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1 janvier 2026

Charles Maignart de Bernières, Pétripontain méconnu

Charles Maignart de Bernières  - Plan de 1769 de Guillaume Le Roux
Charles Maignart de Bernières 

Pétripontain méconnu

Le fief de Bernières

Charles Maignart de Bernières  - Plan de 1769 de Guillaume Le Roux
Plan de 1769

Sur ce plan de Guillaume Le Roux, on trouve au nord-est du château de Logempré une parcelle appelée Bernierre, là où un peu plus tard les Cassini indiquent les Maisons. Aujourd’hui, à cet emplacement on ne trouve plus qu’un taillis et les vestiges d’un mur de briques.

Charles Maignart de Bernières - Sur la carte de France de Cassini
Sur la carte de France de Cassini

Au XVème siècle, cette terre dépendait de l’abbaye du Bec-Hellouin quand un dénommé Guillaume Maignart acquiert le manoir des Maisons. Il est conseiller du roi à l’Echiquier de Normandie, qui gère les finances de la province. En 1503 il demande à l’abbé du Bec la permission de bâtir un colombier*, mais Louis de Roncherolles, seigneur des lieux, conteste sa construction, en vain. Le seigneur de Douville, propriétaire du vieux château (voir bulletin n°10), donne l’autorisation en 1514 de prendre l’eau de l’Andelle, créant, au-dessus de la forteresse, ce qu’on appellera le petit bras de l’Andelle, pour alimenter l’abreuvoir, le vivier et le fossé jouxtant le Manoir.

* le colombier était réservé aux nobles, d’où la volonté de Maignart de s’en doter, et la tentative de Roncherolles de l’en priver : vieille noblesse contre noblesse de robe...


Le manoir des Maisons

D’après Dubuisson-Aubenay, «les Maignart possédaient le fief Les Maisons au pied de la côte dite du Buisson*. L’ensemble se décompose en une propriété d’environ six acres**,... le reste en terre labourable, bois et taillis placé au-dessous de la Garenne à l’abri de la forêt de Longboël […] une jolie maison composée d’un corps de logis, petit mais fort accommodé et logeable, et au bout est une double galerie haute et basse de 35 pas de promenade. […] aux murs de la galerie haute étaient appendus les portraits des ancêtres. Une pièce de vers latins datée de 1607 laisse entendre que cette galerie en forme de portique avait été construite dès les premières années de XVIIè siècle. Les Maignart aimaient se promener à la belle saison sous les ombrages des longues avenues […] au bout une chapelle fort jolie dont le patron est saint Jacques de Galice, sur la façade du corps de logis, à l’un des bouts sont quatre vers faits par messire Charles Maignart Ier de Bernières, président au Parlement de Rouen. Au bout du jardin, bois de haute futaie, frênes, hêtres et aulnes et au côté vers l’ouest un beau canal d’eau vive dérivé de la rivière Andelle… ».

Charles Maignart de Bernières - Jean-Jacques Le Veau,  Environs de Pont-Saint-Pierre
Tout laisse penser que ce dessin de Jean-Jacques Le Veau,  Environs de Pont-Saint-Pierre, représente les Maisons

* sans doute le Val Maignart 

** 1 acre = environ 4000 m²

En 1648, marqué par le dévouement sans limite de Charles de Borromée, évêque de Milan, auprès des pestiférés de sa ville, Charles Maignart lui dédicace la chapelle de Maisons. A cette occasion l’archevêque de Rouen oblige « à fonder une rente perpétuelle de 12 livres tournois et une hypothèque sur les rentes du manoir, célébration à la charge de Claude Flaman, curé de St Nicolas du Pont-Saint-Pierre et ses successeurs désignés comme aumôniers de la dite Chapelle, douze messes par an le 4 de chaque mois. » Prévoyant, Charles donne pouvoir au curé et au trésorier de Saint-Nicolas de contraindre ses successeurs au paiement.

 

Les Maignart, robins vernonnais

Charles Maignart de Bernières -

Cette famille de Vernon, pourvue de petites judicatures au XVè siècle, acquiert quelques seigneuries et une notabilité locale qui aboutit à l’anoblissement. Les frontières entre la roture et la noblesse étaient alors assez lâches, à la suite des bouleversements sociaux de la guerre de Cent ans. Les Maignart s’élèvent dans le monde judiciaire, se divisent en plusieurs branches, de la Vaupalière, de la Gravelle et de Bernières, près des Andelys, à l’origine de leur nom. Ils possèdent de nombreuses seigneuries, comme Beuzemouchel, qui prendra le nom de Bernières, mais la principale est celle de la Rivière-Bourdet, à Quevillon. Les Maignart de Bernières, membres du Parlement de Normandie, s’installent en la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen, et à Pont-Saint-Pierre au manoir de Maisons.

Charles Maignart de Bernières - Le château de la Rivière-Bourdet, à Quevillon
Le château de la Rivière-Bourdet, à Quevillon

Charles Ier Maignart de Bernières est président du Parlement en 1601. Charles II, son fils, également président, épouse Françoise Puchot qui, devenue veuve, séjourne au château. De l’union de Charles et Françoise nait le personnage de ce récit : Charles III Maignart de Bernières, qui durant la première partie de son existence séjourne régulièrement à Pont-Saint-Pierre avec famille et amis.


Charles III Maignart de Bernières

Charles Maignart de Bernières -
Né et baptisé à Sainte-Croix-Saint-Ouen en 1616, à quinze ans il part étudier à Paris, accompagné de son précepteur, Jean Guillebert, qui restera présent jusqu’à sa mort. En 1633, licencié en droit de l’Université de Caen, il fait l’admiration de ses maîtres, et il n’a pas 20 ans quand il est nommé au Parlement de Paris. Sa vie studieuse et mondaine est celle des étudiants de son âge et de son rang. Malgré son appartenance à la paroisse de Sainte-Croix-Saint-Ouen qui a la réputation d’apprécier les idées protestantes, il ne semble pas soupçonné de jansénisme*. En 1637, il est nommé conseiller au Parlement de Paris et achète l’office pour 40.000 écus. Ses pairs affirment qu’ils n’avaient encore reçu dans le Parlement personne d’aussi capable... De temps à autre il revient à Rouen et à Maisons. A 21 ans, il se marie avec Anne Amelot, fille du président de la Ière chambre des requêtes du Parlement et de leur union naitront neuf enfants, dont beaucoup meurent très jeunes.

* le jansénisme, qui s’inspire principalement de Saint Augustin, est considéré par l’Eglise catholique comme une hérésie. Il met l’accent sur la prédestination pour atteindre le paradis, et se rapproche sur ce point du protestantisme.

Charles, fier de son nom, se préoccupe des origines de sa famille, compulse et fait rechercher d’anciens titres. En juillet 1641, après un court séjour à Rouen, il passe des vacances aux Maisons d’où il écrit à son ami du Buisson Aubenay, assez fréquemment son hôte : « nous avons eu bonne compagnie depuis notre arrivée. Cela nous a fourni beaucoup de divertissement et l’eau que j’ai mis dans les canaux a meslangé nostre plaisir …»

Charles Maignart de Bernières - Blaise Pascal
Blaise Pascal

Durant cette période Charles rencontre à Rouen d’illustres personnages comme Pierre Corneille, son frère Thomas, Etienne Pascal, le père du grand scientifique Blaise Pascal, qui vient habiter la paroisse de Sainte-Croix-Saint-Ouen, où il invente pour faciliter les calculs de son père la première calculatrice … l’auteur des Pensées, sans doute le plus grand génie de ce siècle, invente le calcul des probabilités et tranche de façon scientifique un débat sur l’existence du vide qui ne se traitait alors qu’à coup de citations d’Aristote...

Cette période compte parmi la plus malheureuse de l’histoire de Rouen. La peste, la misère, la répression de la révolte des va nu-pieds marquent énormément Charles et Blaise, qui se rencontrent à la paroisse et se retrouveront à Port-Royal, mais nous ne savons malheureusement pas si Blaise Pascal a été l’hôte de Charles à Pont-Saint-Pierre …

Charles voit s’ouvrir une carrière des plus brillantes, en 1643 il est nommé Maître des Requêtes, puis Louis XIII le fait Conseiller en ses conseils, d’Etat et privé !

La grande misère du XVIIè siècle

De 1618 à 1648, la guerre de 30 ans déchire l’Europe, catholiques contre protestants et puissances contre puissances : pays allemands, Espagne, Provinces-Unies, pays Scandinaves, France … On estime qu’un tiers de la population germanique y a péri.

Par ailleurs, les épidémies de peste et les disettes se succèdent, et en 1639, le soulèvement des nu-pieds de Normandie contre la gabelle entraîne une terrible répression.

A cela s’ajoutent les deux Frondes, des Grands et des Parlements, contre l’absolutisme royal…

Charles Maignart de Bernières - Sébastien Vranck. Pillage d’un village
Sébastien Vranck. Pillage d’un village

La population des campagnes et des villes est plongée dans la misère et de toute part s’élèvent des plaintes. Dans les cahiers des Etats Généraux de Normandie de 1638 on lit « Sire, il est temps ou jamais que vous preniez pitié de votre pauvre peuple… ". Séguier lui-même, auteur pourtant des répressions sanglantes des Nus-pieds, écrit au Roi à propos des gens de guerre « en vérité le désordre est si grand que quelque règle qu’on puisse apporter, ils ruinent tout où ils passent... ce sont des voleurs et non pas des soldats ». Les habitants désertent les campagnes vers les villes ou meurent terrés dans les bois. Les cultures sont dévastées et les terres ne sont plus cultivées… 

 

L’élan de charité

Devant cette misère et ce dénuement, des femmes et des hommes de haute condition créent des structures afin de venir en aide aux plus défavorisés. Le renouveau spirituel qui suit le concile de Trente incite au développement d’œuvres de bienfaisance : Compagnie du Saint-Sacrement, Œuvres des enfants trouvés, Confrérie des Dames de la Charité, des Filles de la Charité, Congrégation de la Mission, etc. La charité est conçue comme une obligation religieuse stricte, l’Evangile fait une loi aux chrétiens de pratiquer l’aumône. Secourir les pauvres, c’est pour le fidèle plaire à Dieu, et faire son salut. Quelques responsables émergent comme Louise de Marillac, Vincent de Paul, quelques parlementaires dont Charles Maignart de Bernières qui organisera dans l’ombre de ce dernier l’assistance publique dans le cadre de la Compagnie du Saint-Sacrement. Charles publie en 1649 Instruction pour le soulagement des pauvres » et en 1651, Pour venir en aide aux provinces dévastées par les conflits.

 

Visites des prisons du Vexin

En octobre 1648, il a entrepris, à titre bénévole, une série de visites dans les prisons du Vexin, voulant, dit-il dans son rapport « s’informer suivant le devoir de sa charge et en exécution des ordonnances si les officiers des lieux font leur devoir ». Il visite les prisons de Mantes, Vernon, les Andelys, Pont de l’Arche, Gisors, et Pontoise. Partout il prend les mesures immédiates qui s’imposent, traite au mieux les injustices et les conditions de détentions arbitraires. Constatant la mort de prisonniers après trois semaines de disette, il prend les décisions élémentaires d’approvisionnement. Mais le plus souvent devant l’étendue du mal, il ne peut que prendre acte des plaintes des victimes. Cependant, sur son rapport, le Conseil du Roi prend divers arrêts : l’un touchant la réparation du pont de Vernon vital pour la ville et trois autres arrêts relatifs à l’état des prisons, aux extrêmes nécessités des prisonniers auxquels manquent le pain et la paille, enfin à la subsistance des prisonniers de guerre. Il s’attache aussi à la prompte expédition des procès et à l’allègement de l’impôt…

 

Tournant radical, Port-Royal

Charles Maignart de Bernières - Le château du Chesnay
Le château du Chesnay

Apprenant la décision de son précepteur, Guillebert, devenu prêtre, de se retirer à Port-Royal, haut lieu du jansénisme, il vend en 1649 sa charge de Maître de Requêtes pour se vouer au soulagement des pauvres de Normandie, Picardie, Champagne et Lorraine. Parallèlement à ses activités de parlementaire, il entretient des relations avec Port-Royal que les réformes de Mère Angélique Arnauld transforment en centre de haute piété.

Charles Maignart de Bernières - Racine
Racine

Le couvent se trouve en vallée de Chevreuse, l’endroit est humide, et la rigueur morale prônée par l’abbé de Saint-Cyran attirent ceux qu’on appelle les Solitaires ou les Messieurs : philosophes, mathématiciens, personnages de haut rang qui se consacrent à la prière, à l’étude et aux travaux : restauration des bâtiments de l’abbaye, drainage pour assécher les marécages. En 1637 Saint-Cyran crée les Petites Ecoles dont la renommée attire les élèves aisés. Orphelin à deux ans, Jean Racine y fait ses études de 1649 à 1653. Les maîtres d’excellente qualité, mettent au point une méthode révolutionnaire, en français pour que tous comprennent, en opposition aux Jésuites qui professent en latin. Les châtiments corporels sont abolis, le travail s’effectue en petits groupes et on insiste sur la culture grecque, ce qui influencera Racine pour ses tragédies. La plume d’oie est remplacée par une plume métallique. L’éducation est complète, il s’agit de développer le jugement, la volonté et le corps de l’enfant. Le maître s’adapte aux capacités de l’élève. Mais, victimes de la méfiance des Jésuites, les Ecoles ferment par ordre de Louis XIV en 1660. Charles, totalement impliqué dans cet enseignement, avait organisé dans son château du Chesnay des classes en 1653. Ses armoiries figurent aujourd’hui au fronton de la mairie.

 

Les œuvres d’assistance en province - Les Relations

Pour aider le peuple sans ressource, des réseaux de collecte et de transport de vivres se créent. Tout le monde s’y emploie, jusqu’à mère Angélique qui prodigue à Charles une recette de potage des pauvres, plat unique, sorte de potée où se mêlent viande, pain et légumes. Charles, trésorier de la Compagnie du Saint- Sacrement joue un rôle prépondérant dans la diffusion des informations. Il se fait le rédacteur des Relations, périodique destiné à émouvoir les riches du royaume pour obtenir d’eux des subsides. Chaque feuillet comporte huit pages, tirées à 4000 exemplaires, comme en témoigne le livre de comptes de Charles. La publication dure de 1650 à 1655 et comporte une partie de renseignements pratiques et spirituels destinés à nourrir une méditation sur la pauvreté destinée à la haute noblesse du Royaume. Toutes ces actions efficaces de sensibilisation nous les retrouvons en application aujourd’hui dans notre société. Le succès des Relations est prodigieux et les dons affluent de toutes parts. Des dames vendent leurs pierreries et leur vaisselle d’argent, les reines de France et de Pologne envoient leurs bijoux. Du Buisson Aubenay note « de grandes aumônes se font à Paris pour les pauvres gens de Champagne ruinés par l’armée ». Les Relations ne suffisent bientôt plus, les recettes de cuisine pour les pauvres et autres conseils pratiques sont si utiles que Charles doit composer un livre sur ce sujet : L’aumône chrétienne et ecclésiastique, que Port Royal édite en juin 1651.

Pierre Coste écrit en janvier 1930 dans la Revue des Questions Historiques, parlant des Relations : « le succès de ces publications dépendait de l’habileté de celui qui les dirigeait, il importait que les citations fussent bien choisies et bien présentées avec au besoin, un petit préambule, un court commentaire et pour finir, un appel pressant à la charité. Le choix tomba sur Charles Maignart de Bernières, personnage très instruit, versé dans la connaissance des Saintes Ecritures… et, au surplus, animé de la flamme de la charité ». Le livre de comptes de  Charles nous renseigne des dons. On y voit qu’il n’oublie pas sa paroisse de Saint-Nicolas (de Pont-Saint-Pierre) à laquelle il attribue une aide en 1651 par le curé Flaman, il verse des fonds pour assister les pestiférés de Radepont et Lisors, et pour les pauvres de Pont-Saint-Pierre.

Cependant, devant le refroidissement de la charité il cesse la publication des Relations fin 1655. Entre temps, en 1653, il a perdu son épouse, âgée de 33 ans, dont le corps est ramené à Rouen pour être inhumé aux Capucins, couvent dont il ne reste à peu près rien, mais l’épitaphe datant de la mort de Charles a été conservée par l’historien de Rouen, Farin : « ci-git aussi dame Anne Amelot son épouse, sa vie fut exemplaire et elle seconda avec des dispositions admirables la piété et la charité de son mari » Charles avait encore cinq enfants, dont Françoise moniale à Port Royal.

 

De l’Hôtel-Dieu à l’Hospice

Hôtel-Dieu est le terme qui s’est imposé à partir de la fin du Moyen Age pour désigner l’hôpital principal des grandes villes du royaume. Généralement fondé et contrôlé par les évêques. Au début, il accueille toutes les infortunes : pèlerins, pauvres, vieillards impotents, malades…mais au fil du temps se réserve aux malades, entassés à trois  ou quatre par lit, formant ainsi un dangereux foyer d’infection. A Rouen, l’Hôtel-Dieu de la Calende se trouve près de la cathédrale et donne dès le XVIIe siècle des signes évidents de vétusté. La ville, étroite et resserrée, est archaïque, ses petites maisons ont des encorbellements qui empêchent le soleil d’assécher des rues étroites non pavées. Dans le caniveau central l’eau croupit et la ruelle sert de décharge publique, conditions idéales pour attirer les rats et leurs puces dont on ne soupçonne pas le rôle dans les épidémies de peste. Depuis 1267, et quatre siècles durant, l’ancien Hôtel-Dieu prieuré de la Madeleine est le seul établissement charitable capable de recevoir au plus fort de sa capacité 450 malades, entassés dans une promiscuité inimaginable. La peste est présente à Rouen du 14 au 17è siècle. Ses ravages expliquent le développement des champs de morts : les petit et grand aîtres Saint-Maclou et le cimetière Saint-Maur. Depuis 1521 fonctionne au sein de l’Hôtel-Dieu un Bureau des pauvres valides, pour les vieillards, les enfants-trouvés, les infirmes, les mendiants, les incurables… Cependant rien n’est centralisé et bien défini. En 1602 le Parlement de Normandie achète un ancien marécage asséché, la Maresquerie, situé sur une partie du faubourg Martainville et y construit le Bureau des pauvres valides, qui devient l’Hospice Général par édit de Louis XIV « ...pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et des faubourgs de Rouen ", moyen de contrôler dans la ville les mendiants, les marginaux et de se protéger des individus asociaux. A l’Hospice Général la discipline est stricte et le travail obligatoire...

Charles Maignart de Bernières - Hopital des pestiférés à Paris, au XVème siècle
Hopital des pestiférés à Paris, au XVème siècle

 

Charles Maignard et l’assistance publique à Rouen

Les dévots, avec François de Sales, Vincent de Paul, Louise de Marillac et la Compagnie du Saint Sacrement ont beaucoup d’influence, une grande partie d’entre eux à Rouen appartient au milieu parlementaire, comme Charles et ils jouent un rôle essentiel dans l’essor des hôpitaux. L’épidémie meurtrière de 1650 force la décision de construire enfin un lieu de santé l’Hôtel-Dieu, affecté aux pestiférés.

 

L’Hôtel-Dieu de Rouen*

Charles Maignart de Bernières - Vincent de Paul
Vincent de Paul

Dans les Fastes de Rouen, Henri Grisel écrit : Charles Maignart de Bernières bâtit à Rouen un hôpital, tant de son propre bien que des aumônes qu’il eut soin de procurer pour ce sujet, l’hôpital des pestiférés de Rouen lui doit un élargissement considérable. Ce sont les hôpitaux Saint Louis pour les malades et Saint Roch pour les convalescents, du nom des saints priés contre la peste. Sur demande de Charles et après acceptation de Louis XIV pendant son séjour à Rouen, on lève 5 sols par muid de vin  entrant dans la ville et 2 sols 6 deniers sur le cidre et le poiré, pour financer ces lieux de santé. Aujourd’hui, on peut voir à l’Hôtel-Dieu quatre plaques de marbre noir apposées sur le mur portant les noms des principaux bienfaiteurs des Hôpitaux de Rouen dont celui de Charles Maignart «ayant durablement aidé l’institution et contribué particulièrement à la défense des pauvres  ».


Charles Maignart de Bernières -

Charles Maignart de Bernières - Le tour rue de Germont
Le tour rue de Germont

L’accueil  des enfants abandonnés, cher à Vincent de Paul est également une vocation de l’hôpital, comme on en voit la trace à l’hôpital Charles Nicolle : à l’entrée de Germont se trouve un tour, sorte de guichet avec un tourniquet mobile, placé sous un abri et éclairé par une lanterne. Les registres de ces enfants abandonnés renferment souvent des carrés de tissu qui peuvent servir à leur identification : les parents peuvent en effet revenir réclamer leur enfant en présentant l’autre morceau de l’étoffe.

* aujourd’hui Préfecture de Région

 

Un rapprochement fatal

La duchesse de Longueville, épouse du gouverneur de Normandie, proche cousine de Louis XIV, mais mêlée à la Fronde, familière de la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen, y fait la connaissance de Charles Maignart de Bernières, et en sort transformée. Touchée par la piété profonde du « procureur des pauvres », elle décide de se rapprocher de Port Royal et d’en devenir la protectrice.

Proche de Port Royal sans s’être jamais déclaré, janséniste, Charles n’en est pas moins sensible à tout ce qui se trame contre Port Royal, cible des Jésuites qui intriguent auprès de Louis XIV, considérant le jansénisme comme une hérésie à combattre. En 1656, ils font disperser les Solitaires et les Petites Ecoles. Blaise Pascal prend alors la défense des jansénistes dans les Provinciales.

Charles continue ses œuvres et vient en aide aux catholiques irlandais et, après la prise de pouvoir de Cromwell, à Charles II en exil, dont un des fils est même élevé au Chesnay.

Charles Maignart de Bernières - Exemple de lettre de cachet, moyen simple, rapide et n’exigeant aucune explication, de se débarrasser d’importuns.
Exemple de lettre de cachet, moyen simple, rapide et n’exigeant aucune explication, de se débarrasser d’importuns.

Un de ses courriers est intercepté, qui laisse supposer sans raison qu’il intrigue en faveur du cardinal de Retz, grand adversaire du roi, alors évadé de prison. Louis XIV par lettre de cachet fait alors exiler Charles dans le Berry. L’injustice de cette mesure émeut beaucoup de gens, et un grand nombre de fidèles, portés par 400 carrosses viennent faire leur adieu à son domicile.

 

L’exil à Issoudun

Fin avril 1661, Charles arrive à Issoudun. Pierre-Thomas du Fossé, ami rouennais et Solitaire de Port Royal, nous apprend que, pris à l’improviste, il doit emprunter à sa mère, Françoise Puchot, pour faire face au frais qu’entraine sa disgrâce. Les lettres qu’il écrit d’Issoudun disent avec quelle fermeté il accepte son sort et montrent sa décision de n’acheter son retour au prix d’aucune faiblesse. L’abbé d’Aubigny multiplie pour lui des démarches, dont il attend l’effet sans impatience, beaucoup plus préoccupé des coups qui menacent Port Royal où sa fille Françoise est religieuse. Dans l’inaction à laquelle il est condamné, il s’efforce encore de soigner les malades et de soutenir les pauvres.

Charles Maignart de Bernières - L’abbaye de Port-Royal avant que Louis XIV la fasse raser
L’abbaye de Port-Royal avant que Louis XIV la fasse raser

Son dévouement est tel que les habitants du pays craignent qu’on ne le rappelle de ce bannissement. Charles est surtout affligé de voir la persécution s’abattre sur Port-Royal.

En juillet 1662, il tombe malade, les médecins consultés ne jugent pas son état alarmant. Pendant ce temps, l’abbé d’Aubigny obtient la révocation de l’ordre d’exil de Louis XIV, mais une courte et foudroyante maladie l’emporte, et la nouvelle qui le libère de son exil arrive trois heures après sa mort. Sa mort précède de quelques jours celle de son ami Blaise Pascal. Son corps, amené par bateau, est inhumé au couvent des Capucins. On peut lire dans la nécrologie de Port Royal que l’exil de Maignart de Bernières « servit à faire connaître sa vertu dans une province où elle n’était pas connue.»

Son épitaphe à Saint-Joseph met en cause le pouvoir royal : « ci-git Messire Charles Maignart de Bernières, Conseiller du Roi en ses conseils, Seigneur de Bernières, la Rivières-Bourdet, les Maisons… lequel après avoir mené une vie pleine d’intégrité dans les charges de charité envers les pauvres et de toutes les bonnes œuvres du véritable juste et du parfait chrétien, mourut à Issoudun dans le Berry le 31 juillet 1662, âgé de 45 ans. Les ordres pour son retour chez lui que le Roi lui accordait, mieux informé de sa piété et de sa vertu, arrivèrent trois heures après sa mort : ainsi le Roi des rois l’ayant retiré de l’exil du monde, sa famille voulut avoir la consolation de faire ramener son corps pour le déposer ici avec ses ancêtres » 

Son cœur fut déposé à Port Royal.

Sources :

Alex Féron La vie et les œuvres de Charles. Maignart de Bernières

Dubuisson-Aubenay : Itinéraire de Normandie

Archives de la Rivière-Bourdet

P. Duchemin La Baronnie de Pont-Saint-Pierre

A. Le Prévost Dictionnaire de l’Eure

Archives 76

 

Jean-Pierre Demeillers

1 décembre 2018

Les châteaux de Pont-Saint-Pierre


Les châteaux de Pont-Saint-Pierre

Les châteaux de Pont-Saint-Pierre


La conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066 a réuni sous une même couronne la Normandie et l'Angleterre, mais la succession de Guillaume se passe mal, avec en arrière-plan les rois de France, toujours prêts à tenter d'agrandir leur domaine, d'où parfois une certaine difficulté à suivre le jeu des alliances et leurs renversements. On se trahit, on se bat on se réconcilie, et les seuls perdants sont toujours les habitants accablés d’impôts qui, bien pire, voient les troupes passer chez eux : pillages, massacres, viols, incendies des récoltes et des villages...

Châteaux construits à Pont-Saint-Pierre

On peut considérer qu'il y a eu cinq demeures seigneuriales sur le territoire de l'actuelle commune de Pont Saint-Pierre, dont un seul reste debout de nos jours. Ce sont :

1. Le Catelier, château fortifié du XI et XIIe siècles, qui dominait la paroisse de Saint-Pierre
2. la Malmaison, qui se trouvait sur le site de l'actuel château de Pont Saint-Pierre
3. le château de Douville, construit presque en même temps que la Malmaison.
4. Bernière, alias la Garenne ou les Maisons, dont il reste peu de traces, dans un bouquet d'arbres, entre l'église de Pont-Saint-Pierre et le château de Douville .
5. Logempré, l'actuel château de Pont Saint-Pierre

Chronologie simplifiée :

1066 : Guillaume, duc de Normandie, remporte la bataille d'Hastings et devient roi d'Angleterre
1087 : il meurt et ses fils Guillaume (le Roux), Robert (Courteheuse) et Henri (Beauclerc) commencent à se disputer l'héritage. Série de partages, d'alliances, trahisons et batailles dont Henri sort vainqueur …
1106 : Henri Ier Beauclerc réunit l'Angleterre et la Normandie, qui reste pendant un siècle sous domination anglaise
1135 : guerre de succession à la mort d'Henri Ier, qui dure jusqu'en 1154 (Henri II Plantagenêt monte sur le trône d'Angleterre, son mariage avec Aliénor d'Aquitaine sera sources de nouveaux conflits)
1204 : Philippe Auguste prend Château-Gaillard, étape décisive dans sa reconquête de la Normandie sur Richard Cœur de Lion
1346-1453 : Guerre de Cent ans entre Anglais et Français




1. Le Catelier


Castellier, castelet, châtelet, etc. : c'est un ouvrage fortifié. Celui de Pont-Saint-Pierre a été construit vraisemblablement avant 1050, date à laquelle Pont-Saint-Pierre est mentionné comme burgus (agglomération autour d'un château) dans la Grande Charte de Lyre*.
* une charte décrit les donations, les contrats, etc. passés entre des individus ou des collectivités, ici l'abbaye de Lyre, près de Conches, et Guillaume Fitz Osbern, ami très proche du futur Guillaume le Conquérant



Description

L'ouvrage était, pour cette époque, relativement important : 160 à 170 m dans sa plus grande dimension, des fossés de 20 m de large entourant une enceinte de 100 m sur 70 m, avec une tour sur un tertre qui, bien qu'il ait été arasé dépasse encore de 6 m le niveau du château. La pente des talus reste encore aujourd'hui très forte, il s'agissait d'un bon ouvrage de défense.
Il était complété d'un poste d'observation, que l'on appelle la motte du bourg, situé à environ 300 m, dont il reste une butte encore importante. L'hypothèse selon laquelle cette motte serait le reste d'une construction érigée lors d'un siège a été évoquée.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Le Catelier
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Le Catelier

Historique

D'après Nicolas Koch, archéologue de l'Université de Rouen, le Catelier faisait vraisemblablement partie d'ouvrages construits dans le deuxième quart du XIème siècle, lors de la minorité du duc Guillaume, destinés à former une ligne de défense contre les rois de France.
On sait par Orderic Vital** que ce château a été donné par Robert Courteheuse (fils de Guillaume le Conquérant), à Eustache de Breteuil, (petit-fils de Guillaume Fitz Osbern, le plus proche compagnon de Guillaume le Conquérant). Cet Eustache avait épousé Juliana, fille d’Henri Beauclerc, et donc petite fille de Guillaume le Conquérant, mais se retournant contre son beau-père (voir le récit qui suit) Eustache fait fortifier le Catelier en 1119.
** Né en Angleterre, il est confié à l’âge de dix ans au monastère de Saint-Évroult, qui jouit d'une bonne réputation dans le domaine de l'enseignement. Spécialisé dans la lecture et la copie d'ouvrages, il lui est demandé d'écrire une histoire du monastère. C'est le point de départ de l’Historia ecclesiastica, terminée en 1141/1143, source de premier ordre pour l'histoire de la Normandie ducale et de l'Angleterre normande.


Un film d'horreur …

C'est à cette occasion qu'eut lieu l'épisode qui montre à quel point les mœurs de l'époque étaient restées barbares... Le voici, raconté par Orderic Vital, que tous les récits postérieurs recopient plus ou moins (l'orthographe est celle de la traduction du 17ème siècle) :

"... Eustache de Breteuil, gendre de Henri, fut engagé par ses compatriotes et ses parens à quitter le parti du Roi (Henri), si ce monarque ne lui rendait pas la tour d'Ivri* qui avait appartenu à ses prédécesseurs. Le Roi différa de le satisfaire en cela pour le présent, mais il le lui promit pour l'avenir, et, par des paroles flatteuses, le retint à son service, et dans des dispositions pacifiques. Comme ce prince ne voulait pas être mal avec Eustache, parce que celui-ci était un des plus puissans seigneurs de la Normandie, avait beaucoup d'amis et de vassaux, et possédait des places très-fortes, il lui donna en otage, pour lui servir de garantie et se l'attacher plus fidèlement, le fils de Raoul-Harenc, qui gardait la tour d'Ivri*, et reçut de lui en échange ses deux filles, qui étaient les petites filles du Roi. Cependant Eustache ne se comporta pas bien à l'égard de l'otage qu'il avait reçu: car, par le conseil d'Amauri de Montfort, qui ourdissait adroitement des trames perverses, […] il arracha les yeux au jeune homme, et les envoya à son père qui était un vaillant chevalier. Le père, irrité de cette action, alla trouver le Roi, et lui raconta les malheurs de son fils. Ce monarque en fut vivement affligé, et livra ses deux petites filles à Raoul pour qu'il se vengeât aussitôt de tant de déloyauté. Raoul Harenc, avec la permission du Roi en courroux, prit les filles d'Eustache, et, pour venger son fils, leur arracha cruellement les yeux et leur coupa l'extrémité du nez. ….. Quand ils eurent appris cette mutilation, le père et la mère s'affligèrent à l'excès. Eustache fortifia ses châteaux de Lire, de Glos, du Pont-Saint-Pierre et de Paci. Il en ferma soigneusement l'accès, afin que le Roi ou ses partisans n'y pussent pénétrer. "
* Ivry la bataille . Henri 1er l'avait promise à Eustache, mais commençait à se méfier et faisait davantage confiance à Raoul de Harenc



Dans le monde féodal, les fidélités s'achètent, à coups de fiefs (abbayes, terres, châteaux, droits fiscaux...), et les changements de camp sont fréquents, les guerres perpétuelles. De ce fait il était courant de procéder à des remises d'otages, souvent des enfants qui vivaient en pension chez celui qui les détenait, en général bien traités tant qu'il n'y avait pas de problèmes…

Siège et incendie du Catelier, parricide raté, vengeance, indigestion

Malgré les travaux de fortification d'Eustache, Henri Beauclerc réussit à prendre le château, qu'il incendie et fait raser (Eustache défendait pendant ce temps son château de Lyre, tandis que Juliana résistait à son père dans Breteuil, et tentait même de l'assassiner traitreusement, après l'avoir invité à une entrevue pour négocier (à sa décharge, celui-ci avait quand même livré ses deux filles pour qu'on leur arrache les yeux), mais elle rate son coup, et, raconte Orderic Vital : " elle rendit le château à Henri, mais ne put obtenir de lui de sortir en liberté. D'après l'ordre du roi, elle fut forcée de se laisser glisser du haut des murs sans pont et sans soutien, et descendit ainsi honteusement jusqu'au fond du fossé, en montrant ses fesses nues. Le fossé du château était rempli des eaux de la saison, et la gelée, qui les glaçait, refroidissait justement, d'une manière cruelle, la chair délicate de la princesse qui s'y plongea dans sa chute.. »
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Henri Beauclerc
Henri donne le fief, contenant le val de Pîtres et Pont-Saint-Pierre, à Raoul de Tosny. Son fils Roger reconstruit le Catelier, de manière efficace car en 1136 il résiste à un mois de siège avant d'être pris, dans le cadre d'une guerre de succession qui survient après la mort sans héritier direct d'Henri Ier Beauclerc, mort d'une indigestion d'anguilles, ou de lamproies, à Saint-Denis-en-Lyons (aujourd'hui Lyons-la-forêt).
Puis les Tosny, qui ont récupéré leur fief de Pont-Saint-Pierre après réconciliation, abandonnent le château, semble-t-il en bon état, et font construire la Malmaison sur le bord de l'Andelle. Ils cherchent vraisemblablement plus d'espace, et la proximité de la rivière.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Envahi depuis très longtemps par les arbres, le Catelier reste un site impressionnant, par ses dénivelés et son aspect sauvage, qui mériterait d’être protégé.
Envahi depuis très longtemps par les arbres, le Catelier reste un site impressionnant, par ses dénivelés et son aspect sauvage, qui mériterait d’être protégé.

2. La Malmaison


On sait peu de choses sur ce château, si ce n'est que sur son emplacement sera construit Logempré (le château actuel) avec l’argent obtenu comme dédommagement de sa destruction.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Blason des Hangest
Blason des Hangest

Ce n'est pas la mauvaise maison, mais la "mâle maison ", ce qui suggère qu'il s'agissait encore d'une construction fortifiée, qui est détruite en 1359, sous le règne de Jean II le Bon, roi de France, alors prisonnier en Angleterre depuis sa défaite à Poitiers, sur les ordres du futur Charles V, exerçant alors la régence. Depuis 1204, la Normandie est française, les Tosny cèdent la place aux Hangest, qui tiendront pendant deux siècles Pont-Saint-Pierre, première baronnie (dans l'ordre protocolaire) de Normandie.  

3. Le château de Douville.


Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Cette carte postale, comme bien d’autres, reprend la confusion devenue courante entre Douville et Logempré...
Cette carte postale, comme bien d’autres, reprend la confusion devenue courante entre Douville et Logempré...
Il est construit avant 1195, d'après Reigner, donc avant la Malmaison, dans le cadre d'une ligne de défense anglo-normande contre les visées du roi de France. Il présentait la particularité de posséder une tour carrée. Un document de 1203 montre Jean sans Terre (roi d'Angleterre) faisant payer les arrérages de soldes des soldats qui le gardent et envoyer une nef (un bateau) du vin, sans doute pour soutenir le moral de ses troupes.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Château-Gaillard aux Andelys

Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Philippe Auguste
Après la chute de Château gaillard en 1204, qui permet à Philippe Auguste d'asseoir son pouvoir sur l'ensemble de la Normandie, le château n'a plus d'intérêt défensif, mais reste une habitation qui passe entre les mains de famille françaises successives: Longchamp, Ponthieu, Calleville, Monfort, puis il est pris sans coup férir par les Anglais en 1418 , soit trois ans après de désastre d'Azincourt.
Le célèbre John Talbot le refuse alors, lui préférant et obtenant celui de Pont-Saint-Pierre.

D'après Auguste Le Prévost, un mariage y a été célébré en 1492, ce qui montre qu'il devait encore être habité. Ensuite, il servira de carrière de pierres, comme beaucoup de ces ouvrages fortifiés.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Château de Douville, Comme au Catelier, la reprise du site par la végétation continue

Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Château de Douville, Comme au Catelier, la reprise du site par la végétation continue

Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Château de Douville, Comme au Catelier, la reprise du site par la végétation continue
Comme au Catelier, la reprise du site par la végétation continue

4. Bernières


Il n'en reste presque plus de traces, à part un bouquet d'arbres qui montre qu'à cet endroit la terre pleine de pierres n'est pas labourable…
C'était plutôt un manoir, dont on sait qu'il existe en 1204, car Philippe Auguste, nouveau maître du territoire qu’il vient de reprendre aux Anglais, le donne à Raoul de Boulogne, alors que la Malmaison est remise aux Hangest, partage de fief qui suggère des tensions entre les vainqueurs.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Bernières
Duchemin signale qu'un Guillaume Maignard, sieur de Bernières et conseiller du roi, obtient en 1404 l'autorisation de créer un pigeonnier*.   
* seuls les nobles ayant le droit de posséder des pigeonniers, leur construction était souvent un moyen de montrer son ascension sociale. Les paysans des alentours par contre n'appréciaient pas de voir leurs récoltes pillées, mais n'avaient pas le droit de s'attaquer aux pigeons….

On trouve aussi la trace d'une autorisation par le propriétaire de château de Douville de prendre de l'eau dans l'Andelle pour alimenter le manoir.
Le manoir sera vendu et revendu, il passe entre autres dans les mains d'Olivier Le Daim, barbier et âme damnée de Louis XI, jusqu'à arriver en possession des Roncherolles, qui au 17ème train réunifient le fief de Pont-Saint-Pierre (ils rachètent Douville, Romilly, La Neuville) autour du château de Logempré et en 1646, la construction d'une chapelle Saint-Jacques fait penser que nous sommes peut-être sur une branche de chemin de Compostelle.

Voir notre article sur Charles Maignart de Bernières

5. Logempré, le château actuel


C'est bien l'actuel château de Pont-Saint-Pierre, et non celui de Douville, quoi qu'en aient dit de nombreux auteurs du 19ème se recopiant à qui mieux mieux (ce qui continue sur Internet).
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Logempré

Un héritier qui proteste

Aubert de Hangest, qui avait sept ans lors de la destruction de Malmaison en 1359, devenu adulte, va protester plus de quinze ans après contre cette destruction auprès du roi Charles V
qui lui accorde en 1377 des crédits (20 000 francs or) pour reconstruire la Malmaison, nom que l'on trouve encore employé en 1391.

Entrée en scène des Roncherolles

La sœur et héritière d'Aubert de Hangest épousant un Roncherolles, le château devient possession de cette illustre famille qui rassemble la baronnie de Pont-Saint-Pierre en rachetant le fief de Bernières.
Mais en 1418, c'est sous le nom de Logenpré (loge en pré) qu'il est rendu, en même temps que celui de Douville, à Henri V (d'Angleterre).
Donné en 1428 par Henri VI, roi d'Angleterre, à Talbot (prononcer talbotte)...,, qui sera grandement courroucé d'apprendre en 1449 que son château a été repris, saccagé et incendié par les Français, après que la trentaine d'hommes de la garnison, commandée par un capitaine natif des environs de Louviers, se furent rendus, ayant été autorisés à ranger leurs armes et bagages dans l'église Saint-Pierre, encore existante à l'époque.
Les châteaux de Pont-Saint-Pierre - Logempré - Estampe à la plume du 17ème montrant le premier niveau du château, la cour étant alors fermée par des salles aujourd'hui disparues (fonds Gaignières, Gallica.bnf )
Estampe à la plume du 17ème montrant le premier niveau du château, la cour étant alors fermée par des salles aujourd'hui disparues (fonds Gaignières, Gallica.bnf )

Les Roncherolles, rentrés en possession du château incendié, ne commenceront à y résider qu'à partir de 1548, soit un siècle plus tard.
Les conflits France-Angleterre s'éloignent de la Normandie, mais les guerres de religion du XVIème siècle prennent le relais, et si Henri IV vient trois fois séjourner à Pont-Saint-Pierre, c'est, au moins la première fois (août 1589), pour y recevoir la reddition de Pont de l'Arche. Ensuite la petite histoire, qui a fait d'Henri IV le Vert-Galant, se complait à raconter ses rencontres avec Gabrielle d'Estrées ...

Ventes successives

Le château sera vendu en 1760 à Anne-Pierre de Montesquiou-Fésenzac, aristocrate éclairé qui se ralliera à la Révolution, et deviendra général en chef de l'armée des Alpes.
En 1778 le château et le fief de la baronnie de Pont-Saint-Pierre sont rachetés par Louis Caillot de Coquereaumont, conseiller de Louis XVI, qui émigre dès le début de la Révolution.
Ses possessions deviennent alors biens nationaux, dont la gestion est confiée dans un premier temps à la commune de Pont-Saint-Pierre qui sera destituée de cette fonction en 1793.
Une partie des biens est mise en vente et rachetée par la famille d'Houdemare de Vandrimare, descendant des Coquereaumont.
Le château devient ensuite propriété d'Adrien Josse, maire de Pont-Saint-Pierre comme l’avait été le baron d'Houdemare, puis passera aux mains de la famille Descamps-Béghin (alliance du textile et du sucre).

Bibliographie

Bruno Lepeuple Châteaux et paysages dans la vallée de l'Andelle (XI-XIIème siècles) Mémoire de maîtrise d'archéologie médiévale, Université de Rouen, 2001 (Très complet concernant le Catelier, et Douville)
Louis Régnier L'église Saint-Nicolas de Pont-Saint-Pierre et les châteaux de Douvile et Logenpré . Notes historiques et archéologiques. Caen,. Henri Delesques imprimeur-éditeur 1909
L.Delisle et L.Passy Mémoires et notes de M.Auguste Le Prévost pour servir à l'histoire du département de l'Eure; Réimpression de l'édition 1862-1869. Editions Page de garde une de nos meilleures sources
Léon Coutil Archéologie gauloise, gallo-romaine, franque et carolingienne 1895-1921
Nicholas Koch Un bourg castral aux XIè-XIIè siècles: Pont-Saint-Pierre. Haute-Normandie Archéologique, tome 10, 2005
Léon de Duranville. Notice sur Pont-Saint-Pierre Revue de Rouen et de Normandie 1847
Pierre Duchemin La baronnie de Pont-Saint-Pierre 1894 réédition Page de garde
Orderic Vital Histoire de la Normandie (Réédition de la publication française par Guizot, 1826) Ed Page de garde


Une sortie de début d’été, à l’initiative d’Eric Puyhaubert et guidée par Jean Barette a mené une dizaine de membres de l’association sur les vestiges des châteaux de Pont-Saint-Pierre.
                                  


Jean Barette

Michel Bienvenu