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1 octobre 2017

Quelques rues de Romilly

Romilly sur Andelle

ROMILLY : QUELQUES NOMS DE RUES


Rue Blingue et rue des claques

Le mot "blingue" remonte au XIIIe siècle sous la forme bélingue.
Il y a deux explications possibles, la première venant de blin, variante de "belin", bélier; c'est aussi le nom du mouton dans le Roman de Renart. Ce mot viendrait lui-même du néerlandais "bel", cloche, le bélier portant la cloche en tête du troupeau. La deuxième serait le mot beling, de biais d'où quelque chose comme rue traversière ce qui correspond bien au fait que la rue traverse complètement Romilly en venant de Pîtres et allant à Pont-Saint-Pierre.
Au XIXe siècle, la portion de la rue blingue qui va du Tournebride au calvaire (en face de l'ancienne Maison des jeunes) était souvent appelée rue des claques. Il ne faut pas imaginer du tout qu'on y trouvait des maisons de tolérance, mais c'est qu'à l'époque il y avait à cet endroit un ensemble de maisons construites pour loger les ouvriers de la fonderie, qui travaillaient toute la journée dans une chaleur torride et avaient tendance à boire plus qu'il ne fallait, et pas que de l'eau, pour s'humecter le gosier. On disait que quand ils rentraient chez eux ils pouvaient avoir la main leste, d'où le nom de la rue.
rue Blingue Romilly sur Andelle

Rue de la planquette

Le nom vient de la planche qui faisait office de pont de bois sur un bras dans l'Andelle. Le mot planche lui-même vient du latin palanca

La rue Marbeuf

Pierre de Marbeuf

Entre la rue Blingue et la rue de la planquette, marquant la limite entre Pont-Saint-Pierre et Romilly, il y a une toute petite rue qui s'appelle rue Marbeuf.
Pierre de Marbeuf (1596 1645), poète du XVIIe siècle est surtout connu pour son sonnet À Philis, qui associe avec virtuosité le thème de l'eau à celui de l'amour.

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer, L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer, Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage, Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer, Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer, Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage....
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.



Pierre de Marbeuf, écuyer, né à Sahurs, portait les titres de sieur de Sahurs et d'Ymare et a exercé la charge de "maître particulier des eaux-et-forêts en la vicomté du Pont-de-l'Arche". Tout ceci nous rapproche, certes, de Romilly, mais ne nous explique pas complètement pourquoi, ni quand, ce nom a été choisi.


Jean Barette




1 mai 2017

La rue de la Geôle

Pîtres Rue de la Geôle

La rue de la Geôle

Pîtres Rue de la Geôle - Cadastre dit napoléonien, 1837. Archives Municipales de Pîtres
Cadastre dit napoléonien, 1837. Archives Municipales de Pîtres
La geôle, du latin caveola, diminutif de cavea, c'est la petite cave, la cage, et par suite la prison. Le mot, passé au cours des siècles par gaole, gaiole, etc., se prononce [jôl], et a graduellement cédé la place à un autre : prison (de prehensio, du verbe latin signifiant prendre), ce qui peut expliquer que récemment la prononciation du mot devenu peu familier ait pu parfois être remplacée par une combinaison de sons plus familière, géo, comme dans géographie, etc…
Pîtres Rue de la Geôle - Dictionnaire étymologique de la langue françoise, G.Ménage. 1750
Dictionnaire étymologique de la langue françoise, G.Ménage. 1750

Notons au passage que le latin avait bien sûr un mot pour prison : carcer, qui nous a donné carcéral, incarcérer, etc.
Il y a donc eu une prison à Pîtres, qui dépendait de la justice du seigneur de Pont-Saint-Pierre et du bailliage de Rouen. Où ?????
Pîtres Rue de la Geôle
Il est à noter qu'au XIXème, on trouve encore mention d'un chemin de la geôle, qui recouvre la rue de la Geôle actuelle et la rue Bourgerue qui n'avait pas encore ce nom.
Sur le détail ci-contre d'une carte de 1731 conservée aux Archives Départementales de Seine-Maritime, on peut voir que cette rue (1), axe menant vers Pont-Saint-Pierre, était très peu habitée, et ne se distinguait pas de la rue, actuellement Bourgerue (2), qui la prolonge, et qui n'était bordée d'aucune maison, handicap certain pour revendiquer ce nom de rue du bourg.

Pîtres Rue de la Geôle
Par contre le cadastre dit napoléonien de 1837 (en tête de cet article) montre bien deux rues distinctes, avec un carrefour créant une rupture de l'alignement, et surtout une nette densification du bâti sur la "rue de la Bourgerue".
Pîtres Rue de la Geôle - La rue de la Geôle le 15/7/2006 (image Google Earth)
La rue de la Geôle le 15/7/2006 (image Google Earth)

La rue de la Geôle est devenue celle de l'école Jacques Prévert, et depuis 2011 s'y trouve le restaurant scolaire (la cantine). Les fouilles effectuées par l'INRAP en 2011 en prévision de sa construction montrent un niveau de circulation (petits silex sur remblais), suggérant même la présence d'une place publique, sur des terrains remblayés, ce qui serait cohérent avec la présence proche du balnéaire et du théâtre.

Michel Bienvenu

Alice Cobert



1 mars 2017

Les noms de rues de Pîtres


Pîtres


Les noms des rues à Pîtres


Sur le recensement de 1911 ci-contre, on peut noter qu’il n’y a pas de rue de l’Eglise, elle s’appelle encore rue Dumontier, mais il n’y a pas eu de Dumontier, c’était la rue du montier (monastère).
Pîtres - Recensement de 1911
Recensement de 1911

Tous les noms de rues de cette époque sont en effet descriptifs, on n’avait pas encore pris l’habitude de baptiser les rues en l’honneur de tel ou tel personnage.
Ainsi :
Féron : ferronier, forgeron, on trouve dans beaucoup de villages et petites villes des rue de la forge.
Bise : Est-ce le vent froid qui y soufflait ? À creuser...
Bocq, Bosc : c’était une rue menant vers le bois
Bourgerue : c’est tout simplement la rue du bourg
Geôle : c’était celle de la prison. A partir de quand a-t-on pris l’habitude de prononcer puis parfois d’écrire gé-ole au lieu de « jôle » ?
Moulins : il y en avait trois aux îles Sainte-Hélène
Ravine : recevait, et c’est encore le cas lors d’un orage, les eaux venant des terres situés au-dessus du village
Taillis : c’est un bois destiné plutôt à une exploitation fréquente ( pour le chauffage)
En 1931 apparaissent la rue de la pointe, dont on comprend le nom en voyant le plan du village, et la rue de la salle ( nous n’avons pas encore trouvé d’explication)

Il faut bien sûr ajouter le chemin de la remise, la rue des jardins, le chemin du marché, et le chemin boyer, le seul nom sur l’origine duquel on peut hésiter : chemin des bœufs ? Nous aborderons les noms plus récents dans un prochain article.

Le centre de Pîtres, au nord de la rue Dumontier (actuellement rue de l’Eglise) sur le cadastre de 1834 , dit napoléonien, car la décision d’établir systématiquement les cadastres date de l’Empire.
Le centre de Pîtres, au nord de la rue Dumontier (actuellement rue de l’Eglise) sur le cadastre de 1834, dit napoléonien, car la décision d’établir systématiquement les cadastres date de l’Empire.

Pîtres - sud de la rue Dumontier, avec la Seine, la port de Poses et l’Andelle avant qu’on en modifie le cours.
...et le sud de la rue Dumontier, avec la Seine, la port de Poses et l’Andelle avant qu’on en modifie le cours.