1 juin 2017

Itinéraire : les harkis

Itinéraire d’un Harki de Pîtres - Miliana

Itinéraire d’un Harki de Pîtres


Pendant la guerre d'Algérie, l'armée française a recruté près de 260 000 musulmans, dont 45 200 seulement ont été rapatriés après les accords d'Evian qui mettent fin au conflit en avril 1962. Les autres, restés en Algérie indépendante, ont pour la plupart été massacrés.

Parmi ceux qui ont pu en réchapper, quelques uns ont fini par se fixer dans nos communes, où se trouvaient quelques grandes usines demandeuses de main d'œuvre : Sabla, aciéries du Manoir, Société Industrielle de Cellulose d'Alizay. Témoignage de l'un d'entre eux, arrivé à Pîtres en novembre 1963

Il est né en 1934 dans un petit village près de Miliana, à une centaine de kilomètres d'Alger. Son père travaillait dans la ferme d'un colon qui possédait 1800 ha de terres. Lui, qui n'avait pas été scolarisé, s'occupait d'une vingtaine de veaux, puis vers 22 ans fut employé dans une mine de fer. Il y restera 4 ans, puis la guerre va faire basculer son existence. 
Itinéraire d’un Harki de Pîtres - Miliana
En 1958, il est marié et a deux enfants. Une nuit, on frappe à sa porte. C'est un groupe du FLN, Front de Libération Nationale. L'un d'eux lui demande de montrer sa carte d'identité, française, s'en sert pour le gifler, puis menace de tuer son oncle, qui était garde champêtre, et lui avec. Une femme du groupe demande à voir les mains et les pieds de son épouse, pour vérifier qu'ils ne sont pas teintés au henné, ce que réprouvait le FLN, lancé dans une campagne de réislamisation. On lui demande s'il fume, il commet l'erreur de répondre oui, et reçoit encore une gifle. Une douzaine de personnes armées de fusils le garde une demi-heure dehors, puis le laissent rentrer chez lui.
Les Mines du Zaccar
Mines de fer taillées dans de flanc de la montagne, on y descendait par des échelles, vers des galeries flanquées d'étroits boyaux.
La mine employait 1 800 travailleurs, soit à peu près un membre sur quatre de la population active de la ville. Beaucoup commençaient dès l'âge de quinze ans (comme beaucoup d'enfants à cette époque et encore aujourd'hui dans les pays sous-développés).
C'est à la suite de cette « visite » que son oncle le persuade de rentrer dans les harkis, ce qu'il fait, le 1er mai 1958, au 110e régiment d'infanterie. Après un temps dans les commandos, il est versé dans les Sections Administratives Spécialisées, chargées de lutter contre le FLN tout en servant d'assistance scolaire, sociale, médicale envers les populations rurales musulmanes afin de les gagner à la cause de la France. Il pense n'avoir tué personne, mais rappelle un dicton : je préfère que ce soit sa mère qui pleure que la mienne.
Puis un jour leur lieutenant les rassemble pour leur dire : « l'Algérie, c'est fini, que ceux qui veulent aller en France lèvent la main ! » Ils ne sont que 5 sur 25 à lever la main dans la section, mais lui, sentant que cela finirait mal, le fait. Il faut dire que son oncle avait, conformément à la menace, été exécuté par le FLN.
Une anecdote. Mars 62. Sa section arrête pour contrôle une DS noire à un barrage. L'homme assis à l'arrière déclare : « c'est moi Salan » et passe comme une fleur, malgré le mandat d'arrestation qui pèse sur lui depuis le putsch des généraux dont il avait pris la tête... Il se trouve que le lieutenant commandant l'unité faisait lui-même partie de l'OAS*, mais manquait sans doute de conviction car il sera abattu huit jours plus tard, par l'OAS, qu'il voulait quitter, c'est du moins la version officielle. Le général Salan sera arrêté le mois suivant.
* l'Organisation de l'Armée secrète s'opposa aux Accords d'Evian, pour garder l'Algérie française, et se livra à des séries d'attentats terroristes
Les accords d'Évian, qui mettaient fin à la guerre, venaient d'être signés, le 18 mars 1962, et approuvés par 90 % des votants au référendum du 8 avril en France. Ils prévoyait un retrait des troupes françaises étalé sur plusieurs années. Il se retrouve donc en juin à Alger, chargé avec le 23è RIMA de contrôler un secteur de la capitale. Le 6 août, on lui annonce que le départ pour la France a lieu à 13 heures, mais entre-temps sa femme qui était allée voir sa famille avait été arrêtée par le FLN avec leurs deux enfants. Elle ne peut donc partir. Port-Vendres, on débarque le matériel qui est chargé sur un train à vapeur, remplacé à Perpignan par une locomotive électrique. Le lendemain ils sont au camp de Sissonne, où leur régiment est dissous. Les 80 musulmans qui s'y trouvaient sont envoyés en banlieue parisienne, à Melun ou à Vernon. C'est à Vernon qu'on l'envoie. Aussitôt arrivé, il écrit à sa femme et à sa mère, qui lui répond qu'on le recherche. Il reçoit une lettre d'un ami FLN de son beau-père qui lui dit « tu n'as rien fait, on t'attend, reviens ! », mais se méfie et préfère rester... Une lettre suivante lui dira « j'ai pris ta femme avec les enfants », mais sa mère l'informe que ce n'est pas vrai. En 1963, elle lui écrit une lettre, en français : « si tu peux te débrouiller pour venir chercher ta femme et tes enfants, c'est le moment, avec la guerre du Maroc, ils sont tous partis à la frontière ». Le Maroc et l'Algérie viennent en effet de se lancer dans un conflit frontalier.
Itinéraire d’un Harki de Pîtres - Miliana
Il va montrer cette lettre à son capitaine, elle remonte jusqu'au colonel, qui téléphone au général et lui fait remettre une permission, un laissez-passer, et les frais de voyage. Il doit pouvoir ainsi se rendre à la caserne de Miliana, qui en fonction des accords d'Evian est encore tenue par l'armée française. Un de ses camarades, qui lui aussi habite aujourd'hui Pîtres, va comme lui rechercher sa femme et ses enfants.
Cependant, à l'arrivée à Alger, dans la caserne de transit, quand il annonce qu'il se rend à Miliana, on lui répond que c'est beaucoup trop dangereux. Mais, apprenant qu'une ambulance venait précisément d'arriver de Miliana, il réussit à force d'insistance à se faire prendre à bord. Il est ainsi le soir à la caserne, va voir sa mère le lendemain, lui donne l'argent d'un taxi pour qu'elle aille chercher sa femme et ses enfants, et les attend caché chez elle. Ils reprendront la route d'Alger en partie dans l'ambulance, pour aller attendre dans une caserne le bateau pour Marseille, où ils débarquent sous la protection des CRS et les insultes des ouvriers algériens du port. Il insiste sur ce qu'il doit aux officiers et sous-officiers français : « c'est grâce à eux que nous sommes là ».
Durant le trajet de retour, il se souvient d'avoir appris l'assassinat de John Kennedy.
Rentré à Vernon, il va expliquer à son capitaine qu'il voudrait quitter l'armée pour travailler et gagner un peu plus pour sa famille. Quinze jours plus tard, sa demande est acceptée et on lui propose du travail à la Sabla, à Pîtres. Il va quitter l'entreprise à la suite d'une réclamation auprès d'un contremaître qui ne lui payait que 44 heures sur les 48 effectuées et lui dit que c'est à prendre ou à laisser. Il préfère laisser, et trouve un emploi à la SICA. Le directeur de la Sabla viendra à trois reprises le chercher jusque chez lui, il lui expliquera ce qu'il en est du contremaître, mais n'obtiendra pas réparation. De toute façon, il est mieux payé à la SICA, il y travaille jusqu'à sa retraite en 1994.

En conclusion
Bien qu'il estime aujourd'hui faire partie des « Français oubliés », il dit avoir été bien reçu par l'ensemble de la population, malgré de petits incidents. Il aura, entre autres, eu du mal à se faire admettre, à une certaine époque, au sein de la section des anciens combattants, et en garde un sentiment d'injustice.

propos recueillis par Michel Bienvenu





Visite guidée de l'église de Pîtres

Eglise de Pîtres

Église de Pîtres


Nous vous proposons une visite-promenade de l'église de Pîtres commençant par un tour extérieur de l'édifice et se poursuivant par la découverte de l'intérieur de l'église. Notre but est de vous inciter à aller la découvrir sur place, ce texte en main, comme nous l'avons proposé lors de la journée d'ouverture exceptionnelle du 7 octobre 2012. Nous serons amenés à employer quelques termes spécifiques qui seront expliqués dans un glossaire en fin de texte.

Nous partons du calvaire situé dans le cimetière et cette première halte nous permet, d'une part d'évoquer le site et l'histoire de l'église, d'autre part d'appréhender le bâtiment dans sa globalité.
Tout ce que nous savons nous permet de situer l'église, construite dès le Xe siècle en bordure du village gallo-romain, sur les restes de la demeure royale qui, elle-même, avait été édifiée sur des restes antiques. Il y avait eu plusieurs cimetières extérieurs au village avant que le cimetière actuel ne soit associé à l'église elle-même.
L'église est dédiée à Notre-Dame. La paroisse faisait partie du diocèse de Rouen jusqu'à la Révolution et dépendait de Notre-Dame de la Ronde : c'est un chanoine de cette église rouennaise qui gérait l'église de Pîtres. Aujourd'hui la paroisse est rattachée au diocèse d'Évreux et fait partie d'un regroupement de paroisses appelé Notre-Dame de Seine-Andelle.
L'église de Pîtres est orientée est-ouest et présente un plan général assez simple, composé de deux ensembles rectangulaires, la nef et le chœur, auxquels se sont ajoutés au sud, c'est-à-dire à notre droite, deux chapelles latérales qui débordent de la nef sur le cimetière. L'église mesure 32 m de long sur 13 m de large au chevet.
Nous laissons pour l'instant la façade occidentale qui se dresse devant nous pour rejoindre la rue de l'église, afin de découvrir le mur nord du bâtiment et nous nous arrêtons sur le trottoir d'en face afin d'avoir du recul.
Eglise de Pîtres Avant 1903
Avant 1903

Ce mur de la nef est le plus ancien de l'édifice et date des Xe - XIe siècles pour la partie orientale, à notre droite, et du XIIe siècle pour la partie occidentale, à notre gauche, comme le montre d'une part l'appareillage de pierres qui conserve des traces d’opus spicatum, et d'autre part les deux ouvertures romanes en plein cintre qui subsistent : l'une à notre droite est toujours libre et est entourée de belles pierres taillées ; l'autre à notre gauche est maintenant murée et comporte des tuileaux de récupération sur les claveaux. Il existait d'autres fenêtres de même type, mais celles-ci ont disparu au XIXe siècle quand ont été ouvertes les deux grandes baies que l'on voit aujourd'hui ; les contreforts ont été ajoutés à la même époque. La troisième baie date du XVe siècle ; elle est de style gothique et comprend trois meneaux.
En progressant rue de l'église en direction de la Côte des Deux amants, nous arrivons maintenant au niveau du chœur : construit au XIIIe siècle, il est à deux travées et sur la première est érigée la tour clocher. De l'endroit où nous sommes le plan de ce clocher semblait être carré, mais en fait il est barlong. Cet édifice a été étayé de contreforts et percé au nord de deux fenêtres ogivales au XVe siècle. Jusque vers 1960, une petite tour de pierre placée à gauche de cette fenêtre permettait de monter au clocher ; elle a été remplacée par la tour métallique que l'on voit aujourd'hui. Le haut du clocher est ceinturé d'une corniche formée de petites arcatures en tiers-point qui surmontent des trèfles creusés dans le parement. Au-dessus de la corniche, sur ses quatre faces, le clocher possède deux fenêtres géminées. La sacristie qui était autrefois adossée au mur nord du chœur a été démolie en 1965, ce qui permet une meilleure visibilité de l'église.
Eglise de Pîtres après 1903
Après 1903

Entrons dans le cimetière pour observer le chevet plat, percé de ce côté par deux fenêtres jumelles en ogive. Au sud, à votre gauche, le chœur est flanqué de deux chapelles du XVe siècle qui tournent leurs pignons vers le cimetière. Un appentis s'appuie sur l'une d'elles : il abrite une pietà du XVIe siècle dont une restauration malheureuse a abîmé le visage. C'est cette statue qui donne lieu aujourd'hui encore à une procession en l'honneur de la Vierge Marie, le vendredi précédant le dimanche des Rameaux.
Eglise de Pîtres
Allons plus avant dans le cimetière pour nous placer le long du mur de clôture face aux deux chapelles latérales. Elles ont été construites au XVe siècle avec de nombreux matériaux de remploi : moellons de calcaire, silex, grès, briques, disposés en assises irrégulières. La chapelle sur notre droite est éclairée par une fenêtre à meneaux de style gothique rayonnant avec un oculus ; les ouvertures de la seconde, fenêtres et portes, sont récentes, de même que les deux bâtiments qui la jouxtent et qui constituent aujourd'hui la sacristie. En continuant vers l'entrée de l'église, nous passons devant le mur nord ; plusieurs fois remanié, il comporte deux baies du XIXe siècle et une du XVe siècle, en partie occultée par un des bâtiments récents.
Eglise de Pîtres
Nous arrivons maintenant devant la façade occidentale devant laquelle nous nous arrêtons : elle a été refaite en 1903 avec des pierres calcaires disposées en assises régulières. Une rose et le portail, en pierre plus ocre, sont réalisés dans le style gothique. Un porche à pans de bois précédait autrefois cette entrée. Le tympan du portail est nu mais la base de l'arc est ornée de deux éléments décoratifs : à droite les armes de Pîtres, qui comportent trois lancettes et deux étoiles ; à gauche, un écusson qui montre en son centre le monogramme de Charlemagne, Karolus en latin, repris par Charles le chauve. Tout autour se déroule la formule de protection du roi IHV NATE DI CARLUM DEFENDE POTENTER ("Jésus né de Dieu, défends puissamment Charles") et apparaissent les deux dates de 862 et 864 rappelant les deux conciles que le roi a réunis à Pîtres.
Eglise de Pîtres
Nous entrons dans la nef. Les fenêtres de l'époque primitive sont largement ébrasées à l'intérieur. La voûte est en lambris ornés de dessins noirs au pochoir. Elle a été repeinte au XIXe siècle. Le carrelage est très discret et très présent en même temps, dans les tons ocre, noir et jaune, aux motifs anciens ou plus récents, dans une même harmonie. Il proviendrait de la région de Beauvais.
La nef étroite et longue montre deux époques de construction : la partie orientale, vers le chœur, est du Xe siècle tandis que la partie occidentale, vers l'entrée, est un agrandissement du XIIe siècle, comme nous l'avons vu à l'extérieur.
Eglise de Pîtres
Les fenêtres, imitation de deux fenêtres gothiques, ouvertes en 1887, ont un peu dénaturé l'édifice. Levons la tête pour admirer les entraits engoulés : ce terme imagé désigne les pièces de charpente horizontale joignant les arbalétriers et dont les extrémités entrent dans la gueule d'un animal. L'un de ces entraits est un engoulant denté. Les deux autres auraient eu leurs dents effacées, on ne sait pourquoi. Ces gueules de monstres évoquaient les dragons qui décoraient les bateaux des vikings de sinistre mémoire.
Eglise de Pîtres
Dirigeons-nous vers le chœur et arrêtons-nous devant chacun des deux autels latéraux : à dais et à panneaux à compartiments flamboyants, ils sont du XVIe siècle, remaniés à la période néogothique du XIXe siècle. Ils ont été classés Monuments Historiques en 1912. Sur celui de gauche, la statue de la Vierge n'est pas d'origine, sur l'autre, à droite, la statue de saint Sébastien est du XVIe siècle. Elle a été repeinte. Un tabernacle en bois du début du XVIIe siècle, représentant le Christ, embellit cet autel.
Le chœur est long de deux travées de voûte ogivale, il date du XIIIe siècle. L'arc triomphal séparant la nef du chœur n'a pas de moulure. Ses bords sont seulement épannelés, c'est-à-dire dégrossis. Sur la première travée du chœur se trouve la tour clocher que nous avons vue de l'extérieur. L'autel principal, en bois richement travaillé, a été conçu au XIXe siècle autour du tabernacle du XVIe siècle qui représente l'Adoration des mages; les personnages sont vêtus à la mode du XVIe siècle.
Eglise de Pîtres
Vous remarquerez les reliques enchâssées dans le bas de l'autel, ce sont celles de saint Mauxe et saint Vénérand, martyrs d’Acquigny dont l'histoire se perd au tout début de l'époque mérovingienne.
La régularité du plan primitif de l'église a été détruite par l'adossement des deux chapelles au XVe siècle : ces chapelles communiquent avec le chœur par deux arcades ogivales. Le mur qui les sépare est également percé d'arcades, de sorte qu'elles forment un double chœur. L'ancien autel comportait un bas-relief en bois représentant un miracle de Saint-Nicolas aidant des marins qui l’avaient invoqué dans une tempête, à l'époque du concile de Nicée, c'est-à-dire en 325, du vivant même du saint. Ce panneau en bois du XVIIe siècle a été remis en valeur sur le haut du mur séparant les deux chapelles latérales.
Eglise de Pîtres
Revenons dans la nef. Les statues qui jalonnent le parcours dans l'église sont d’époques différentes. Les plus récentes sont dans la première partie de l'église et sont reconnaissables au badigeonnage qui les uniformise. Ce sont les plus populaires au XIXe siècle en général et dans notre région en particulier : Jeanne d’Arc, Notre-Dame de Lourdes, saint Martin, saint Antoine de Padoue, saint Joseph et sainte Thérèse de Lisieux. Sur l'arc séparant la nef du chœur se trouve un Christ en croix, sans doute œuvre du XVIIe siècle, restauré au XIXe.
Eglise de Pîtres

Eglise de Pîtres

Eglise de Pîtres

Eglise de Pîtres
Repartons vers le chœur où nous pouvons admirer, intactes, des statues plus anciennes, polychromes : celle de sainte Catherine d'Alexandrie écrasant son tortionnaire réduit à l'état de gnome, saint Nicolas, sans attribut particulier, rappelant avec le bas-relief, le culte très fervent du saint dans notre région. Sainte Catherine et saint Nicolas sont chacun à leur façon les protecteurs des mariniers. Sainte-Catherine est invoquée pour retrouver le corps des mariniers noyés dans la Seine. Les statues de saint Denis, du XVe siècle, et de sainte Christine, du XVIIe, proviendraient de la chapelle d'un château voisin.
Eglise de Pîtres
Un bâton de procession du début du XIXe siècle complète des objets de culte, attestant la vie religieuse continue de la paroisse de Pîtres.
Le jour de la visite vous avez pu voir deux statues remarquables, reste d'un ensemble sculpté de la fin du XVIIe siècle-début XVIIIe siècle, représentant Joseph et Marie en adoration. Ces personnages en bois, avec des traces de polychromie sont magnifiques. Saint Joseph offre une ressemblance étonnante avec le Christ comme cela se voit souvent dans des œuvres peintes ou sculptées du XVIIe siècle.

Les vitraux

Eglise de Pîtres
Nous terminerons notre visite en nous arrêtant devant quelques vitraux. Ceux-ci ont été refaits au XIXe siècle mais quelques éléments plus anciens ont été conservés. Le plus intéressant à ce sujet se trouve dans la verrière nord du chœur qui est divisée en 3 lancettes ; celle du milieu encadre un vitrail du XVIe siècle qui représente une fois encore une piéta, figurée sous un dais. Le verre coloré du vitrail offre une harmonie de couleurs (dont le jaune d'argent) que l'on retrouve sur les vitraux des lancettes latérales : ils ont été réalisés dans le dernier quart du XIXe siècle par Duhamel-Marette, maître-verrier très réputé de Rouen qui a abondamment décoré, à cette époque, les églises de l'Eure.
Eglise de Pîtres
Enfin dans le haut de la verrière on peut voir une Annonciation et Dieu le Père, vitraux du XVIe siècle.
Eglise de Pîtres
Les autres verrières de Duhamel-Marette représentent soit des saints particulièrement vénérés à cette époque (comme saint Nicolas, saint Sébastien, sainte Catherine déjà cités ou encore saint Pierre, saint Paul, saint Jean-Baptiste, sainte Anne...) soit des saints moins connus mais qui ont sans doute un rapport avec les généreux donateurs des vitraux, comme saint Alphonse de Liguori, sainte Élisabeth de Hongrie ou saint Stanislas Kostka (Stanislas était le prénom de l'abbé Vaurabourg, le très actif curé de Pîtres à la fin du XIXème siècle).
Eglise de Pîtres
L'église de Pîtres sans son clocher : en juillet 1945, une tornade a fait pivoter le clocher, que l'on a dû démolir pour des raisons de sécurité.

Sources

1. Inventaire de l'église de Pîtres établi par la DRAC, 2004
2. Charles Vasseur : L'église de Pîtres in Eglises de l'Eure 1856
3. Léon Coutil : Bulletin monumental 1901
4. L'église de Pîtres in Nouvelles de l'Eure n°15, 1963
5. Serge Zago: Pîtres in bulletin de l'AMSE, août 1965
6. K-F Werner : Les origines dans Histoire de France, sous la direction de Jean Favier, 1995
7. Claire Beurion : bilan archéologique de Pîtres, 1992
9. Histoire des saints et de la sainteté chrétienne, ouvrage collectif, Hachette, Paris 1988
10. Architecture, inventaire général du patrimoine culturel, éditions du patrimoine 2011
11. Plan cadastral de 1835, III PL 739, et série G aux Archives départementales de l'Eure


Nicole de Cournon

Yvette Petit-Decroix



GLOSSAIRE
Abside : extrémité d'une église, derrière le chœur.
Appareillage : disposition des pierres
Arc triomphal : arc qui sépare la nef du chœur
Arc : courbe qui décrit une voûte ou la partie supérieure d'une baie.
Arcature : série d'arcades de petite dimension
Arc brisé : arc aigu formé de deux segments de cercle se coupant suivant un certain angle.
Barlong : rectangulaire, et dont la longueur est orientée perpendiculairement à la direction principale, ou de référence.
Bas-relief : sculpture faisant corps avec un fond sur lequel elle se détache, mais moins que la sculpture dite en demi-relief et celle dite en haut-relief.
Chapiteau : pierre portant un ensemble de moulures et d'ornements qui coiffe ou couronne le fût d'une colonne, d'un pilastre, d'un pilier.
Chevet : extrémité d'une nef d'église, derrière l'autel, concluant le chœur.
Chœur : partie de l'église précédant l'abside, où se trouve le maître-autel.
Claveaux : pierres taillées en forme de coin qui entrent dans la composition d'un arc ou d'une voûte.
Contrefort : bloc de maçonnerie élevé en saillie sur un mur pour l'épauler ou le renforcer.
Fenêtres géminées : groupées par deux.
Ferme : assemblage de pièces de bois qui portent le faîte d'un comble.
Gothique : utilisant l'arc brisé, ou ogive, le style gothique a permis de construire des églises plus hautes, et plus lumineuses
Haut-relief : sculpture aux reliefs très accusés sans pourtant qu'ils se détachent du fond. Forme de sculpture se situant entre la bosse et le bas-relief.
Lancette : ogive de forme très allongée
Meneau : élément structurel vertical en pierre de taille, bois ou fer qui divise la baie d'une fenêtre ou d'une porte.
Monogramme : emblème qui réunit plusieurs lettres en un seul dessin
Nef : partie d'une église comprise entre le portail et le chœur dans le sens longitudinal.
Néogothique : style architectural né au milieu du 18e siècle en Angleterre et florissant au XIXe siècle dans le cadre du romantisme. Il fait revivre les formes médiévales du gothique. L'usine Levavasseur de Radepont est un très bel exemple de ce style utilisé pour un bâtiment profane.
Oculus : ouverture généralement ronde pratiquée dans une voûte.
Ogive : arc brisé.
Opus spicatum : disposition de pierres ou briques en oblique, comme l'arrête d'un poisson.
Piéta, ou Vierge de Pitié : Vierge Marie pleurant le Christ descendu mort de la croix, thème artistique récurrent (Mater dolorosa).
Plein cintre : arc qui décrit un demi-cercle.
Remploi :synonyme de réemploi
Roman :style architectural qui se caractérise principalement par l'utilisation d'arcs en plein cintre
Rose : ouverture de forme circulaire, agrémentée le plus souvent d’un vitrail circulaire. communément appelée rosace, surtout quand elle se trouve à l’une des extrémités de la nef ou d’un bras du transept.
Sacristie : l'annexe d'une église où le prêtre se prépare pour célébrer les cérémonies liturgiques ; on y conserve les ornements
Tiers-point : un arc dans lequel s'inscrit un triangle équilatéral.
Tuileaux : fragment de tuiles cassées
Tympan : partie verticale d'un portail, comprise entre le linteau et un arc.
Voûte : couvrement intérieur d'un édifice. 

Calvo, dessinateur et sculpteur

Edmond-François Calvo

CALVO
grand dessinateur, véritable créateur


Qui est ce Calvo dont la salle culturelle de Pont-Saint-Pierre porte le nom ?
Edmond-François Calvo
Edmond-François Calvo, dit Calvo, est né en 1892 à Elbeuf, où ses parents dirigeaient une distillerie. Il porte le nom d'une famille arrivée d'Espagne au XVIIIème siècle. Il mesure 1m91, est un grand sportif, qui remporte en 1909 la Traversée d'Elbeuf à la nage. Il manifeste très tôt des dons pour le dessin, son père va même lui payer quelques cours. Après des études au lycée Corneille de Rouen, il est mobilisé de 1914 à 1918. 
De 1919 à 1922 il fait la navette entre Elbeuf et Paris, puis dirige une galocherie (fabrique de galoches) à Pont-Saint-Pierre…
Etablissements Nicolas, actuellement entreprise Boulangeot à Pont-Saint-Pierre
Après un second mariage en 1924, avec Germaine Nicolas, il travaille à la fabrique de boucles de son nouveau beau-père, les Etablissements Nicolas, actuellement entreprise Boulangeot à Pont-Saint-Pierre. Puis, pendant une dizaine d’années, M. et Mme Calvo tiennent l’Hôtel-restaurant de l’Union, actuellement La Bonne Marmite. Ceux qui l’ont approché le décrivent comme un grand viking blond aux yeux bleus, taillé comme une armoire normande, jovial, doté d’une grande sensibilité et d’une compassion à toute épreuve.
Pendant cette période, il commence à publier quelques caricatures pour le Canard enchainé ainsi que des publicités pour une entreprise locale. Il conçoit également le lion qui se trouve dans le square de Pont-Saint-Pierre. En 1938, cédant au démon du dessin, il quitte l’auberge pour s’installer à Paris avec sa femme et ses deux filles.
Edmond-François Calvo

Edmond-François Calvo
Il fait des débuts très remarqués avec « La vengeance du corsaire » publié dans l’hebdomadaire pour enfants L'as et surtout avec Le Chevalier de Chantecler paru dans le magazine Junior.
Edmond-François Calvo
Edmond-François Calvo
On le voit ensuite collaborer à un nombre impressionnant de revues : Hardi les Gars, Coq hardi, Ames vaillantes, Cœurs Vaillants, King Kong, Bravo, Fillette, Zorro, Baby-Journal, La Semaine de Suzette, Pierrot, Fripounet et Marisette, Nono Nanette, Grandir, Femmes d’Aujourd’hui, etc…
Edmond-François Calvo

Edmond-François Calvo
Peu à peu, il se spécialise dans la bande dessinée animalière et crée une foule de petits personnages tous plus attachants les uns que les autres : Cricri et Matou, Coquin le cocker, Patamousse le lapin, Moustache et Trottinette. Parallèlement il illustre des fables et des grands classiques de la littérature enfantine (Le Petit Poucet, Cendrillon, Robin des bois ...) et publie directement aux éditions G.P. ce que l’on a coutume de considérer comme ses chefs d’œuvres : La bête est morte, Rosalie, et Monsieur Loyal.
Edmond-François Calvo
Dans L’armée française au combat : les premiers essais de la bombe atomique, 1945), Calvo réussit à rendre risible, car grotesque, un sujet aussi horrible qu’un corps coupé en deux, où pourtant rien ne manque, pas même les viscères qui s’étalent sur le sol. A partir de 1955 et jusqu'à la fin de sa vie il ne se consacrera plus qu’à une seule série, Moustache et Trottinette ( parue dans l’hebdomadaire Femmes d’aujourd’hui) qui reste son œuvre la plus connue du grand public et comporte des centaines de pages. Il revient au noir et blanc, ce qui permet d’apprécier pleinement son talent graphique sans le moindre artifice.
Edmond-François Calvo

C’était un bourreau de travail, auteur boulimique d’un petit monde grouillant sans cesse grandissant, voire délirant ; il pouvait passer plus de douze heures de sa journée attaché à sa table à dessin ou à sculpter dans son atelier.

Il meurt dans l’indifférence générale en 1957 à Paris et repose dans le caveau de la famille Nicolas au cimetière de Pont-Saint-Pierre. Mais Albert Uderzo, le dessinateur d'Astérix, reconnaît sa dette, sous forme d'un hommage qu'il fait paraître dans Pilote : "j'avais alors treize ans pour moi, c'était la fête car, comme il n'avait pas fini ses dessins, je restais sans bouger, tout l'après-midi, à le regarder travailler… »

Le lion du square G.PhilbertAmitié et Système D.

Le lion du square G.PhilbertAmitié Pont St Pierre - Edmond-François Calvo
En 1936/37, un contremaître d’une entreprise de maçonnerie, qui travaillait à Romilly-sur-Andelle au moulin Delafosse, prenait pension à l’Hotel de l’Union chez Calvo, qui lui montra la sculpture d’un lion en terre glaise, de la taille d’un chien. « Dommage qu’il ne soit pas plus grand, lui dit le contremaitre, on pourrait le faire en béton et l’installer sur une place ». L'idée du lion était née. Quelques mois plus tard Calvo achevait de le modeler en taille réelle. Puis ce lion fut moulé, avec une vingtaine de sacs de plâtre, et du béton coulé dans la forme en creux. Une bouteille a été placée à l’intérieur du lion avec les signatures de ceux qui ont participé à sa réalisation : Calvo bien sûr, Iaconelli, le contremaître, Bollo, manœuvre, Pireck, charpentier, un menuisier Mézerai, surnommé le père Copeau, Folliot, contremaitre de l’entreprise Bulher qui installait le moulin Delafosse, ami de Delafosse… Après quelques retouches, l’œuvre a été transportée au square avec l’aide de M. Renouvin, des Etablissements Philbert.
(d’après une interview réalisée en 1989 pour le bulletin municipal de Pont-Saint-Pierre, par M. Félix Lafuente, conseiller)

La bête est morte

Edmond-François Calvo - La bête est morte
Publié en deux volumes (Quand la bête est déchaînée et Quand la bête est terrassée) en 1944 par les éditions Générale Publicité, avec un scénario de Victor Dancette, l'éditeur, alors même que la guerre n’était pas tout à fait terminée, c'est une satire animalière qui transporte la Seconde guerre mondiale chez les animaux. 
Edmond-François Calvo - La bête est morte
Edmond-François Calvo - La bête est morte
Les Allemands sont représentés par des loups (sauf Goering et Goebbels, respectivement cochon et putois), les Russes par des ours blancs, les Américains par des bisons, les Anglais par des bouledogues, les Belges par des lionceaux. Les Français sont quant à eux de gentils lapins et écureuils, à l’exception des membres de la Résistance qui figurent en cigognes (de Gaulle est la grande cigogne nationale).
Edmond-François Calvo - La bête est morte
L’Allemagne s’appelle la Barbarie. La couverture du premier volume montre le chef des loups (Hitler) dans la fierté de la victoire, le bras droit levé et le regard mauvais ; le second album le représente avec un œil crevé caché par un vilain morceau de cuir, une plaie à la patte gauche, la vareuse déchirée. Sa botte droite laisse passer ses orteils, les bras levés en signe de capitulation. La fin est proche !!!
Edmond-François Calvo - La bête est morte
Le premier fascicule, écrit pendant l’Occupation, remporte un succès immédiat, l’impact est énorme, au point qu’il y eut dans les mois qui suivirent, des versions anglaise et néerlandaise, et plus tard en allemand.
Edmond-François Calvo - La bête est morte
Ce fut aussi la première bande dessinée à évoquer la déportation des juifs
Les deux volumes, reliés en un seul ont été réédités en 1977 par Futuropolis et en 1995 par Gallimard.
Walt Disney, mécontent de la ressemblance entre le loup de Calvo et le grand méchant loup de ses dessins animés, le menaça de plagiat. Calvo rectifia donc les truffes du loup dans le second volume et dans les éditions ultérieures. Disney lui proposa alors de venir travailler en Californie, mais Calvo déclina cette offre....
Edmond-François Calvo - La bête est morte

Edmond-François Calvo - La bête est morte

Uderzo, le père d'Astérix et Obélix, a plusieurs fois rendu hommage à Calvo

Edmond-François Calvo
[...] Quand j'avais 13 ans, mon frère], pour que je ne traîne pas dans la rue, m'a emmené dans une maison d'édition très importante à l'époque, la Société Parisienne d'édition. J'étais censé y passer les deux mois de vacances, mais j'y suis resté un an. Grâce à ça, j'ai rencontré de grands noms de la bande dessinée de l'époque, dont un certain Edmond-François Calvo qui était un type adorable, un grand bonhomme normand que j'ai regardé travailler pendant des heures. Il a été mon parrain dans ce métier. (interview blog BD 2007)

"Je pense qu'un certain nombre d'auteurs n'ont pas le succès qu'ils méritent. En mon temps, un Calvo, au talent immense, était réduit à vivre dans une soupente." ( interview Figaro magazine 2009 )

Calvo et la réclame (comme on disait alors)

Edmond-François Calvo - Tron et Berthet Pont St Pierre - Selles Idéale
L'entreprise Tron et Berthet de Pont-Saint-Pierre était bien placée pour avoir recours aux services de Calvo pour son modèle phare.
Edmond-François Calvo - Tron et Berthet Pont St Pierre - Selles Idéale
Calvo n'a pas fait que la réclame de Tron et Berthet. Le buvard, qui servait à éponger le trop plein d'encre quand on écrivait encore à la plume, était un important support de publicité avant l'adoption du stylobille dans les années soixante.
Edmond-François Calvo - Tron et Berthet Pont St Pierre - Selles Idéale

Edmond-François Calvo - chaussures André

réclame pour un journal humoristique
réclame pour un journal humoristique

Edmond-François Calvo - Tron et Berthet Pont St Pierre - Selles Idéale
La force de l'habitude…
-Une selle d'agneau ? -Non, une selle Idéale !

Edmond-François Calvo Liebig
un album à colorier offert par Liebig. On devine ce qui va tirer le petit poucet de ce mauvais pas... ….

Edmond-François Calvo
Notons la formule qui joue sur la construction d'un syllogisme, et met en avant "heureux et bien portant", plutôt que l'assimilation à une vedette : elle s'adresse aux parents.

Sources :

Documentation personnelle et article d'Arnaud Wronka, de l'Université de Lille (1998) (sur Internet)
Témoignage de Félix Lafuente pour le lion du square
Journal d'Elbeuf


Philippe Levacher