Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles

1 août 2017

L’émigration au Canada (suite)

Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts

Emigrés au Canada : 

les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts

Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts
Oncle et neveu, Jean et Charles Jobin, étaient originaires d'Amfreville-sous-les-monts. Jean avait épousé en 1639 une Marie Girard, fille d'un laboureur, paysan aisé, de Saint-Cyr du Vaudreuil. Il s'était établi comme tailleur à Paris, rue Tirechappe (aujourd'hui rue du Pont–neuf).
Ils seront au Canada le point de départ d'une famille...
Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts

Le Canada au début du XVIIème siècle

Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts - Le Canada au début du XVIIème siècle
Les Français se sont établis en permanence dans la vallée du Saint-Laurent et en Acadie. Richelieu crée la Compagnie des Cent Associés, lui attribue le monopole du commerce, lui concède la Nouvelle France en seigneurie, lui faisant obligation d’y amener des colons. Une population agricole prend souche autour de Québec, l’activité principale restant le commerce des fourrures.

L’Eglise catholique commence à jouer un rôle dans le développement de la colonie. Nous l’avons vu dans le précédent article qui s’arrêtait à la mort de Champlain en 1635 (voir n°5). Le premier évêque sera François de Laval, né à Montigny-sur-Avre dans l’Eure. Ses premiers actes seront de protéger les indigènes victimes de marchands peu scrupuleux en interdisant la vente des boissons alcoolisées.

C'est en 1667 que Jean Jobin et son neveu Charles arrivent en Nouvelle France. Originaires d’Amfreville-sous-les-Monts, ils étaient maitres tailleurs d’habits à Paris.

La population immigrée de la Nouvelle France n'atteint alors pas 10 000 personnes. Les Iroquois, agriculteurs semi-sédentaires, alliés aux Hollandais et aux Anglais, font la guerre aux Français qui sont alliés aux Hurons. Les guerres avec les Iroquois s’aggravent de 1641 à 1665 puis de 1685 à 1701 date à laquelle est signée la Grande Paix de Montréal.

Champlain avait compris que pour s’assurer « l’amitié des alliés indiens », il fallait les assister dans leurs guerres d’où les raids anti-iroquois aux côtés des Hurons et des Algonquins (la tribu algonquine des Micmacs appelle les européens des « normands » ce qui marque bien leur présence prédominante). Les Iroquois s’acharnèrent contre les missionnaires français (martyre du jésuite Jean de Brébeuf et de ses sept compagnons).

Louis XIV décide de dissoudre la Compagnie et de faire de la Nouvelle France une colonie royale. Jean Talon est envoyé en 1665 comme intendant, le marquis de Tracy étant gouverneur. Sa première préoccupation est d’accélérer le peuplement du territoire, le Canada ne comptant que 2500 habitants en 1663, avec un excédent masculin. En une dizaine d’années 2000 personnes, dont la famille Jobin, sont attirées au Canada. On y envoie alors les filles du Roi…

Les Filles du roi étaient des jeunes femmes choisies par le roi de France qui devaient immigrer en Nouvelle-France au XVIIe siècle pour s'y marier et établir une famille afin de permettre de coloniser le territoire. Le Roi de France agissait comme un tuteur (leur père) en payant les frais de leur voyage ainsi qu'une dot lors de leur mariage. Cette dot était ordinairement de 50 livres. Elles étaient souvent orphelines et d'origine modeste, et à 81% d'origine urbaine ou semi-urbaine.
Elles sont entre 700 et 1000 à être envoyées en Nouvelle-France. Dix ans après leur arrivée, la population de la Nouvelle-France avait doublé.
Envoyées par Louis XIV à la demande de l’intendant Jean Talon, elles avaient en général entre 15 et 30 ans, et venaient pour la plupart des orphelinats des villes côtières telles que Honfleur, Dieppe ou La Rochelle, des Hôpitaux généraux de Paris, des hospices où étaient gardés les pauvres, les enfants abandonnés, etc. Elles débarquaient avec une dot du roi (qui était généralement une draperie et quelques articles ménagers), qui parfois n’était même pas versée et, six mois plus tard, elles étaient généralement mariées. (source : Wikipédia)

Les premiers Jobin vivront cette époque très positive. La colonisation agricole progresse : chaque exploitant était en devanture du fleuve Saint-Laurent et s’étendait plus ou moins en profondeur. C’était le rang. A la fin du régime français, les rives du fleuve étant presque entièrement occupées, on ouvrit les seconds rangs, plus éloignés de l’eau et accolés aux chemins. Le colon ne payait ni gabelle ni taille et vivait mieux qu'en France.

L’activité principale la plus lucrative restait le commerce des fourrures, la chasse et une partie du transport était assuré par les Amérindiens. Les guerres iroquoises ayant gravement perturbé les arrivages de fourrure à Montréal, les Français décideront d’aller les chercher eux-mêmes. Ainsi apparait le coureur des bois, qui stimule l’exploration de l’intérieur du continent. En 1682, Robert Cavelier de la Salle descend le Mississipi jusqu’à son embouchure : le pourtour des grands lacs et le pays des Illinois sont intégrés à l’empire commercial français, préparant la fondation de la Louisiane. La Nouvelle France est alors formée de trois colonies :
Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts - Le Canada au début du XVIIIème siècle
– le Canada, c'est-à-dire la vallée du Saint-Laurent avec le pays d’en haut, les grands lacs,
– l’Acadie, région orientale convoitée par ses voisins anglais, tour à tour perdue et récupérée, elle est cédée à l’Angleterre au traité d’Utrecht en 1713
– la Louisiane, à laquelle est rattaché l’Illinois.

L’immigration avait presque cessé à cause des guerres de Louis XIV. En 60 ans (de 1680 à 1740) il ne viendra que 5000 immigrants. Par contre la population s’accroit naturellement et passe de 16 000 à 70 000 âmes.

Les Canadiens affichent un sentiment d’appartenance distinct. La plus grande liberté dont ils jouissent dans ce pays neuf les rend plus libres que leurs homologues en métropole sans pour autant créer une société égalitaire.

Au cours de son histoire, la majorité des colons du Canada viennent de 3 grandes régions françaises : Poitou - Aunis - Saintonge, Normandie - Perche, Ile de France - Picardie.

Au cours de la guerre de 7 ans (1756-1763), que les historiens québécois appellent "la guerre de la conquête", les troupes françaises et canadiennes expulsent les américains de la vallée de l’Ohio forçant le jeune Georges Washington à capituler. Les Acadiens refusent de prêter serment à la couronne britannique et en 1755 sont déportés dans diverses colonies anglaises. Ce sera « le grand dérangement » qui laissera une trace profonde dans leur mémoire.
Au traité de Paris en 1763, la France cède le Canada à l'Angleterre, et entre 1760 et 1770 près de 2000 Canadiens rentrent en France mais beaucoup retourneront au Canada, ne pouvant s’adapter à la métropole.

            La langue du Québec garde de nombreuses traces du parler normand : ainsi calumet vient d'un ancien mot normand pour chalumeau, pipe, champelure = un robinet, croche = tordu, gricher = grimacer, asteure = à cette heure, maintenant, tant pire = tant pis, boucaner = fumer ou entrer en colère, frète = froid, itou = aussi, mi-aout = quinze août, mitan = moitié, milieu, racoin = recoin, etc.

Le déclenchement de la guerre d’indépendance américaine provoque chez les Anglais la crainte que le Québec ne se joigne au soulèvement. L’alliance des Français (Lafayette) et des indépendantistes américains suscite des espoirs chez les Canadiens.

La population française augmentant rapidement grâce à sa forte natalité, "la revanche des berceaux", les gouverneurs anglais doivent faire des concessions : en 1774, par l’Acte de Québec, les lois civiles françaises sont rétablies et la religion catholique reconnue.
Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts - L'arrivée de migrants en Nouvelle-France au XVIIIème . © Cap aux diamants
L'arrivée de migrants en Nouvelle-France au XVIIIème. © Cap aux diamants
           
L’accroissement de la population canadienne française va de 70 000 après la conquête à plus d'un million à la fin des années 1830. Après les guerres napoléoniennes, un exode massif de militaires s’établit grâce aux autorités qui accordaient terres et provisions. Il y eut 120 000 immigrants entre 1827 et 1832.
La situation se complique à cause des antagonismes persistants entre les anglais protestants, commerçants et financiers et les français catholiques et agriculteurs.

En 1834 le Parti Patriote lance un programme d’autonomie politique. Le gouvernement arrête les principaux chefs patriotes dont certains s’enfuient aux Etats-Unis. André Jobin, notaire à Montréal fut l’un des premiers patriotes appuyant constamment le Parti Patriote à l’Assemblée, et dut se cacher 5 mois en 1837-38. Le gouverneur anglais, maladroit, sera désavoué par Londres qui dotera le pays d’une nouvelle constitution. En 1848 le français est restauré comme langue officielle.

Une vague d’émigrants attirés par l’abondance du travail et des terres déferle... La production agricole double, les villes grandissent ainsi que les pêcheries et les constructions navales dans les provinces maritimes. Plus de 3 millions d’immigrants arrivent pendant les 15 années qui précèdent la 1ère guerre mondiale.
Emigrés au Canada :   les Jobin d'Amfreville-sous-les-monts - Le Roi George V et le Field Marshal Haig regardant des bûcherons canadiens au travail dans une forêt française (National Library of Scotland)
Le Roi George V et le Field Marshal Haig regardant des bûcherons canadiens au travail dans une forêt française (National Library of Scotland)
En 1914 les Canadiens s'engagent dans le conflit : sur 8 millions d’habitants, 600 000 prennent les armes, volontaires pour la plupart, et 52 000 resteront sur les champs de bataille.

La capitulation de la France en 1940 amènera le Canada à jouer un rôle important dans le soutien à l’Angleterre puis dans la victoire sur le nazisme. Des troupes canadiennes participeront au Débarquement, à la Libération et contribueront à repousser les Allemands de la vallée de l'Andelle.


Bibliographie

Histoire du Canada Paul André Linteau collection Que sais-je
Canada, guide VOIR Hachette
Les premiers français au Québec sous la direction de Gilbert Pilleul collection vie d’autrefois Archives et culture 2008
Revue Française de Généalogie n° spécial 400eme anniversaire du Québec
L’Eure berceau de célébrités, Cercle généalogique de l’Eure archives départementales
Cercle généalogique de l’Eure, Amfreville sous les Monts, mars 1998
Le Jobinfo, journal de l’Association des familles Jobin d’Amérique
Jean Raspail, En canot sur les chemins du Roi, Livre de Poche, Albin Michel 2005
Fabienne Thibeault, la fille du Saint-Laurent, éditions du Moment 2011
Louis Hémon, Maria Chapdelaine éditions Catherine Fayard et Cie, 1931
Collection des manuscrits contenant lettres mémoires et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle France, Québec 1884, volume III, Québec 1885 volume IV



Nicole de Cournon




Malgré le grave accident dont il a été victime, Hubert Labrouche, président de la Société des anciens et amis de la batellerie de Poses, et par ailleurs membre de notre association, vient de faire paraître Le halage sur la Seine à Poses aux XVIIIe et XIXe siècles, que vous pourrez trouver auprès de notre association, avec les derniers exemplaires de son ouvrage précédent, Le village de Poses sous la Troisième république.
Le halage sur la Seine à Poses aux XVIIIe et XIXe sièclesLe village de Poses sous la Troisième république

Un article de sa plume sur l'histoire des barrages de Poses, résumé de sa conférence de l'an dernier, paraîtra dans notre prochain numéro.
Exposition sur la guerre 14-18
En septembre, à l’occasion des journées du patrimoine, Guy et Nicole de Cournon ont ouvert les portes du Manoir de Senneville à plus de 400 visiteurs. Accompagnés par une petite fille de la famille, Serge Petit ou Yvette Petit-Decroix, chacun a pu découvrir l’histoire du manoir et la qualité de sa restauration, avant de s’arrêter dans l’ancienne charreterie où, en partenariat avec notre association, étaient exposés divers objets et documents relatifs à la Grande guerre.
Exposition  sur la guerre 14-18 Manoir de Senneville
Cette exposition, remaniée et étoffée, sera présentée à la Bibliothèque de Pîtres à partir de la mi-mai, pour recevoir public adultes et scolaire.
Nous remercions ceux qui nous ont prêté des documents et des objets, et par avance ceux qui répondront à notre appel de page 1.

1 juillet 2017

Nos ancêtres au Canada

Emigration au Canada

L'émigration au Canada

Nous dédions cette étude à Daniel Jobin, d’Ecouis, brutalement décédé en juillet 2013. Il nous avait très aimablement reçus et ouvert ses archives familiales. Nous avions découvert grâce à lui la richesse des relations renouées entre les cousins canadiens et français, descendants des premiers Jobin partis de notre petit coin de Normandie vers le Canada au XVIIème siècle (1638). Nous lui en sommes très reconnaissants et associerons toujours son souvenir à cette passionnante découverte des Canadiens français.

Au moment où nous célébrons la libération de notre région particulièrement de la vallée de l’Andelle fin aout 1944, alors que la Voie du Souvenir jalonne nos routes depuis les plages du débarquement jusqu’aux lieux des combats, nous nous rappelons tous nos liens avec ce magnifique pays que l’on appelait « La Nouvelle France ». Nous avons souvent oublié l’histoire de cette région francophone du monde américain et retenu du Québec une image mythique qui a éclipsé des pans de celle du Canada peu présente dans l’enseignement français : « on oublie que la Nouvelle France a partagé l’ancien Régime avec la mère Patrie, que le Canada n’a pas connu la Révolution de 1789, que la laïcité officielle de la France lui est étrangère, enfin qu’il n’a pas connu sur son sol les conflits mondiaux ».

On omet aussi la cession du Canada par la France, on occulte l’abandon d’une terre dont les habitants partagent notre langue, la religion et la parenté. Par contre, en retrouvant nos cousins canadiens actuellement, on laisse de côté la réalité actuelle de ce territoire situé dans l’immense continent nord-américain anglophone que bordent les Etats-Unis avec lesquels il effectue 80% de ses échanges économiques. Il faut changer de regard, « l’observateur doit changer d’esprit de mesure et même de vocabulaire » disait André Siegfried, afin d’apprécier les mentalités, les rapports interpersonnels et politiques et les réalisations de sa population.

Dans cette grande aventure à la fois épique et familière nous suivrons la famille Jobin partie d’Amfreville sous les Monts, caractéristique de ces familles de migrants français vers le Canada.

A la fin du XVème siècle et au début du XVIème, les grandes puissances maritimes européennes se lancent à la recherche d’une nouvelle route vers l’Asie. Par le traité de Tordesillas, la papauté partage le Nouveau Monde en 1494 entre l’Espagne et le Portugal. Les intérêts anglais et français ne sont pas pris en compte mais des représentants de notre pays sont présents sur les côtes du Brésil au début du XVIème siècle et s’aperçoivent que des Normands et des Bretons sont déjà là. A l’affut des profits générés par ces expéditions, les grands Etats du vieux continent recherchent des routes plus au nord. Des anglais avec John Cabot découvrent Terre-neuve où sont déjà venus des Bretons et des Basques. Les grands marins sont recherchés par les princes et les marchands conscients des richesses à exploiter.

Le florentin Verrazano est chargé par des banquiers italiens établis à Lyon et des marchands de Rouen et de Dieppe de trouver une route vers l’Asie par le Nord-Ouest. Il obtient le soutien de François Ier qui n’accepte pas le partage de Tordesillas. Son voyage en 1523 est un échec mais l’idée d’un « passage » demeure. On découvre les richesses drainées par les Espagnols et les Portugais.
Portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamet, 1844, d'après un portrait aujourd'hui disparu produit en 1839 par  François Riss. On ignore en fait son vrai visage.
Portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamet, 1844, d'après un portrait aujourd'hui disparu produit en 1839 par  François Riss. On ignore en fait son vrai visage.

En 1534, François Ier confie une mission à Jacques Cartier. L’évêque de Lisieux, Guillaume Le Veneur, obtient du pape une dérogation au traité de Tordesillas : les Français, ou d'autres pourront s’approprier « les terres encore non découvertes ».
A son premier voyage (vingt jours de traversée), Jacques Cartier atteint Terre-Neuve et établit un contact avec les Indiens. Il donne à ce pays le nom du roi et prend possession de la région avant de rentrer à Saint Malo. A son second voyage (cinquante jours de traversée) de mai 1535 à juillet 1536, il veut trouver des « richesses ». On oublie le « passage ». Il découvre l’estuaire du Saint Laurent guidé par deux Iroquois. Au milieu d’août 1535, des Européens entendent pour la première fois le nom de Canada (le pays des cabanes). Avec ses hommes, Jacques Cartier atteint le site du futur Québec puis le Mont Royal (futur Montréal). Le roi soutient un 3ème voyage avec Roberval comme gouverneur et lieutenant général et Cartier comme Capitaine général et maitre pilote pour « de plus amples découvertes ». Jacques Cartier établit deux forts et une colonie*. De jeunes enfants français et indiens sont échangés pour qu’ils apprennent les deux langues et servent ensuite de « truchements » c'est-à-dire d’interprètes.

* les mots colonie et colons ont une signification particulière dans l’histoire du Québec . Il faut les entendre dans le sens d’occupation de terres forestières pour y développer l’agriculture. Le colon  s’établit sur un « front pionnier », sans connotation péjorative.
Roberval construit un fort à la confluence du Saint Laurent et de l’Ottawa. Mais sur ordre du roi il rentre en France et les entreprises « officielles » cessent. Les recherches d’or et d’argent se révélant infructueuses, le Canada ne se peuplera qu’au siècle suivant. La désillusion est grande en France. Il reste des relations régulières entre nos ports et le littoral canadien. Seuls les pêcheurs de morue et les traiteurs de fourrure visiteront les eaux canadiennes. Jacques Cartier tombe dans l’oubli.

A la fin du XVIème siècle, après la mort de François Ier, les premières difficultés religieuses s’aggravent avec Henri II. La France semble se désintéresser de l’Amérique sauf à en faire un refuge pour les Huguenots (les protestants). Il faut attendre Henri IV en 1598, la paix intervenue avec l’Édit de Nantes, et la paix avec l’Espagne au traité de Vervins pour que la monarchie s’intéresse de nouveau au Canada.

En 1603 le roi nomme Pierre Dugua de Mons lieutenant-gouverneur de la Nouvelle France. Il obtient les droits exclusifs de la traite des fourrures avec les Indiens.

Viennent alors les premières tentatives et les premiers déboires de fondation d’une colonie avec le dieppois Pierre de Chauvin, puis d’alliance avec les Indiens-Algonquins et Hurons contre les Iroquois.
Emigration au Canada
En 1608 Champlain devient le lieutenant de Dugua de Mons. Marin et soldat visionnaire, il sera le père de la Nouvelle France. Il fonde une nouvelle compagnie avec deux marchands de Rouen, Collier et Legendre qui lui fournissent tous les moyens matériels et financiers nécessaires à cette entreprise, lui permettant d’explorer le Saint Laurent pour trouver le site idéal où s’implanter. Son choix s’arrête sur Kébec « l’endroit où la rivière se rétrécit » (pour mémoire Jacques Cartier y avait jeté l’ancre 75 ans plus tôt).

Les Français installent là leur « habitation ». Malgré le scorbut et le manque de nourriture, Champlain imposera Québec comme base de l’implantation et de la pénétration française au Canada. Son mérite est de passer outre les hésitations royales (Henri IV et Sully) en privilégiant le long terme et en jetant les bases d’un peuplement véritable. Ce combat sera celui de toute sa vie. Il fera vingt-trois fois** le voyage entre la France et le Canada (l'aller dure en moyenne un mois). En 1619 il sera renommé « lieutenant du Roi au Canada ». Avec ses compagnons il a fondé des colonies durables dans la vallée du Saint Laurent et exploré la moitié du continent. Ensemble ils ont édifié la Nouvelle France qui, à son apogée, va s’étendre de la baie d’Hudson jusqu’à la Nouvelle Orléans, en Louisiane, au sud et de Terre Neuve aux Rocheuses, à l’ouest. Bien que protestant (il est de Brouage près de la Rochelle, région acquise au protestantisme) Champlain devra accepter que la colonie soit catholique du fait de la participation de la Monarchie française. Montréal sera fondée par quelques dévots sous le nom de Ville Marie au pied du Mont Royal, près des rapides de La Chine, ce nom donné par les premiers explorateurs montrant bien qu’ils cherchaient encore la route de la soie et se croyaient en Asie.

** En 1716, un capitaine disait encore : « J’ai été sept fois au Canada et j’ose assurer que le plus favorable de ces voyages m’a donné plus de cheveux blancs que tous ceux que j’ai faits ailleurs. »
En 1633 Champlain se rend pour la dernière fois au Québec avec deux cents colons et des missionnaires jésuites. Il y construit des ports, rétablit le commerce des pelleteries, fait la paix avec les Iroquois et y meurt en 1635.

C’est alors que se situe l’arrivée de la famille Jobin en Nouvelle France. Nous les retrouverons dans un prochain numéro.

Les Indiens :
Au XVIème siècle, ceux qu’on appelle « les sauvages » ont en fait une culture très développée. Ils se répartissent en deux groupes principaux, avec 500 langues différentes et 22000 dialectes : les Iroquois, agriculteurs semi-sédentaires, dont l’alimentation est composée aux trois quarts de maïs, dans la vallée du Saint-Laurent et les Algonquins qui vivent de chasse, pêche, et cueillette d’été dans les plaines au nord du Québec.
Avec l’arrivée des Européens, ils apprennent des notions d’élevage, découvrent le cheval qui devient une monnaie d’échange très importante, et des techniques pour les cotonnades, les outils, les armes, les chaudrons, le pain. En échange, ils aident les Européens à s’adapter à la vie nord-américaine : canots d’écorce, raquettes, remèdes naturels. S’ils n’avaient pas partagé avec eux leurs techniques de survie, leurs territoires et leurs ressources, les premiers explorateurs et colons auraient été bien plus nombreux à mourir et auraient peut-être tout abandonné.
Champlain s’assure l’amitié des Hurons, intermédiaires dans les échanges de fourrures contre objets européens, en les assistant dans leur guerre contre les Iroquois, ce qui lui permet de pénétrer l’intérieur du pays. Cette alliance va constituer un lien essentiel pour l’existence de la colonie, contre les Iroquois, alliés aux Hollandais puis aux Anglais, qui s’attaquent aussi aux missionnaires français.


Nicole de Cournon

Monique Lefrançois



1 avril 2017

James MacPherson Lemoine en visite à Pîtres

James Mac Pherson Le Moine

Un Québecois chez l'Abbé Vaurabourg


Le texte ci-dessous est la traduction par nos soins d’un extrait de « Edimbourg, Rouen, York », récit d’un voyage en Europe, dans lequel James Mac Pherson Le Moine, historien reconnu au Québec, raconte son passage à Pîtres sur les traces de ses ancêtres et sa rencontre avec l’abbé Vaurabourg. Il existe à Québec une avenue James Lemoine (on y a préféré oublier le côté écossais du personnage)

Arrêtons-nous au centre d’un vieux village normand et voyons s’il ressemble à nos propres villages français. (Note : l'auteur parle des villages canadiens français)
Nous sommes à Pîtres, qui fut jadis le siège du royaume, et est maintenant une commune modeste, rustique, résidence tranquille d’une paysannerie industrieuse. Il est là, étendu sous les rayons brûlants du soleil d’août, à l’ombre de collines élevées, à la jonction des charmantes vallées de la Seine, de l’Eure et de l’Andelle ; la plus élevée de ces collines s’appelle la Côte des Deux Amants, et nous verrons bientôt pourquoi. D’une minuscule gare de chemin de fer, la grande route, faite de pavés, passe sur un petit pont, le long de haies, de robustes murs de pierre et de pâturages, et mène vers le village, petit mais chargé d’Histoire. A plus d’un égard, le paysage rappelle le Canada, si ce n’est que les habitants paraissent plus pauvres, de manières plus rustres, moins éduqués, que chez nous. Ici, une ferme d’un seul niveau, à côté, une grange au toit de chaume, tout près, des paysans en blouses grossières bleues ou grises, moissonnant (pas de faucheuses ici) avec la même faucille primitive, utilisée depuis des siècles par leurs ancêtres : les femmes en blanches câlines gaufrées, sabots, mantelets, mènent les chevaux vers les champs de blé ou vers la grange.

Carte postale de l’église de Pîtres sans rosace
Carte postale de l’église de Pîtres sans rosace

Les prairies et les pâturages proches des fermes sont en général bien pourvus d’arbres ombreux. Malheureusement, la mutilation uniforme de l’arbre, dont on réduit toutes les branches à l’état de simples moignons, pour fabriquer du charbon de bois et des fagots, lui donne un aspect désolé, mutilé. Assailli douloureusement, dégingandé, l’arbre ressemble à un gigantesque parapluie fermé, couronné d’une coiffe feuillue, avec une frange de feuilles vertes descendant à quelques pieds du sol. Nous avons noté ces douloureuses difformités non seulement en Normandie, mais même tout près de Paris ; il faut aller en Angleterre pour trouver un respect convenable des parcs et des arbres. La Normandie cependant, nous a intéressés par sa magnifique race de chevaux de trait : ils sont généralement gris ou blancs. On rencontre à l’occasion ces splendides spécimens de la race équine à Paris et en Angleterre ; ils valent 2 500 francs, environ 100 livres, chacun. Ils étaient plus actifs et plus élégants que les chevaux flamands que nous avons vus sur les quais d’Anvers. Les énormes chevaux de trait d’Anvers ressemblent à des éléphants de taille modérée.
Reprenons notre examen de Pîtres. La petite église était délabrée, son cimetière négligé, couvert de mauvaises herbes, tout à fait, hélas, comme certains des nôtres. Sur le devant ou l’arrière des maisons, les carrés de légumes ou de fleurs : tournesols, roses, œillets, pavots, marguerites, pivoines, bruyère. Un petit jardin bien entretenu nous mena au presbytère où nous trouvâmes un curé aux cheveux blancs, charmant, hospitalier et instruit. Quel plaisant accueil quand nous, les Canadiens présentâmes nos lettres d’introduction !

Nous fûmes contraints d’accepter l’invitation cordiale de Monsieur le curé à partager avec lui ce qu’il lui plaisait d’appeler son pauvre ordinaire campagnard. « Pîtres est trop loin de Rouen, dit-il, pour que j’aie toujours sous la main de la viande fraiche, mais si vous pouvez vous résoudre à manger un lièvre normand, je vais en faire tuer un jeune et gras »  Ayant sur le champ accepté son offre, nous nous retirâmes avec notre hôte dans le jardin, pour examiner les parterres de fleurs, les plantations, les poiriers et les pommiers, et une sorte de vigne rustique cultivée en Normandie. Bientôt Marie, la vieille ménagère extrêmement active et très bavarde, vint nous dire que le déjeuner était prêt, « comme il était » ajouta-t-elle avec un soupir. Le voyage et l’exercice avaient bien sûr aiguisé notre appétit ; mon compagnon et moi-même fîmes amplement justice, d’abord au potage, ensuite au lièvre juteux et rôti, puis au gruyère, qui était exquis ; ensuite vint une petit plat de blanquette ; des pommes, des prunes et des poires suivirent ; le cidre normand est un délicieux breuvage, qui déborde des timbales d’argent ; puis un bordeaux vieux fit le tour de la table ; suivit une tasse d’un divin café moka ; les confiseries, et un petit verre d’eau de vie, pâle et vieille (c’est-à-dire une cuiller à café de vieux cognac dans de délicats verres de Sèvres) mit fin à la fête. Le pousse-café, qu’il faut avaler en trinquant à la mode de Normandie (c’est-à-dire que les verres doivent se choquer) : tout ceci d’un curé normand ne recevant de l’Etat que 900 francs par an, nous sembla une merveille d’hospitalité, de savoir-faire et de goût. L’abbé n’était pas seulement accueillant, c’était un gentilhomme cultivé et qui avait voyagé ; il nous détailla les annales de Pîtres, dont il avait écrit l’histoire. Après qu’il eût épuisé ses questions sur le Canada, ses coutumes, si les Anglais opprimaient les Français, sa population, son commerce, sa littérature, etc.…, ce fut notre tour d’en poser sur la Normandie de notre hôte ; « quelles traces restait-il de l’invasion normande du IXème siècle ? Quelle était l’histoire de la petite église paroissiale, qui, nous dit-on, datait de plus de mille ans ? Pourquoi la montagne proche s’appelait-elle la Côte des Deux Amants ? » Notre hôte répondit : « Depuis plus de vingt ans, je suis chargé de cette paroisse. Dans l’idée de restaurer les murs qui croulent de notre église chargée d’histoire, j’ai consacré mes soirées libres à compiler l’histoire de Pîtres, bien que la somme obtenue par la vente de cet ouvrage reste modeste. Vous serez sans nul doute étonnés d’apprendre qu’il y a mille ans le Roi de France avait un château royal dans ce hameau sans prétention.
Pîtres, à ses débuts, fut un poste de l’armée romaine, une résidence royale sous notre dynastie mérovingienne, le siège d’un palais, et une forteresse pour les princes de la seconde race. Les années auraient sans nul doute fait de Pîtres une ville importante, si un événement imprévu n’avait modifié sa destinée : les invasions normandes du IXème siècle ont brisé son avenir, et la construction à Pont de l’Arche de forts et de structures pour arrêter ces barbares a centré sur ce lieu la vie et les activités de Pîtres. C’est une longue histoire. Ce fut spécialement un prince de la lignée carolingienne, Charles le Chauve, qui donna à Pîtres son lustre dans ces jours anciens. Pîtres était renommé pour ses ateliers de monnaie, et il est plus que probable que ce fut pourquoi Charles le Chauve y publia en 864 la loi connue sous le nom d'Edit de Pîtres, concernant la frappe de la monnaie. Pîtres fut aussi choisi par Charles le Chauve comme lieu de rencontre de ces assemblées nationales connues comme les Conseils de Pîtres . En 861 et 862, dans cette même petite église près d'ici, que j'ai entrepris de restaurer, le roi de France Charles le Chauve tint ces Etats généraux auquel assistaient les archevêques de Rouen, Reims et Sens, les évêques de Paris, Évreux, Coutances, Soissons,  Senlis, Tournai, Chalon-sur-Saône, Laon, Meaux, Tournai, Troyes, Autun, Lisieux, Sées, Beauvais. En 864, un concile encore plus important s'y réunit, environ 50 archevêques et évêques ; mais je dois vous renvoyer à mon travail sur Pîtres pour plus de détails. En ce qui concerne le nom de cette colline, son origine est à la fois romantique et tragique. Il y a très très longtemps, un fier baron de Pîtres avait une fille très belle ; un jeune dont la naissance n'était pas noble lui avait sauvé la vie lors d'une chasse au sanglier et demandé sa main. Le baron, ajoutant la cruauté à la fierté, accepta, à la condition que le jeune, sans aide, et sans se reposer, la porte en haut de la côte. Il y réussit, mais tomba mort en arrivant.
« De crise cardiaque » suggéra mon compagnon…Le jeune était-il trop faible ou la jeune fille trop lourde, notre hôte ne pouvait dire. Après une telle catastrophe, la demoiselle sans aucun doute se retira dans un couvent.
Mesdames et Messieurs, j'ai décrit, tel que nous l'avons trouvé, un village de Normandie. Pîtres, vous ne vous en doutez pas forcément, avait pour nous un intérêt spécial. Il y a plus de 200 ans, un gentilhomme aventureux venu de Pîtres débarqua sur nos rivages et devint un seigneur canadien ; je suis l'un de ses descendants.

Extrait de Edimbourg, Rouen, York, conférence délivrée le 25 novembre 1881 devant la Literary and historical society .
D'origine écossaise et canadienne-française, James Mac Pherson LeMoine , membre fondateur de la Société royale du Canada, en est le président en 1894-1895. De 1863 à 1906, il publie sept volumes regroupés sous le titre Maple Leaves (feuilles d'érable), qui restent une référence au Canada


Les ancêtres de J.M. LeMoine - L'émigration vers le Canada

Louis Lamarre dit Gassion (≈1630- 1663) : matelot, né à Pîtres, arrive au Québec en juin 1658; il épouse la veuve  Jeanne Garnier en 1659; un petit-fils de Louis Lamarre, Jean-Philippe, s'établira sur la rive sud de Montréal et sera à l'origine d'une bonne partie des familles Lamarre de Laprairie, St-Philippe et villages des environs;

Jacques Le Ber dit Larose né vers 1633 à Pîtres de Robert LEBER et Colette CAVELIER, décédé en 1706 Montréal; est un grand notable de la Nouvelle-France, plus particulièrement de Montréal. Il arrive au pays en 1649. Il s’installe à Montréal vers 1654 où, comme bien des colons, il se transforme souvent en guerrier pour affronter les Iroquois. Même rendu à un âge avancé, il se rend au combat en territoire iroquois. En 1658, il épouse Jeanne Le Moyne (1636-1682), sœur de Charles Le Moyne de Longueuil et de Châteauguay et fille de Pierre Le Moyne, (décédé vers 1657 Dieppe) hôtelier à Dieppe, qui a des neveux à Pitres. Le couple a cinq enfants : une fille prénommée Jeanne, devenue une célèbre recluse*, et quatre fils dont Pierre, le premier peintre connu de Montréal. Peu de temps après de son mariage, Jacques Le Ber s’associe à son beau-frère Charles Le Moyne pour de prospères activités commerciales dans le domaine de la fourrure, la pêche à la morue, le commerce avec les Antilles; cofondateur de la Compagnie du Nord en 1682, il s’intéresse à l’ensemble des ressources canadiennes et s’avère un pionnier de leur exploitation. Vers 1670, il est désormais un puissant et respecté marchand. Il devient un de ces grands notables consultés par les autorités pour les affaires de la colonie. A une certaine époque, il est considéré comme le plus riche marchand du Canada.  Il est anobli en 1696, et achete, avec Charles LEMOINE, le domaine de Senneville dans Montréal.
* Jeanne Leber ( 1662-1714) est honorée au Canada à l'égale d'une sainte. A l'àge de 18 ans elle choisit de vivre recluse sous le toit paternel puis dans une cellule dans une chapelle qu’elle fit construire.
  
François Le Ber (1626-1694), frère de Jacques Le Ber s’installe en Nouvelle-France probablement vers 1657. Il est père d’une fille née d’un précédent mariage en France avec Françoise Lefrançois et de six autres enfants de son mariage en Nouvelle-France avec Jeanne Testard, originaire de Rouen en 1662.

Jean leMoyne des Pins, né en 1634 (ou 1640) à Pitres de Louis Le Moyne et Jeanne Lambert, quitte la France avec son frère en 1655 ou 1656 pour le  Québec

Ils s’associent avec des Leber, originaires eux aussi de Pîtres .

Voir également notre article les bois de Pîtres