les troubles du Directoire, la famine, les guerres ont laissé un vide d’autorité dans lequel le brigandisme s’installe...

Le 28 vendémiaire 1800, ordre est donné au citoyen Bisson, capitaine de la garde nationale, de demander un nombre d'hommes suffisant pour monter la garde chaque jour et surtout la nuit.

Le 12 ventôse an IX, soit après l’attentat royaliste de la rue saint-Nicaise auquel Bonaparte n’avait échappé que de justesse, on reçoit une lettre du préfet « portant le signalement de quatre scélérats qui ont dirigé et exécuté l'attentat du 3 nivôse contre la personne du premier consul », et une relative aux brigands sur les routes qui attendent les malles et les voitures pour les piller.

Années perdues…

2 messidor an X, c’est la dernière date rédigée selon le calendrier révolutionnaire que nous trouvons dans les registres, avec un petit mystère : messidor an X, c'est juin 1802, or le registre reprend, sans interruption, le 1er janvier 1808, donc 6 années ont disparu… pendant lesquelles Napoléon s’est couronné empereur (2 décembre 1804), et Nicolas-Yves Pelletier a été nommé maire du Manoir (15 décembre 1807).

Par ailleurs, pendant les années qui suivent on trouvera surtout des faits divers, auparavant peu présents : les maires ont vu leur rôle réduit par Napoléon au maintien de l’ordre public.

Le Manoir réclame un curé

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III
En 1809, le préfet demande la fermeture de l'église du Manoir, faute de prêtre, et rattache le Manoir à l'église de Pîtres, provoquant un tollé dans la population, qui accumule les arguments contre cette mesure : l’église de Pîtres à une demi lieue, elle est trop petite pour accueillir 400 âmes du Manoir –le chiffre paraît d’ailleurs un peu exagéré, même en comptant les nourrissons et les impotents-, la distance trop grande pour les enfants qui vont au catéchisme, et surtout en plein hiver. En conséquence de l'avis général du conseil et de la population il est décidé de proposer au préfet et à l'évêque de fournir un traitement annuel de 500 francs, un logement convenable et décent pour un ecclésiastique, d'entretenir l'édifice religieux, et de fournir les meubles et objets nécessaires au culte.
Le 15 avril, le conseil confirme les propos du 15 janvier, à savoir que les habitants du Manoir se sont rendus à l'église de Pîtres et « ont dû rester dehors dans la froidure de l'hiver à cause de la petitesse de l'église ». Ils demandent par lettre au préfet et à l'évêque l'autorisation de maintenir le culte au Manoir.

Puis on n’entendra plus parler du problème avant 1838, date à laquelle on comprend qu’une autre solution avait dû être trouvée : avoir recours aux services du curé d’Alizay, puisque à l’occasion d’une demande de paiement du logement du desservant adressée par la commune d’Alizay, le conseil proteste, avançant qu’il est « surpris par la demande d'Alizay qui n'avait jamais rien demandé, est riche, alors que le Manoir est pauvre, paie le desservant et a dû réparer l'église : on refuse « formellement ».

On décide par ailleurs ce jour-là que le mur du cimetière sera refait en « bizare*».

* une hypothèse, non confirmée, est qu’il s’agit d’un mélange de matériaux (bi- = deux)

Faits divers

En janvier 1808, on enregistre la déclaration de grossesse de Marie Catherine Depîtres.

Ce type de déclaration avait été rendu obligatoire pour les femmes non mariées par un édit d’Henri II, en 1556, pour éviter les avortements et les infanticides. Cette obligation était tombée en désuétude au XVIIIe siècle, et la Révolution et le Code civil y avaient mis définitivement fin, mais certaines femmes continuèrent à faire cette déclaration, qui permettait que le poids financier de l'éducation de leur enfant soit pris en charge par la collectivité lorsque le père ne voulait pas le reconnaître et qu'aucun candidat au mariage, et donc à la reconnaissance de paternité, ne se présentait.

Sorcellerie

En 1809, Jean-Louis Rivette, pêcheur, amène en mairie une "gabe", ou "gobe", "un poison qui pourrait faire périr tous les bestiaux". Il déclare l'avoir trouvé dans son jardin avec d'autres et sans en connaître les dangers, les avoir jetés sur le côté et enfouis. Il ajoute que la femme du nommé Loisel qui s'est disputée avec son époux un mois plus tôt lui a fait des menaces : « je suis partie pour faire un voyage qui te coûtera cher », c'était pour aller trouver son mari qui gardait les moutons sur la commune d’Ymare. Le procès-verbal est adressé au sous-préfet de Louviers.

Il sera classé sans suite, ce qui était sans doute très raisonnable, mais dommage pour nous...

Une haine qui dure

On trouve en 1816 le procès-verbal d’une rixe entre deux femmes, Marie-Lise Revert, fille de Pierre Revert, puis trois ans plus tard, en 1819, une plainte de Pierre Revert : « sa fille Marie Catherine a été agressée par Marie Lefebvre, sa voisine, qui lui a donné deux coups de manche à balai sur la figure... elle en a eu le visage ensanglanté... en la menaçant tôt ou tard qu'elle aurait sa mort.» Cette Marie-Catherine est la sœur de Marie-Lise étant déjà citée dans la rixe de 1816...

Révocation du garde-champêtre

Le 1er mai 1824, à la suite de plaintes des habitants contre Jean-Louis Leclerc, lui reprochant de ne pas garder propriétés et récoltes car il a trop d'occupations, entre autres aller à Rouen vendre des fruits...

1830 La monarchie de juillet

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III
Charles X, qui croyait pouvoir en revenir à l’Ancien régime, est chassé à la suite de trois journées de barricades à Paris (les Trois glorieuses), et remplacé par Louis-Philippe, le « roi bourgeois ».

Garde nationale

Elle est théoriquement composée de tous les Français âgés de 20 à 60 ans mais la loi n'appelle au service ordinaire que ceux qui ont les moyens de supporter les frais d'habillement et d'armement. Aussi n’y trouve-t-on que des hommes aisés, ce qui lui donne son caractère de milice bourgeoise, rempart des propriétaires contre le désordre. Sa composition permet donc de repérer les notables de la commune.

Le 5 décembre 1830 on élit l'encadrement pour les communes d’Alizay et le Manoir : Louis Milliard est élu capitaine et Jacques Nicolas Milliard lieutenant. Puis en 1831 de nouvelles élections ont lieu pour le Manoir seul dont la garde est composée de 70 hommes* : Deshais Philippe est élu capitaine, Depîtres Jean-Baptiste, officier en retraite, lieutenant, Brunel Jean-Baptiste sous-lieutenant, Bisson Dominique Augustin sergent major.

* ce chiffre nous a paru élevé, mais il comporte le service de réserve. Le véritable service est appelé "ordinaire", et lui seul est effectif et composé des habitants les plus aisés.

            A noter que l’on trouve là les noms des futurs maires et adjoints.

Aux élections communales de 1831, le droit de vote venant d’être élargi par l’abaissement du cens de 300 à 200 francs, on ne trouve pourtant que 23 électeurs réunis pour élire les conseillers. Bisson Louis Dominique Pascal, cultivateur, Brunel Jean-Baptiste, marinier, et Depîtres Jean-Baptiste, cultivateur, arrivent en tête x-aequo avec 20 voix chacun, suivis par Bisson Louis Jacques, le maire en fonction, 17 voix, et Depîtres Jean-Pierre, son adjoint, 15 voix, comme Milliard Jean-Baptiste, cultivateur propriétaire, Deshaies Philippe Lambert, capitaine de la garde …. les autres conseillers sont un Bisson, un Leclerc, et un Deshaies, maçon. Il y a donc dans le conseil deux non-agriculteurs : un marinier et un maçon.

Ecole

Le 27 janvier 1834, on dresse l’état des indigents pour les écoles, conformément à la loi Guizot de 1833. Ils sont au nombre de 18.

La loi Guizot oblige chaque commune de plus de 500 habitants à ouvrir et à entretenir une école de garçons ; l’école n’est pas encore obligatoire, mais elle doit être gratuite pour les plus pauvres.

Puis on verra, conformément à la loi du 22 avril 1836, une institutrice qui vient présenter en mairie son brevet de capacité, brevet du deuxième degré délivré par le recteur de l'académie de Rouen..
Nous ne savons pas où se faisait la classe, car il faut attendre 1845 pour que soit mentionné l’achat d'un terrain pour l'école, près de l'église.

Un document intéressant: la liste des plus imposés en 1835

Bizet (Rouen) 925, veuve Martin (Manoir) 204, Levavasseur (Rouen) 161, veuve Depîtres Jacques (Manoir) 80, Tesson Jean-Pierre (Alizay) 67, Perrier Daniel (Rouen) 61, Leclerc Jean-Baptiste et Louis 55, Delaporte (Pont-de-l'Arche) 54, veuve Tesson Jean-Baptiste 47 Darcel (négociant à Rouen) 35.

Les trois quarts de la propriété sont donc aux mains de non-résidents, le principal changement apporté par la Révolution étant que les biens confisqués aux Caillot de Coqueréaumont, barons de Pont-Saint-Pierre, ont été rachetés par les Bizet, négociants de Rouen.

Faits divers, vols, violences

Le 6 juin 1832, une plainte est déposée par Jean-Baptiste Tesson, pour insultes faites à son épouse par Marie Leclerc, veuve Revert : «ayant vomi les imprécations ci-après détaillées avec les plus grands torts », ce qu'elle reconnaît. «Vu les regrets faits devant nous par ladite Leclerc, nous n'avons pu faire autrement que de la prendre en commisération […] malgré que les injures sont strictement audacieuses contre la susdite dame Tesson […] la veuve Revert a dit à dame Tesson qu'elle était une voleuse et qu'elle avait montré son cul à tous les meuniers et que son beau-père avait volé la commune». La veuve Revert a préféré payer les assignations et autres frais et être garantie des preuves qu'elle était apportée de subir (il faudrait sans doute comprendre : "d’épreuves qu’elle était à portée de subir", l'orthographe étant souvent approximative.)
1835 – disparition d'une femme de 63 ans, on présume « qu'elle a tombé à la rivière »
- interdiction de récoltes ou de pâture sur les champs privés, de cueillir des herbes dans les « ozrais » (oseraies) et sur les prairies artificielles : les habitants pauvres semblent avoir gardé les habitudes du temps des communaux

– 1837, plainte pour vol chez la veuve Modeste Tesson, préjudice environ 15 fr. en pièces de un franc d'argent, en demi francs et 10 liards, trois quarts de carte pour faire des cols de chemise. De lourds soupçons sur un dénommé Langlois dit Bourdet, marchand de harengs à Alizay
– plainte de Mlle Catherine Tesson (27 ans) servante chez Jean-Jacques Leclerc pour coups au visage par le sabot de la veuve Eugène Depîtres.
– 1843, plainte de Vincent Langlois, cultivateur, pour vol : porte forcée, ainsi qu’une armoire, 700 francs cachés dans les draps ont disparu, les voisins n'ont rien entendu
– vol avec effraction de 30 francs cachés dans l'armoire, chez Leclerc Élisabeth
– 1844, plainte de Maillard Augustin, conducteur du bateau-drague : de petits bateaux en fer servant à l'exploitation de la drague ont été coulés en coupant les cordages, «par une infâme malveillance »
– vol chez Monique Leclerc, veuve Guernier, sans effraction, de 80 francs dans un gobelet d'argent, et de monnaie soit 96 francs en tout.
1845
– veuve Leclerc : 294 francs, même procédure, pas de soupçons, mais le lendemain, l’argent a été rapporté «déposé sur le seuil de la porte de son étable à vache» et retrouvé en présence de témoins ….
– des vols de bois causent une altercation avec un habitant de Pîtres, arrêté par le berger de la ferme de l’Essart.

Le droit au suffrage

Le 24 mars 1834, le sieur Bisson Louis Dominique Pascal a déclaré céder à son fils Bisson Dominique Augustin la somme de 30 francs de ses revenus fonciers pour qu'il ait le droit d'être électeur censitaire de la commune.

Ceci rappelle que le suffrage est resté censitaire, réservé à ceux qui paient une somme minimale d’impôts : la France ne compte que 246 000 électeurs en 1847, pour environ 36 millions d’habitants.

Le conflit avec Pîtres

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III
Le différend qui existe entre les deux communes n’est pas encore réglé. Ainsi en mai 1821 on trouve huit pages de délibération sur les frontières avec Pîtres et en 1835 des échanges de terrains ont lieu entre les deux communes, entérinés ou décidés par une lettre à en-tête de Louis-Philippe, signée par Adolphe Thiers, qui tranche provisoirement le conflit : la pointe Quenet n'est pas à Pîtres, les terrains en liseré vert sur le plan numéro 2 sont au Manoir...
Mais l’année suivante, à propos des bornages, l’affaire reprend, et on évoque à nouveau les actes de 1642 et de 1822, et en 1841 on procède encore à des délimitations.


Les terres

En 1836 on procède à un classement des terres et des tests faits sur trois propriétés, Levavasseur, veuve Martin et Jean-Baptiste Milliard, montrent une proportionnalité entre estimations et revenus réels. Le classement est donc approuvé.
L’insuffisance des revenus de la commune est signalée trois fois au préfet.

L’arrivée du chemin de fer, le pont

En 1841, à propos d’un projet de pont sur la Seine, on signale qu’il y a préjudice pour la commune, car le pont pourrait provoquer une embâcle de glace comme à Pont-de-l'Arche, et on demande qu’un chemin soit prévu sur ce pont.

En 1842, les friches de Saint-Martin (43 ha 39 ca) sont vendues à la compagnie de chemin de fer pour 12 francs l’hectare.

Communaux

En 1842 on met en location les communes pâtures « à condition que chaque locataire soit tenu de cultiver et ensemencer en bon ménager, en se conformant à l'usage du pays sans pouvoir y faire aucune détérioration »

Carrières

En 1843, l’autorisation est donnée d'ouvrir une carrière, pour «itirer du bloc».

Noyer

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - vente aux enchères d'un noyer
On vend aux enchères un noyer, « qui devra être arraché avec racines dans un délai d'un mois ». C’est Victor Eugène, sabotier, qui l’achète pour 25 francs.

Pauvres

En 1847 a lieu une réunion sur convocation du sous-préfet pour voter des ressources pour les pauvres : le Manoir déclare 12 pauvres, que « jamais ses indigents n'ont été mendier hors commune », qu’il est donc inutile de créer des ressources extraordinaires; La liste des ces 12 pauvres est dressée : elle comporte 8 femmes, dont 4 veuves. On leur affecte 100 francs.

En mars 1848, l'hospice de Pont-de-l'Arche réclame 151 francs pour le séjour de Forfait Désiré Amédée, de père et mère indigents, père infirme, fille épileptique, deux enfants chargés de famille. On lui répond : « Les ressources de la commune sont absorbées par l'indispensable, et sont en déficit. Les autorités n'ont pas été consultées pour l'entrée à l'hospice de cet individu qui est un ouvrier employé au chemin de fer, qui a reçu sa blessure sur la ligne et a été envoyé à l'hospice par M. le chef de la station dudit chemin de fer à Alizay », donc refus.

En mai 1848, « sous la présidence du citoyen maire » (la Révolution qui a lieu en février a chassé Louis-Philippe et remis au goût du jour le vocabulaire républicain), on fait lecture d'une circulaire du département de l'arrondissement, demandant de « subvenir le plus promptement possible à la subsistance de la classe ouvrière partout où les travaux habituels seraient suspendus et secourir à domicile les indigents et les ouvriers invalides afin d'ôter tout prétexte à la mendicité et au vagabondage »
Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III
On prévoit des travaux de terrassement pour occuper les ouvriers sans travail*, on procède à un recensement : 20 personnes valides et 3 âgées ou malades. Le salaire sera de un franc par jour et 90 centimes par mètre cube de caillou. Sur les 942 francs placés au Trésor, 400 seront dédiés aux secours.

* C'était la solution que le gouvernement de la IIème république avait trouvée pour régler le problème du chômage : organiser de grands chantiers de terrassement : voirie, urbanisme, etc. capables de mobiliser beaucoup de main-d'œuvre. Il lui manqua surtout de quoi payer les salaires, ce qui aboutit à l'insurrection de juin et à la rupture entre les ouvriers et la République.

Les traces des changements opérés au niveau national sont peu nombreuses, sauf peut-être l’arrivée en tête aux élections du 30 juillet 1848 d’un homme nouveau, Rousselin Célestin, suivi des « habituels habitués ». Seront néanmoins retenus Bisson Dominique, maire, et Brunel Jean-Baptiste, adjoint.

Presbytère

En 1851, un projet de presbytère est estimé à 420 francs pour le terrain et 8000 francs de travaux.

Une souscription volontaire de 600 francs des habitants est alors prévue, accompagnée d’un emprunt qui sera remboursé par un impôt extraordinaire de 20 centimes par franc.

Serments

Ils changent au gré des régimes...


mai 1852 : « je jure obéissance à la Constitution, fidélité au Président »
octobre 1852 «... au Président et à la Constitution » l’ordre est inversé...
février 1853 : « obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur »

Le conseil y ajoute une adresse à l’Empereur à l'occasion de son mariage avec Eugénie de Montijo :
Eugénie de Montijo

« Sire, le bonheur, la satisfaction et la joie que nous éprouvons en voyant nos vœux sympathiques si bien réalisés par l'union solennelle que vous venez d'accomplir, vous promettez au pays une descendance directe destinée à soutenir, à perpétuer la force et la gloire de cette couronne qu'ont relevé la volonté de Dieu et la reconnaissance nationale.
Vive l'Empereur, vive l'impératrice !»

... ce qui est beaucoup plus respectueux que l'épigramme qui circule alors anonymement dans Paris :
Montijo, plus belle que sage
De l’Empereur comble les vœux.
Ce soir, s’il trouve un pucelage            
C’est que la belle en avait deux !


Annexe 1 - Les richesses d'une veuve en 1800.

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - Héritage de Marie-France Tesson
Le 6 messidor an VIII, soit le 25 juin 1800, on établit, à la suite du décès de Marie-France Tesson, veuve Hébert, un état de ce qu'elle laisse à ses héritiers, François Hébert, présent lors de l'inventaire, et Jean-Baptiste Hébert, absent car défenseur de la patrie.

Ces états de succession se trouvent en général dans les archives notariales, mais celui-ci se trouvait glissé dans le registre des délibérations du conseil municipal du Manoir.

On y détaille d'abord les instruments de fer, servant au feu : une crémaillère, un vieux gril, un chenet, un bout de pelle à feu, une pincette, et un crémaillon.
Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - Héritage de Marie-France Tesson
Viennent ensuite trois vieilles marmites, dont deux sans couvercle, une chaudière de fer, une d’airain, une brochette à rôtir
La vaisselle est très modeste : trois plats, six assiettes, sept cuillères (on notera l'absence de fourchettes) et deux bouteilles de verre : elles ont donc suffisamment de valeur pour qu’il vaille la peine de les noter.
On note aussi un très petit miroir, puis le mobilier, qui se compose de deux chaises, une table et un banc, trois coffres, contenant une vieille chemise, deux bonnets, trois jupons, un bois de lit, avec paillasse, oreiller et une couverture. S’y ajoutent une balance de bois, une force à tondre les moutons. Un rouet se trouve au grenier : il nous rappelle que les habitants pauvres du Manoir n'ont plus de travail à domicile depuis que les drapiers de Darnétal ont cessé de leur en envoyer, s’étant équipés de machines à filer mues par la force de l’eau, comme en Angleterre.

Annexe 2 - Une déclaration de grossesse

Le Manoir sur Seine de Bonaparte à Napoléon III - déclaration de grossesse
«... quelle ma déclarée destre en saintes de viron six mois et demy... "les problèmes des Français et de l'orthographe ne datent pas d'aujourd'hui.

Sources :


Archives municipales du Manoir sur Seine, registres des conseils municipaux   


Michel Bienvenu

Jacques Sorel



1 mai 2017

Pîtres, d'un Empire à l'autre (1800-1850)

Pîtres

D’un Empire à l’autre
dans les archives municipales de Pîtres


Dans le numéro 1, nous avions laissé les habitants de Pîtres dans une situation de quasi-famine, en 1794, le conseil municipal tentant tous les moyens d'y pourvoir : envoi d'une délégation à Paris (l'instituteur Corot, ancien maire), tentatives d'achat de farine, et évidemment recours aux réquisitions, de moins en moins efficaces : en fructidor an III, les conseillers se disent "forcés de donner des sous" aux malheureux pour qu'ils se fassent délivrer du blé par les laboureurs de la commune "dont la plupart n'ont pas obéi à la moitié de la réquisition", donc ont gardé leur blé.
L'époque est encore troublée, la chute de Robespierre et les ennuis qu'ont maintenant ses partisans ont rendu les gens prudents, ainsi, le 15 brumaire an IV, (6/11/1795), on trouve : " les habitants ont été convoqués au son du tambour pour l'élection de l'agent municipal et de son adjoint; ne s'étant trouvées que quatre personnes, l'assemblée a été renvoyée à demain soir". La semaine suivante, Jean-Louis Menu est installé comme agent municipal. Il est marchand de bois, était représentant de Pîtres à la réunion de rédaction des cahiers de doléances en 1789 : c'est donc, après trois maires venus de la ville, le retour aux commandes d'un notable local, appartenant à ces familles de cultivateurs, marchands de bois ou mariniers dont les noms reviennent sans cesse :
Lebert, Letellier, Laurent, Gandois, Poulain, Mathias, Morlet, Thouet, Depîtres, Menu, Frèret, Frétigny, Tesson, Rose, Vigor….

L'Empire s'achève sur la défaite de Waterloo. En juillet 1815, soit un mois plus tard, on demande aux principaux propriétaires et habitants une acceptation de loger, nourrir et fournir les troupes alliées (anglais, prussiens, russes, autrichiens) : la France est occupée.
En 1816, sur demande du district, on organise l'abattage des arbres de la Liberté, derniers symboles de la Révolution (les derniers qui existent place des Frotteaux (sic); le prix de leur vente est distribué aux nécessiteux de Pîtres, comme de l'argent dont on aurait un peu honte...

La chute de Robespierre, le 9 Thermidor an II (juillet 1794) marque la fin de la Terreur, et l'arrivée au pouvoir, à la place des Jacobins, de modérés qui veulent en finir avec ce qu'ils considèrent comme des excès et jouir en paix des avantages qu'ils ont pu acquérir contre la noblesse et le clergé. Ils ne veulent donc surtout pas revenir en arrière, et pour ce faire finiront, contre le péril royaliste, par se trouver un homme fort : le général Bonaparte.
Que reste-t-il à Pîtres des personnages en vue de la Révolution ?
Jacques Dumont, membre du Comité de surveillance de Pîtres, donc très engagé avant Thermidor, au point de devoir se faire délivrer après la chute de Robespierre un brevet de "non-terrorisme" pour échapper aux poursuites et retrouver le droit de porter une arme, qui avait marié une fille à un Lecamus, famille de drapiers de Louviers, en novembre 93, devient maire de Pîtres en août 1795 (fructidor an III). Plus aucune mention de l'instituteur et maire Corot, sans doute retourné à Paris, ni de Jean Marc, marchand chandelier, maire en 1792 et 1793, si ce n'est son décès en 1799.

La propriété, les fortunes

Nous disposons pour les évaluer des matrices de contributions et de listes des plus forts imposés, sans malheureusement disposer d'une totale continuité.
En 1790, les contributions s'établissaient ainsi, en livres :
Milliard est le décimateur, c'est-à-dire qu'il est chargé de percevoir la dîme ecclésiastique, d'où sa fortune. Tesson est fermier d'un M. de Laloux de Belleville, et S. et L. Depître sont fermiers de Coqueréaumont.
Sieur Caillot de Coqueréaumont
634
 Milliard
 François, décimateur
375
 Depitre
 Fr-P et Louis
221
 Laurent
 Louis, pére
148
 Girot
 prop. bois du Taillis
145
 Tesson
 Guillaume
139
 Letellier
 Augustin
134
 Laurent
 Nicolas
129
 Morlet
 Jean
99
 Vigor
 Louis pére
84
 M. le curé

82
 Depître
 Simeon fils
80
 Depître
 Louis
80

Une grande partie de la propriété est donc entre les mains de non-résidents. La Révolution ne va pas bouleverser ce tableau. Des noms changent, mais la terre ne commencera pas à devenir propriété des habitants avant au moins un demi-siècle.


Les maires de Pîtres de 1789 à 1850
Avant 1789, il y a dans chaque paroisse un syndic, élu par une assemblée des chefs de famille de la paroisse. Après 1789, les maires sont élus par les citoyens actifs de la commune, payant une contribution d'au moins 3 journées de travail, mais ne sont éligibles que ceux qui paient un impôt d'au moins dix journées. Avec la Constitution de 1795, chaque commune élit un agent municipal qui participe à une municipalité cantonale, préfigurant nos communautés de communes.
Avec la constitution de l'an VIII (1799), qui établit le Consulat, les maires sont nommés par le préfet pour les communes de moins de 5 000 habitants. Après 1830 (Monarchie de Juillet), les maires restent nommés mais les conseillers sont élus, pour six ans.
Avec la Seconde République (1848), les maires sont élus par le conseil municipal pour les communes de moins de 6 000 habitants.

En 1789, le syndic est Jean François Lebert, gros propriétaire, puis Augustin Laurent, marchand de bois, est élu en fonction de la nouvelle loi
18/11/1792 Marie-Étienne Corot, "bourgeois de Paris et homme de loi", instituteur à Pîtres
Jean Marc maire de Pîttres
15/7/1794 Jean Marc, fabricant de chandelles, arrivé de Rouen en 1773
Jacques Dumont maire de Pîttres
août 1795 Jacques Dumont, ancien négociant de Rouen, ex-membre du comité de surveillance, donc jacobin
21 brumaire an IV Jean-Louis Menu, marchand de bois, agent municipal, J-B François Malherbe, curé, adjoint
J-B François Malherbe maire de Pîttres
3 prairial an IV J.B.Malherbe
maire de Pîttres
22 nivose an X Pierre-Louis Lebert, cultivateur
Jacques Gandois maire de Pîttres
28 février 1808 Jean Morlet, cultivateur, nommé en remplacement de Jacques Gandois, démissionnaire, Louis Laurent, adjoint
09/01/13 Morlet, cultivateur, Jacques Mathias, instituteur, adjoint
3/6/15 Pierre-François Victor Depîtres, et Jean-Baptiste Frétigny, adjoint, nommés prêtent serment à l'empereur
juillet 1815 Morlet (maire), Mathias (adjoint)
8/11/15 Louis Nicolas Letellier, nommé, prête serment au roi
15/10/21 Pierre-François Victor Depîtres, Jean-Baptiste Mathias, tonnelier, adjoint
20/02/26 Pierre-François Victor Depîtres, Jean-Baptiste Mathias, adjoint
2/7 /26 Charles Laurent, propriétaire et marchand, remplace André Laurent, décédé
6/10/31 Jacques Mathias Thouet, cultivateur, Jean-Baptiste Frétigny, maître marinier, Jean Nicolas Mathias, propriétaire et maître meunier, ancien membre réélu, prêtent serment
Jean-Baptiste Lapôtre maire de Pîttres
de 1832 à 1840 Jean-Baptiste Lapôtre, officier en retraite, épicier, nommé, Vigor, marchand de bois adjoint
Jean-Louis  Vigor maire de Pîttres
1840-48 Jean-Louis Vigor, adjoint Louis Gossent, maître marinier,
27/8/48 J- L. Vigor, élu pour trois ans, adjoint Jean-Baptiste Bizet. Ils jureront ensuite tous deux  obéissance à la Constitution et fidélité au Président en 1852
On note l'importance d'une belle signature, certaines sont particulièrement longues à tracer, mais le nombre de documents à signer n'était évidemment pas le même qu'aujourd'hui...
  

La matrice de 1829

C'est la première qui soit complète, recensant tous les contribuables, au nombre de 222. Nous reportons ceux qui paient plus de 100 francs de la "contribution personnelle" qui, assise sur la valeur locative des biens, donne une bonne appréciation de la fortune. Notons au passage que Mathias, meunier, paie aussi 1500 francs de patente ( la moitié du total des patentes à Pîtres).
Le total étant de 30 933 francs, on voit que près de la moitié de la fortune appartient à des propriétaires extérieurs, un tiers se trouvant aux mains de trois d'entre eux.
de Bernouville
Evreux
6379
Bizet
Rouen
1636
Duval François
Fresne l'Archevêque
1399
Depîtres
Pierre et Louis, Pîtres
1309
Delamotte
Rouen
1107
Depitre

850
Mathias
meunier, Pîtres
699
Chardon
foulonnier, Romilly
638
Delaplace
Damville (?)
624
Levavasseur
Rouen
481
Bisson

460
Chardon A
Pîtres
310
Duflot
Quevreville
300
Dobigné

300
Rose Louis
meunier, Pîtres
284
Frétigny
marinier, Pîtres
273
Milliard
cultivateur, Pîtres
269
Frétigny
Pîtres
261
Fréret robert
Pîtres
258
xxx
cultivateur, Pîtres
256
Lainé, propriétaire
marinier, Paris
237
Delaporte
aubergiste, Pont de l'Arche
221
Delamare
blatier
220
Lesueur
boucher, Pîtres
209
Dubois
blatier
201
Caillot
Paris
155
Cotton
La Neuville
130
Malot
propriétaire du bac
120
Halle Halle

107

Dans la matrice de 1833, seuls quelques noms changent, et la propriété reste largement entre les mains de propriétaires résidant à Rouen ou Evreux.
Bernouville
Evreux propriétaire
6379
Bizet
Rouen, propriétaire
1760
Quesnay
Mt St aignan, prop
1233
Soubiramme            propriétaire
1107
Mathias
Pîtres meunier
811
Delaplace
Douville
624
Chardon
Romilly foulonnier
600
Laurent A.
Pîtres
450
Depitres
Pîtres
430
Lesueur
Pîtres boucher
299
Rose
Pîtres cultivateur
264

En 1840, le plus fort imposé est le baron Claude Le Doulx de Melleville. Un Claude Ledoulx de Melleville était conseiller du roi au parlement de Paris, en 1659, un Claude le Doulx, émigre sous la Révolution, son frère est emprisonné à Evreux. L’amnistie accordée aux aristocrates émigrés en 1802 permet à la famille de récupérer l’ensemble de ses biens … Comment devient-il le plus gros propriétaire de Pîtres en 1840 ? Cette année-là, on peut calculer que les 12 membres du conseil municipal de Pîtres n'ont pas la moitié de ce que possèdent les 11 plus forts contribuables.
Ernest Le Hardelay Pîtresfemme de Ernest Le Hardelay Pîtres

En 1847, le plus fort contribuable est Ernest Le Hardelay, propriétaire à Rouen, dont le portrait par Charles Landelle se trouve au Musée des Beaux Arts de Rouen, avec celui de sa femme. Landelle (aucun rapport avec l'Andelle, il est né à Laval) était un portraitiste très demandé sous le Second Empire, mais en 1847, il n'est pas encore très connu, on est encore sous la Monarchie de Juillet, et E. Le Hardelay n'a que 34 ans. Héritage ? En une cinquantaine d'années, on est passé de Coqueréaumont à Bernouville, Ledoulx de Melleville, enfin Hardelay.

Prestations de serment.
Le texte des serments varie avec les régimes, mais les prêteurs peuvent être les mêmes.
an IV « je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République »
pluviôse an XII « Je promets fidélité à la constitution de la République française »
messidor an XII "je jure obéissance aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur" 
Sous la restauration (Louis XVIII)
18/9/14 « je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité, et si dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs j'apprends qu'il se trouve quelque chose à son préjudice, je le ferai connaître au roi. »
Avec les Cents jours :
22/3/15 «je jure obéissance aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur » par les mêmes que le 18/9/14.
Après Waterloo, nouveau serment :
15/10/21 « je jure fidélité au Roi et obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume »
Après les Trois Glorieuses, Louis-Philippe :
13/9/30 "je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume »
9/5/52 « je jure obéissance à la Constitution et fidélité au Président »
27/2/53 « je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur »

Quelques dates pour se repérer :
1794 Chute de Robespierre
1795 Directoire
1799 Coup d'Etat de Napoléon Bonaparte (18 Brumaire)
1804 Premier Empire : Napoléon
1814 Abdication de Napoléon (exilé à l'île d'Elbe), Louis XVIII
1815 Retour de Napoléon (Cent jours), qui est défait à Waterloo, Louis XVIII
1830 Révolution de Juillet, Louis-Philippe
1848 Révolution de Février, Seconde République
1851 Coup d'Etat de Napoléon III, le 2 décembre, Second Empire

La population

Pendant cette période, la population oscille entre 950 et 1050 habitants. Nous trouvons ainsi, en 1841, 1026 habitants, dont 480 hommes et 546 femmes, résultat de la plus forte mortalité masculine.
L'épidémie de choléra qui frappe la France de 1832 à 1834, et l'Eure en 1832, ne semble pas avoir marqué la démographie de la commune. Les 73 décès relevés sur le dénombrement de 1838 ne peuvent être que le résultat d'un enregistrement cumulé des années antérieures, ce que confirme le registre d'Etat-civil. Correction faite, on obtient une égalité presque parfaite des naissances et décès : la population stagne.
années
naissances
décès

1838
27
73
7 décès de moins d’un an
10 âgés de 64 à 94 ans
1839
21
29

1840
27
21

1841



1842
33
18
1 suicide
1843
22
27

1844
10
26
1 variole
1850
32
27

1851



1852



1853
22
16
1 cancer


Le budget de la commune

L'examen dans le détail d'un budget est toujours une source de connaissances intéressantes, et parfois la seule, sur les prix et les salaires.
Par exemple, en l'an III (1795), on trouve :
garde champêtre
250 livres
porte-tambour
400 livres
porteur des morts
100 livres
4 jours de maçon
200 livres
4 livres de chandelle
800 livres
plume et encre
200 livres
6 mains de papier
900 livres
2 cordes de bois
300 livres
quarteron de bourrées
20 livres
On voit ainsi que l'indemnité annuelle du garde-champêtre vaut moins que 4 journées de maçon, laquelle journée pourtant ne pourrait acheter qu'une demi-livre de chandelle, ou 8 feuilles de papier (une main = 25 feuilles), mais un stère de bois, ou deux de bourrées. La livre de pain cette année-là passe de 3 à 20 livres : les prix s'envolent, et de toute façon on ne trouve plus de farine à acheter.

Les communaux

Sur ces terrains sans propriétaires privés, chacun pouvait chercher du bois ou mener son bétail. Ils sont remis en question car on juge qu'ils seraient exploitées plus efficacement par des fermiers individuels.C'est le sens de ce règlement qui attribue les droits de parcours en fonction de l'importance de l'exploitation
19/06/09 règlement des parcours et vaine pâture : 1,5 bêtes à laine par arpent ou 3 par hectare de terre exploitée dans la commune, approuvé par le sous-préfet, soit : Jean Laurent 66 moutons, Louis Depîtres 70, Pierre Depitres 93, François Rose 100, Jean Morlet 115, etc.
18/07/09 considérant que le terrain communal est très souvent occupé à servir de port pour embarquer et débarquer sur l'Andelle le bois provenant de la forêt de Longboël, on fera payer cette occupation aux marchands de bois

Faits divers
La forêt n'est pas toujours sûre…
En l'an IV, deux habitants de Radepont se font voler leur blé dans la forêt de Bacqueville; on soupçonne trois journaliers de Pîtres
En l'an VII le garde champêtre se fait voler les bourrées qu'il avait préparées…
En 1811, rentrant de Rouen, un habitant de Poses est arrêté dans les bois par trois individus, dont un armé d'un pistolet, demandant «la bourse ou la vie »; il déclare avoir perdu 60 francs, du savon, du beurre, des bas chinés, deux cravates etc.
La Seine non plus…
an V : plainte pour vol d'une nacelle et d'un aviron à l'embouchure de l'Andelle, par un marinier domicilié à Paris, avec rappel d'autres vols antérieurs « plusieurs des auteurs de ces vols sont parfaitement connus de ceux qui ont été volés, notamment par les citoyens Vigor, Letellier, Gandois etc., tous mariniers demeurant en cette commune »
an V : vol de bois, plainte portée par un habitant du Vaudreuil; on perquisitionne chez François Rose, cultivateur, sans résultat, le plaignant avoue avoir agi "par animosité"
an VII : le passager, c'est-à-dire le responsable du bac, a refusé de faire traverser la Seine au percepteur de Pont-Saint-Pierre; il est l'objet de nombreuses plaintes, en particulier de gens qui disent "avoir appelé une heure"
an X : vol d'une montre d'argent à Parfait Gandois par un jeune homme de 20 ans environ
1811 : plainte par les aubergistes : une armoire a été fracturée, mais l'argent est resté, le voleur ayant été dérangé... "on a trouvé l'individu malfaisant, [...] dit La liberté, charpentier à Pîtres, sous le lit", "plusieurs individus au lieu de le retenir pour le mettre sous la sauvegarde de la loi se sont contentés de le corriger assez maladroitement … enfin il s'est évadé"
1814 : 410 francs sont volés sur un bateau, avec effraction, et du linge (six draps, couvertures, couverts...) chez une veuve pendant qu'elle était à la veillée chez une voisine
1815 : le tronc de l'église est fracturé
1818 plainte contre un "mauvais payeur" qui a brûlé dans sa cheminée un billet à ordre au nez du créancier
1824 vol de linge à l'église (surplis, nappes, etc.) plus fracture du tronc, le préjudice est estimé à 950 francs (somme très importante : voir budget de la commune).

Les chemins

En 1810, on répond à un projet du sous-préfet prévoyant la construction d'une route de Pont-de-l'Arche à Fleury : " il y a 20 ans les habitants déjà préféraient une route passant dans le village et non à 1200 m de la rue principale, sur les meilleur terrains". La commune n'est donc pas d'accord pour y contribuer, mais prête à verser 6000 francs de contribution si la route passe dans le village.
La retranscription d'un avis donné par un membre du conseil est éclairante : "cette route sera utile aux fonderies, à Pont-Saint-Pierre, à Fontaine Guérard mais malheureusement entraînera des pertes par destruction du flottage"
On doit cependant en ressentir l'utilité, puisque le conseil vote "par acclamation 1000 francs pour l'ouverture de la route, portés à 5000 si elle passe par la commune"
On en profite pour ajouter : « les voituriers qui transportent les draps des fabriques d'Elbeuf aux moulins foulons de Romilly et Pont-Saint-Pierre ainsi que les voituriers de la manufacture de Romilly portent des charges qui excèdent de beaucoup les règlements puisqu'elles s'élèvent jusqu'à 6, 7 et 8 milles pesant [...] ils crèvent les chemins", on demande donc l'application de la réglementation
En 1826, on vote des impositions locales extraordinaires pour la route départementale numéro 12 d'Elbeuf à Lyons passant par la rue de la commune « en suivant un alignement rectiligne d'Alizay à Pîtres et de Pîtres à Romilly » (considéré comme préférable au projet des ingénieurs)

En 1848, devant un projet de grand chemin Ecouis, Villerest, Bacqueville, Houville, Amfreville, Senneville, Flipou, Amfreville, Pîtres, Le Manoir, Alizay, le conseil municipal estime que "la route numéro 12 suffit et qu'il faudrait alors un pont sur l'Andelle, qui est flottable et navigable, plus une chaussée surélevée entre Pîtres et Amfreville, longue d'un kilomètre, ce qui rendrait l'exploitation dans la plaine plus difficile (un bac dessert ces communes à pied, à cheval et en voiture) ce chemin est donc inutile pour la commune de Pîtres."

Le bac sur l'Andelle

En 1811, pétition au préfet pour «restitution» (remise en état) du passage de l'Andelle : le bac est quasiment hors service; on prévoit la construction et l'entretien par la commune qui percevra les droits.
L'autorisation reçue, quatre mois plus tard, on décide que le premier passage sera fait par le maire « revêtu du costume que nous attribue la loi », et on prévoit la construction d'un bac "de 28 pieds de long sur 18 pieds 8 pouces et 30 pouces de bordée".
En 1813, l'exploitation de ce bac est mise en adjudication, "le prix étant fixé à 775 francs, valable pendant trois ans jusqu'à remboursement par la commune, tarifs arrêtés le 30 nivose an XII, avec clauses de maintenance". Louis Menu remporte cette adjudication, montant à 15 francs, contre Nicolas Mathias qui avait entamé les enchères à 5 francs.
En 1851, on révise les droits de péage sur les passages d'eau de Pinterville, le Vaudreuil et Pîtres; le tarif proposé par l'ingénieur est approuvé

Conflits entre communes
En 1820, on se plaint à Pîtres de voir les habitants du Manoir prétendre à une propriété exclusive sur les communes pâtures « en état d'indivis depuis des temps immémoriaux » (on y prend l'argile). Pour éviter un procès, on propose de cesser l'indivis et de creuser un fossé comme démarcation, et l'on menace : si le Manoir "contre toute attente" soutenait ses prétentions, la commune de Pîtres réclamerait les 14 acres dont elle paie les contributions et qui se trouvent enclavés dans son territoire, le droit de parcours sur la totalité de ladite commune pâture, et d'y tirer de l'argile….
En 1833, "malgré les tracasseries jusqu'alors intentées par les habitants de la commune du Manoir relativement au droit de propriété sur les communes pâtures de Pîtres ", on incite les habitants à les utiliser, à tirer de l'argile et à répondre par toute voie de droit
L'année suivante, la route numéro 12 de Bourgtheroulde à Gournay étant achevée, une grande partie du chemin qu'elle remplace devient inutile et pour en tirer parti on propose la vente aux riverains, ce qui entraîne une réclamation "d'un très petit nombre d'habitants de la commune du Manoir portant une opposition illégale à l'aliénation". On demande au sous-préfet de permettre l'aliénation.
En 1835 la pointe Quenet est réunie à Pîtres et les terrains sous le liseré vert sont réunis au Manoir, par lettres de Louis-Philippe
En 1841, on partage les communaux avec le Manoir "par égale fraction"

la Neuville Chant d'Oisel en 1835 réclame une partie de la forêt de Longboël; réponse : il s'agit d'une erreur récente du cadastre, la réclamation est mal fondée. En 1839, délimitation de la forêt de Longboël par le ministre de l'intérieur, qui déboute La Neuville, et estime la demande "plus qu'étrange".

Le progrès

En 1824, on choisit Pont-de-l'Arche pour y établir un bureau de poste pour les lettres
En 1844, le maire propose : "vu l'importance du pays, les mauvaises constructions qui sont presque toutes couvertes de chaume[...] l'achat de pompe à incendie". Coût : 1200 francs

Anticipations sur les biens communaux

Il est toujours tentant de déborder ( "anticiper") sur les biens communaux, censés appartenir à tous, mais qui semblent n'appartenir à personne. Le maire les défend, y compris contre sa propre famille…

7/12/34 on autorise Lapôtre, maire, à aller au tribunal contre Lapôtre Jean Jacques et Nicolas Mathias pour anticipation sur les biens communaux. Mais le conseil est divisé : François Depîtres, Ambroise Lebert, François Rose n'ont pas pris part « pour ces motifs qu'ils sont détenteurs de biens communaux et qu'ils emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir afin d'empêcher la restitution de ces terrains usurpés ».
28/12/34 sommation de la part des Chardon, de planter une borne pour diviser leur propriété d'avec le bien communal; menace de procès si Lapôtre (le maire) persiste à attaquer pour envahissement; celui-ci estime les demandes injustes et mal fondées et persiste.

L'école

En 1802 Jacques Mathias, qui exerce depuis quatre ans, est nommé instituteur par ordre du préfet, et perçoit 40 francs pour son logement. C'est tout ce que nous savons pour cette période. On trouve ensuite, après la révolution de 1830, sous la Monarchie de Juillet, suite à la loi Guizot de 1833 qui rend obligatoire pour chaque commune de plus de 500 habitants l’entretien d’une école primaire de garçons * :
1833 : vote de 200 francs " pour faire un sort un peu plus heureux à l'instituteur", qui touche une rétribution par élève : 1,5 francs pour la première classe, puis 1,25, 1, et 0,75 pour la dernière, et doit recevoir gratuitement 15 indigents
1835 un vote à lieu pour répondre à la question : la commune peut-elle entretenir seule une école ? La réponse est positive.

Le coût de l'école : traitement de l'instituteur : 100 francs, logement 80 francs, fournitures aux indigents 10 francs, frais 3 francs, "pour aider l'instituteur à suivre des cours à l'école normale" 34 francs. C'est donc la commune qui prend à cœur la formation de son maître, mais ne doit pas en être satisfaite, puisqu'en 1837 on révoque l'instituteur en place, Dubigny; plusieurs postulants se présentent, on choisit Pierre Louis Levavasseur, « réunissant tant sous le rapport de l'instruction que de la conduite morale les qualités nécessaires pour faire un bon instituteur »
En 1845, on décide de construire un logement pour l'instituteur et une salle de mairie, on prévoit l'acquisition d'un terrain rue de la Bise, et on vote donc un impôt extraordinaire de cinq ans de 0,15 franc par franc.
En 1847, c'est au 25 de la rue Bourgerue, qu'on achète à de P. Depître pour 2000 francs un terrain contenant un puits, des bâtiments à démolir, un cellier, un bûcher, pour bâtir "une classe, un local pour l'instituteur, une salle de mairie et un appartement pour une pompe à incendie ". En 1851, Clarisse Barette, "sous-maîtresse de pension à Rouen depuis trois ans, demeurant à Romilly" est nommée institutrice communale, c'est une conséquence de la loi Falloux*.

* la loi Falloux de 1850 étend cette obligation aux écoles primaires de filles pour les communes de plus de 800 habitants 

Le logement du curé

En l'an XI conformément au Concordat, la commune doit loger le curé; on loue alors un local pour 120 francs car le presbytère et le vicariat ont été vendus (à un sieur Quenet)
En 1817, le nouveau prêtre refuse la maison de l'ancien; on lui trouve une autre maison, pour 286 francs, le déménagement coûte 619 francs.
On proteste contre Le Manoir qui ne veut pas participer bien qu'il profite du curé (il n'y a pas alors de desservant au Manoir)
En 1822, on autorise à louer un local propre pour le desservant

La guerre 

Aux guerres de la révolution succèdent celles de l'Empire, la France ne sera en paix qu'après la défaite de Waterloo en 1815. On ne trouve que peu de traces de ces évènements lointains, sauf en cas de congés, convalescences, réquisitions ( fort appréciées, puis qu'elles évitent le départ à la guerre) des mariniers ou du personnel des fonderies, dispenses, réformes, dont on trouve divers motifs : inflammation du ventre, petite nature, humeur scrofuleuse, cacahisme, humeur glanduleuse, faiblesse de complexion ….

En l'an X Victor Grain (qui a combattu à Marengo) est nommé garde champêtre, c'est une forme de reconnaissance habituelle des anciens combattants.
Plus intéressant, la mention en 1810 d'amnisties après désertion, ce qui montre que le phénomène prend de l'importance, et qu'on renonce à punir systématiquement tous les déserteurs.
La conscription est mal vécue, on voit ceux qui y échappent et ceux qui partent, souvent pour longtemps : il faut 10 ans de campagne à Depître Jean-Louis pour être déclaré hors service.

Les médaillés de Sainte-Hélène

Ils feront l'objet d'un prochain article pour les communes de la basse vallée de l'Andelle. Retenons pour l'instant qu'il s'agit d'anciens soldats des guerres napoléoniennes encore vivants en 1857 (ils sont décorés par Napoléon III). On voit donc bien qu'il ne pouvait s'agir que d'une faible proportion des soldats engagés dans ces guerres. Et pourtant, rien que pour Pîtres on trouve huit médaillés, qui ne pouvaient avoir que plus de soixante ans.
A noter que l'on trouve sept morts enregistrés sur le registre d'Etat-civil de Pîtres pour la seule période 1795-1812.

Les métiers

Ce sont les registres de la garde nationale qui donnent le plus de renseignements sur les métiers pour cette période. Malheureusement, le seul qui soit complet, celui de 1836, finit par enregistrer des personnes nées de 1822 à 1827, ayant donc neuf ans en 1836 : Le registre a donc continué à servir au-delà de 1836, ce qui complique un peu les choses… Si l'on s'en tient aux métiers les plus représentés (au moins cinq occurrences), on aboutit aux chiffres suivants, sur 350 noms, ce qui correspond bien à la population masculine active :
Registre des métiers Pîtres

journalier
163
cultivateur
37
Marinier
21
domestique
21
charpentier
16
maçon
15
meunier
13
cordonnier
12
tourneur
11
fileur
5
menuisier
5
foulonnier
5
ouvrier
5




Les journaliers travaillent la plupart dans l'agriculture, mais dans les autres métiers, on comptabilise patrons et employés, considérant qu'il ont un métier. On trouve donc près de 60 % d'actifs dans l'agriculture, mais on perçoit déjà l'attrait de l'industrie (Romilly) : ouvriers d'usine, foulonniers, fileurs. A noter l'importance des mariniers, des charpentiers, dont certains précisent "de marine". Le nombre de cordonniers parait bien grand, y avait-il travail à domicile pour des marchands ? Quant aux tourneurs, un seul précise "en fer", ce qui ne veut pas dire que les autres sont vraiment des tourneurs de bois... 

La crise arrive

De mauvaises récoltes, aussitôt c'est toute l'économie qui s'en ressent, ce qui ne sera pas étranger au déclenchement de la prochaine révolution…
7/2/47 le sous-préfet rappelle : " devoir indispensable en ce moment critique qui est de secourir les pauvres et de procurer du travail aux malheureux ouvriers qui en manquent" on vote un crédit de 888,33 francs pour les ateliers de charité (c'est l'excédent des budgets primitifs et additionnels de 1846 et 1847)


Dans le prochain numéro : la grande transformation de la seconde moitié du XIXème siècle.


Michel Bienvenu

Jacques Sorel