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1 décembre 2019

Louis Minet, peintre de la vallée de l'Andelle


Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers 


Qui a peint le Val de Pîtres ? (5)


Aujourd'hui, suivons notre ami et sémillant historien, notamment des Deux Amants, Jean Barette, qui publie dans ce bulletin, un excellent article sur Alizay. Marchons donc dans ses traces et étudions ''La mare d'Alizay'', de Louis Émile Minet.

Né à Rouen en 1841 (Claude Monet est né en 1840), il fera toute sa carrière artistique dans la région normande, où il acquiert une réputation certaine, comme le confirme l'achat de cette œuvre auprès de l'artiste par le Musée de Louviers en 1903.
Louis Emile Minet en 1900
Louis Emile Minet en 1900

Nonobstant, comme tout peintre recherchant la reconnaissance de ses pairs avant d'envisager une notoriété nationale, il envoie ses toiles au Salon (1) dès 1876. Le succès est au rendez-vous, puisqu'en 1882 le Salon le gratifie d'une Mention Honorable pour Les foins à St Aubin (Seine inférieure). Puis, en 1886, L'appel au passeur lui vaut la Médaille d'Or au Salon Municipal de Rouen. Fort de ses succès, il succède à Gaston Le Breton au poste de Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Rouen, charge qu'il conserve de 1905 à 1922. Il décède l'année suivante à Vernon.
(1) : Salon des Artistes Français à Paris : célèbre Salon centenaire, recevant chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs.

Il connaît parfaitement bien notre région puisqu'il débute sa formation comme dessinateur 'd'indiennes' sur étoffe à Elbeuf, riche cité industrielle de filature, tissage, teinture... depuis le milieu du XVIIIème siècle. Un temps, il envisage même la création, avec son père, d'une fabrique d'apprêt pour drap. Attiré par les Arts, il intègre l'Académie de Rouen sous la direction de Gustave Morin, puis complète sa formation à Paris dans les ateliers de Lefebvre et Guillemet. Lié d'amitié avec le peintre Edmond-Adolphe Rudaux (1840-1908) de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, durant son séjour elbeuvien, il parcourt les sites pittoresques des alentours et se prend de passion pour les rives de la Seine et ses activités artisanales, un intérêt qu'il conservera toute sa carrière durant.

Même si Camille Pissarro (1830-1903) séjourna à l'automne 1892 chez Octave Mirbeau (1848-1917) aux Damps (2), la construction de la gare d'Alizay en 1896 (3) permit à de nombreux artistes de découvrir notre vallée de l'Andelle et les environs de Pont-de-L'arche ; citons Gustave Loiseau qui achète une maison à Saint-Cyr-du-Vaudreuil en 1899, Léon Suzanne (1870-1923) à Poses (4) ou Joseph Delattre (1858-1912) à Pont-de-L'arche entre autres. Il est à parier que c'est lors de l'une de ses visites dans notre région, probablement en descendant du train, que Louis-Émile Minet découvre la mare d'Alizay.
(2) : Cf. bulletin 7. Pissarro y peint des toiles impressionnistes merveilleuses montrant « Le Jardin d’Octave Mirbeau », avec la plaine d’Alizay pour fond.
(3) : La ligne ferroviaire Paris-Rouen ouvre en 1843 ; deux gares se succèdent à Alizay : une première lors de la création de la ligne, puis une seconde de marchandises en 1896.
(4) : Cf. bulletin 10. Léon Suzanne y rencontre 'LE' peintre de Poses, Marcel Niquet.
  


Détaillons un peu, si vous le voulez bien, La mare d'Alizay.

- sa composition est plutôt académique ; comme le décrit Michel Natier, Conservateur du Musée de Louviers : « Les œuvres de Minet ne sont pas à proprement parler d'une facture impressionniste. Il reste dans le traitement relativement classique du paysage avec ce souci du détail, notamment botanique. Il traite de scènes pittoresques, pêcheurs, rue de Rouen... » (5) En effet, l'étude de l'éclairage par notre peintre, se conclut par une lumière ambiante, là où un impressionniste aurait éclaboussé l'eau de taches vives des trouées de ciel dans les arbres.
(5) : in Paysages d'eau, catalogue d'exposition, Musée de Louviers, 2013, éd. Point de vues


Louis Emile Minet - Pêche à la violette devant Elbeuf, 1887, Musée d'Elbeuf
Pêche à la violette devant Elbeuf, 1887, Musée d'Elbeuf
Ainsi que nous le notions quelques lignes auparavant, plus que le paysage fluvial, c'est sa description des activités artisanales liées au fleuve, qui caractérise l’œuvre de Minet. A l'instar de Pissarro, son discours est, avant tout, social. Le labeur des petites gens constitue son sujet de prédilection. Évidemment, ici s'arrête la comparaison avec le Maître Impressionniste, leurs factures picturales se positionnant aux antipodes.

 - structure : trois plans se succèdent : la berge avec ses herbes folles ; la mare calme ; et le fond d'arbres à la riche frondaison.
Quelques trouées ténues dans le feuillage laissent percer un ciel laiteux, seuls mais suffisants espaces de respiration, dans une composition plutôt fermée.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers

- la touche est lisse ; cependant, le premier plan ainsi que le dernier, montrent une touche libérée qui fait bien ressortir, par contraste, le calme des eaux à la touche bien fondue.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers

- la chromatie, un camaïeu de verts de différentes valeurs ; l'emploi du jaune simulant la végétation surnageante apporte toute la lumière à la composition.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers
Et puis, dans la frondaison, retenons ces touches laiteuses, très claires en comparaison avec les tonalités de verts employés, qui 'ouvrent' profitablement la composition et permettent au spectateur de mieux 'respirer'.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers


Quelques remarques intéressantes :

Louis-Émile Minet a parfaitement retranscrit l'impression de mare : eau peu profonde, très peu de reflets ; pas de bleu, pas de touches rapides dépeignant une eau vive.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers

Notre peintre en fait une mare d'une certaine largeur et importance. En effet, les extrémités du plan d'eau débordent du cadre de sa composition ; il se rapproche d'un cadrage photographique ! Le spectateur peut ainsi s'imaginer que La Mare d'Alizay possède une étendue certaine (cqfd).
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers
Les trois petits canards au col blanc, au milieu de la mare ont deux fonctions : ils amènent un peu de vie et participent, discrètement mais fort efficacement, à la construction de l'échelle de la composition.
Louis Emile Minet, La Mare d'Alizay, HST, 40x56, sbg, 1903, Musée Municipal de Louviers

La qualité de dessin et d'agencement de notre toile, anodine pour l'époque et le goût classique des amateurs d'art, car ne décrivant une scène ni historique ni mythologique, montre le savoir-faire des peintres sortis des Académies et des ateliers classiques. Dessin, méthodologie, rigueur technique sont les piliers du paysagisme français dont sont issus, quasiment durant un siècle et demi, les peintres, toutes mouvances confondues, qu'ils soient réalistes, impressionnistes, fauves, cubistes, et même abstraits.

Quid de notre mare aujourd'hui ?
Selon M. Yves Grenier, élu local et historien d'Alizay, notre étang aurait appartenu à la propriété Lessière, ''Villa Les Glycines'', dont le manoir se trouve encore au 59 rue de L'Andelle. Le parc se poursuivait de l'autre côté de la rue de la Garenne, à laquelle l'imposante bâtisse est adossée. Et ce parc forestier abritait une mare, aujourd'hui asséchée et remplacée par des maisons modernes. Ajoutons que la ''Villa des Glycines'' fut transformé en hébergement, ''L'Hôtel des Deux Lions'', en activité jusque vers les années 1998 (6).

(6) : Nous remercions M. Grenier pour ses précieuses informations sur l'histoire d'Alizay.



Eric Puyhaubert


voir notre article suivant sur Georges Cyr

Bibliographie :

Musée de Louviers
Base Joconde
Eisenberg et Lespinasse, La Seine Editions des falaises, 2013
Jeanne-Marie David, Au fil de l'eau, seine de travail, catalogue d'exposition, 2017, Musée de L’Hôtel Dieu, Mantes-la-Jolie
Archives personnelles


Colette à Alizay

Alizay - Villa des Glycines, Hôtel des deux lions
Venue se reposer à "château d'Alizay", elle écrit :
"Ce n’est pas un château, c’est une petite maison restauration. Ce n’est pas une demeure isolée, elle est dans le village. On ne voit pas la Seine, il n’y a pas assez de pente. Il n’y a pas de parc, c’est un jardin assez petit. Tout cela admis, nous ne sommes pas mal." (12 mai 1939, Alizay)

La diversité des constructions semble l'impressionner : "Que c'est beau, une verdure si profonde. Deux, trois, quatre châteaux à la file sont blancs, rouges, carrés et emmerdants, mais vient un cinquième qui n'est que folie, conception de Robida ...."


Carlos Schwabe, (1866 1926), artiste-peintre né allemand, naturalisé suisse, vécut en France, de 1884 jusqu'à sa mort.
Illustrateur renommé des œuvres de Mallarmé, Baudelaire, Zola , José-Maria de Heredia, Pierre Louÿs, Catulle Mendès, etc., il est considéré comme un précurseur de l'Art nouveau, et comme l'un des symbolistes les plus personnels, ayant des préoccupations religieuses et sociales.
En 1905 il écrit qu'il se "débarrasse de cette formidable maison d'Alizay" (c'était le château), où il a vécu de 1902 à 1907, avant de s'installer à Neuilly 
Alizay - Carlos Schwabe, La vague. 1907
Carlos Schwabe, La vague. 1907


Alizay, son histoire

Alizay


ALIZAY


Le nom apparaît à la fin du XIIe siècle-début XIIIe, dans des documents de Robert de Meulan et de Louis VIII sous la forme de Alisi et Alisiacum. L'écriture Alisay a laissé place à Alizay depuis le XIXe.
Trois explications peuvent être données à ces noms :
- le nom serait de la même origine qu'Alésia, et signifierait la falaise (falisia)
- il existait à l'époque gallo-romaine un domaine appartenant à un dénommé Alithius.
- un bois d'alisiers s'y trouvait, à proximité de l'église Saint-Germain
Alizay - Plan représentant Alizay à l'époque féodale, aux alentours de l'an mille. On remarque les multiples îles sur la Seine, dont certaines ont disparu. Le domaine de Rouville est sur une légère élévation, à l'abri des inondations
Plan représentant Alizay à l'époque féodale, aux alentours de l'an mille. On remarque les multiples îles sur la Seine, dont certaines ont disparu. Le domaine de Rouville est sur une légère élévation, à l'abri des inondations


Préhistoire

Les fouilles récentes, depuis 2007, faites par l'INRAP dans la plaine alluviale de la Seine sur les terrains de Lafarge et de la Cémex montrent une occupation s'étendant sur plus de 10 000 ans. Nous attendons avec impatience la synthèse de ces fouilles qui ont mobilisé une trentaine de spécialistes sur un site considéré comme d’une importance de niveau européen de par sa continuité chronologique exceptionnelle, qui apportera de nombreuses connaissances non seulement sur les hommes qui ont occupé les lieux mais également sur leur environnement durant cette longue période.
Alizay - Fouilles archéologiques, En s'enfonçant à partir du niveau du sol actuel, on traverse 10 000 ans de crues successives de la Seine qui ont préservé de nombreuses traces du passé
En s'enfonçant à partir du niveau du sol actuel, on traverse 10 000 ans de crues successives de la Seine qui ont préservé de nombreuses traces du passé.


Gaulois et gallo-romains

Les découvertes anciennes d'aménagements funéraires en limite de la commune du Manoir lors de l'exploitation de carrières et en haut de la rue Dubosc indiquent une occupation remontant au moins à la période gallo-romaine.


Vikings

En 886, les Vikings qui voulaient remonter la Seine vers Paris furent bloqués par le pont fortifié et la levée de terre barrant la vallée construite à l'initiative de Charles le Chauve, qui séjournait souvent à Pîtres. Immobilisés, ils s'installèrent dans un camp sur la rive droite de la Seine, et c'est là que les Francs dirigés par Renault, comte du Mans allèrent les affronter après avoir assisté à une messe célébrée à la chapelle Saint-Germain qui, pense-t-on, pouvait se trouver à l'emplacement de l'église paroissiale actuelle.
Alizay - Les camps danois (vikings), le pont fortifié de Charles le Chauve et le château de Pîtres
Les camps danois (vikings), le pont fortifié de Charles le Chauve et le château de Pîtres

Plus habiles, les Vikings l’emportèrent et s'ouvrirent ainsi le chemin de Paris. Leurs raids prirent fin avec le traité de 911 de Saint-Clair sur Epte, créant le premier territoire normand (terme qui désignait plus communément les Vikings : hommes du nord) concédé à Rollon par Charles le Simple.
Alizay - Rollon
Rollon

Moyen-âge

Au XIe siècle la paroisse comprenait trois fiefs : Rouville, la Bosse, et la Motte.

1. Rouville

Le nom signifie domaine de Rou, ou Rolf (Rollon), et aurait été lié au Rollon premier duc de Normandie ou à un autre Rollon d'origine scandinave qui se serait installé ultérieurement sur ces terres présentant bien des intérêts pour la culture et la proximité de la Seine.
Alizay - Le château de Rouville à la fin du XIXe
Le château de Rouville à la fin du XIXe

Les propriétaires de ce domaine prirent le nom de seigneurs de Rouville et eurent de l'importance compte tenu de la position des îles qui permettent le franchissement de la Seine et de l’Eure, ce à quoi s'ajoutait l'obligation de halage des bateaux du fait du pont. Tout un trafic s'installa sur la rive droite de la Seine : un port dénommé le « port au chanvre », une hôtellerie, la maison rouge. Cet ensemble indique qu'il y avait un passage humain relativement important. Halage, pont et hôtellerie devaient être une source de revenus appréciables pour le seigneur de Rouville, sans compter les droits de pêche.
Alizay - La ferme de Rouville, qui a disparu dans l'implantation de la SICA
La ferme de Rouville, qui a disparu dans l'implantation de la SICA

2. La Bosse

Le fief de la Bosse était situé sur la rive droite de la Seine près du château de Limaie qui protégeait l'entrée nord de Pont de l'Arche. Cette appellation pouvait venir d'une altération du nom des propriétaires de la boche ou de la bosse que formait le lit de la Seine à cet endroit. Il fut rattaché au domaine de Rouville vers 1400, à la suite de son achat par Pierre Gougeul dit Moradas.

3. La Motte

Alizay - La Motte
La Motte
Le fief se situait à l'emplacement actuel de la mairie. En 1265 un Guillaume d’Alizay en était propriétaire, peu de temps après ce fief fut rattaché à Rouville, mais les propriétaires gardèrent le nom de sieurs de la Motte. En 1979, la municipalité leur acheta la propriété pour en faire la mairie.
Alizay - La mairie actuelle
La mairie actuelle

Pendant une très longue période, de 911 à l'arrivée de Robert Gougeul, au début du XIVe siècle, le territoire comprenant l'actuelle commune changea souvent de seigneurs au gré de nombreuses luttes intestines de cette époque.
Ainsi Renaud de Dammartin, devenu comte de Boulogne en 1192, s'opposa au roi de France Philippe-Auguste, prenant position pour le roi d'Angleterre Jean sans Terre, mauvais choix qui entraîna la perte de ses possessions jusqu'au mariage de sa fille Mathilde avec l'un des fils de Philippe Auguste, Philippe de Hurepel …
Alizay - Philippe Auguste ramenant à Paris Ferrand de Flandre, et Renaud de Dammartin après la bataille de Bouvines
Philippe Auguste ramenant à Paris Ferrand de Flandre, et Renaud de Dammartin après la bataille de Bouvines


Les Gougeul

En 1324, Jean Gougeul achète le moulin aux Danois situé sur le pont de Pont de l'Arche et le roi Charles IV rattache ce moulin aux fiefs d’Alizay et de Rouville.
Alizay - Goujeul, Légende Armand Launay
Légende Armand Launay

La famille est bien connue et restera en possession de l'ensemble des terres jusqu'en 1684.
Pierre Gougeul dit Moradas, né en 1337, tenait le fief de Rouville, et accompagna son parent Pierre de Villaines en Espagne dans la guerre contre Pierre de Castille, dit le Cruel. Il est mort à Azincourt en 1415
Alizay - Les armoiries des Gougeul : deux goujons
Les armoiries des Gougeul : deux goujons

Les Gougeul se montrent généreux vis-à-vis du clergé, particulièrement du prieuré des Deux amants et de l'abbaye de Bonport, allant jusqu'à offrir à chaque religieux de celle-ci une tasse en argent.
Pierre Gougeul de Rouville, après avoir défendu Pont de l'Arche en 1418 contre les Anglais se vit confisquer tous ses biens par Henri V roi d'Angleterre, mais en 1419 il sut rentrer en grâce auprès de celui-ci et tout récupérer.
En 1664 François de Rouville, bien que criblé de dettes, obtint que la seigneurie de Rouville soit érigée en comté ! Poursuivi par ses créanciers, tous ses biens furent vendus et ses seigneuries furent adjugées en 1684 à Gilles Hallé, seigneur d’Orgeville-Saint-Vaast (aujourd'hui Flipou), président à mortier au Parlement de Rouen.
En 1760 Gilles Louis Hallé obtint de Louis XV des lettres patentes érigeant la terre de Rouville en comté pour la seconde fois. En 1784 Louis Guillaume, lui aussi criblé de dettes, allait vendre les domaines de Rouville et d’Alizay à Madame Frault, veuve Berruyer. Bien que ne possédant plus rien à Alizay, Louis Guillaume Hallé n'en garda pas moins le titre de comte de Rouville jusqu'en 1790.
Le château de Rouville et une partie de ses terres furent vendus en l’an VIII (1800) par les héritiers de Mme Frault à M. Philippe Bizet dont hérita Mme de la Poterie, et les descendants de celle-ci vendirent le domaine en 1951 à la SICA (Société industrielle de cellulose d’Alizay)*.
* L'histoire de SICA et de ses successeurs a fait l'objet d'un article très complet de Christiane Bonnefoy dans notrenuméro 3.


Cultures

L'appellation port au chanvre sur la rive de la Seine dans les plaines de Rouville nous rappelle que le chanvre, plante à tisser ayant un excellent rendement et demandant peu de soins, était cultivé localement (il était aussi utilisé pour fabriquer des cordages......)
Alizay - Le chanvre
Le chanvre

Au XIIIe siècle la culture de la gaude et de la guesde, plantes servant à teindre les draps, était importante à Alizay. La gaude, dite aussi réséda des teinturiers, servait à jaunir, et la guède, dite pastel des teinturiers, fournissait l'indigo
Alizay - La guesde
La guesde

Alizay - La gaude
La gaude
En 1254 elles furent l’objet d’une discussion sur le partage de la dîme entre l'Archevêque de Rouen et le curé d’Alizay. Celui-ci prétendait en effet que la dîme de toutes les plantes cultivées dans la paroisse devait lui revenir en totalité comme petite dîme, alors que l'Archevêque soutenait qu'il s'agissait d'une grosse dîme et qu'en conséquence les deux tiers devaient lui revenir. Les arbitres choisis d'un commun accord (les chanoines de Rouen) décidèrent le 22 mai 1255 que la dîme revenait en totalité au curé pour la guesde et la gaude cultivées dans les enclos et jardins, mais que les deux tiers devaient revenir à l'Archevêque lorsque ces plantes étaient cultivées dans les champs...
En 1560, 500 acres de terre de Rouville étaient plantés en vigne, qui devait fournir un vin de qualité médiocre. Elles furent arrachées au XVIIe siècle sous Louis XIII.
À cette époque, Alizay était connu pour une boisson au jus de cerise qui était renommée dans les alentours. Plus tard, la jouvence de l’abbé Soury connaîtra une bien plus grande renommée.


Les trièges

Le triège, ou triage est un ensemble de parcelles agricoles sur lesquelles est pratiqué le même système de rotation triennale des cultures, d'où son nom. Il est étonnant de constater le nombre important de lieux-dits (39) concernant le territoire relativement petit de la commune : 862 ha. C'est que les parcelles y sont très petites, l'agriculture s'y apparente plus à du jardinage, ce ne sont pas les terres à blé des plateaux.
Alizay - Trièges, Liste établie par le Chanoine Lebeurier édition 1867
Liste établie par le Chanoine Lebeurier édition 1867


La gare

En 1842 la municipalité avait concédé des terrains à la compagnie du banquier Charles Lafitte chargé de créer une ligne de chemin de fer entre Paris et Rouen. En 1843, lors de la mise en service, une station fut ouverte à Alizay sous le nom de gare de Pont de l'Arche, en raison de l'importance de cette ville. En 1896, une nouvelle ligne fut créée entre Alizay et Gisors, et la municipalité obtint de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest que le nom d’Alizay soit accolé à celui de Pont de l'Arche.
Alizay - Gare


Les camps militaires

Etant donné sa situation proche de Pont de l'Arche, et de débouché de la vallée de l’Andelle, il n'est pas étonnant qu'Alizay ait été mêlé à de multiples conflits :
- en 890 : un camp viking
- en 1466 : logement des troupes de Louis XI (1461-1489) pendant le siège de Rouen
- lors de la guerre de 1870, le 7 décembre, soit deux jours après la capitulation de Rouen, un bataillon prussien pénétrait dans Alizay et 300 cavaliers s’y installèrent pendant trois mois, laissant un souvenir fort désagréable puisqu'il avait fallu les loger et nourrir.
- en septembre 1939 un camp anglais est installé pour quelque temps près du cimetière actuel et de la plaine qui le jouxte.
- de 1940 à 1944, ce sera un camp allemand, puis de 1944 à 1948 un camp américain englobant pendant quelque temps un espace pour les prisonniers allemands.
Alizay - Prise d'armes devant le café de la mairie, aujourd'hui disparu, rue de l'Andelle
Prise d'armes devant le café de la mairie, aujourd'hui disparu, rue de l'Andelle


L'église

Elle a fait l'objet de nombreuses transformations depuis l'époque romane, dont il reste une partie du chœur. Une petite chapelle tardive au nord, dite de la Sainte Vierge, et donnant sur le chœur, était réservée aux seigneurs de Rouville, les « de la Poterie » en avaient encore l'usage lors de leur départ d’Alizay en 1950.
Une confrérie fut créée en 1415 pour venir en aide aux plus démunis ; elle fut réorganisée en 1628 en Charité par le curé Hugues Letourneur. Elle avait pour mission d'assister matériellement et spirituellement les pauvres et de leur offrir les derniers hommages funèbres. Ses membres avaient le devoir de visiter les malades et de leur apporter de la nourriture.
Alizay - Eglise


Sources

Le Prévôt, Notes éditées par de Delisle, 1862
Chanoine Lebeurier, Notices historiques sur quelques communes du département de l’Eure, 1867, réédité en 1900
Charpillon-Caresme Dictionnaire historique 1868
Doinel Notices historiques, 1880 avec notes manuscrites, réédité en 2004
Armand Launay magazine La fouine numéros 5,6 et 9 (2004-2005) et Pont de l'Arche, ma ville (site internet)
Les remparts de Normandie (site internet)
Pierre Molkhou Alizay et le souffle de l'histoire, 1995
INRA : divers documents sur les fouilles 10 000 ans d'histoire à Alizay-Igoville


Jean Barette



Annexes

La jouvence de l'abbé Soury

Son histoire est liée à celle d'Alizay. En 1790, Pierre Hamelot, curé d’Alizay bien qu'il eut prêté serment à la Constitution civile du clergé, fut interdit d'exercer son ministère, et le chapelain de la chapelle du château, Gilbert Soury, né à Celloville en 1732, accepta de le remplacer pour célébrer la messe. Mal lui en prit, car, lui-même étant réfractaire (n'ayant pas voulu prêter serment), il fut arrêté et mis en prison à Évreux. Il était alors connu pour un sirop qu'il fabriquait sous le nom de Tisane des deux abbés, en hommage à son maître ès plantes, l'abbé Delarue, curé de Celloville. C'est grâce à ce mélange de plantes qu'il fut libéré en janvier 1795 grâce à l'intervention du citoyen Robert Lindet, ancien membre du Comité de salut public, qu'il avait soigné d'un mal supposé incurable...
Alizay - Jouvence de l'Abbé Soury
C'est un médicament phytothérapeutique indiqué dans le cas d'insuffisance veineuse.
Phytothérapie car il contient un ensemble de plantes, mais dont le nombre diminue au fil des années selon les préconisations de l’Agence du Médicament. On y compte, à ce jour, de l’acore (roseau) odorant, de l’anis, de la cannelle, du condurango (liane), de l’hamamélis, de la piscidie, de la viorne.
Traitement de l’insuffisance veineuse, car les plantes citées sont vasculoprotectrices, c’est-à-dire qu’elles renforcent la tonicité de la paroi des veines.
On utilise traditionnellement la Jouvence de l’Abbé Soury dans le cas de jambes ‘’lourdes’’ et, pourquoi pas à doses plus élevées, dans le cas de crises hémorroïdaires. Autrefois, le nombre de plantes était plus important, chacune avec ses caractéristiques et propriétés propres, conférant au breuvage un éventail d’indications très large, de la tonicité vasculaire comme nous venons de l’analyser, à la tonicité physique, psychologique voire intellectuelle, d’où la dénomination de "Jouvence’’, laissant supposer que son heureux utilisateur allait recouvrer une jeunesse perdue.
Eric Puyhaubert

Les sobriquets
Les habitants d'Alizay étaient appelés les sorciers, comme carnages ceux de Pont de l'Arche, carcasses ceux d’Igoville, manats du Manoir et capons souffleurs ceux de Pîtres, brûleurs d'ânes de Criquebeuf.... Les raisons de ces surnoms, toujours péjoratifs, restent mystérieuses, seul celui du Manoir, manants, est transparent.


Alizay - Le centre d'Alizay sur le cadastre napoléonien (1834). On y distingue parfaitement la motte et le manoir
Le centre d'Alizay sur le cadastre napoléonien (1834). On y distingue parfaitement la motte et le manoir

Alizay - Photo de classe d'Alizay en 1941-42. Des lecteurs peuvent peut-être s'y reconnaitre, eux ou leurs parents.  L'auteur de l’article est deuxième en partant de la gauche sur le rang du haut
Photo de classe d'Alizay en 1941-42. Des lecteurs peuvent peut-être s'y reconnaitre, eux ou leurs parents. L'auteur de l’article est deuxième en partant de la gauche sur le rang du haut

Alizay - Alizay sur le cadastre dit napoléonien de 1834
Alizay sur le cadastre dit napoléonien de 1834

Alizay - Le château d'Alizay, au milieu du village, à ne pas confondre avec le château de Rouville
Le château d'Alizay, au milieu du village, à ne pas confondre avec le château de Rouville


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