1 janvier 2026

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc.

Boucles des Ardennes

En 1840, la maison Thiriet est spécialisée dans la formation de boucles en tous genres destinées à l’agriculture et à l’armée : harnachement des chevaux, courroies, sacoches, etc. On ne se rend pas compte aujourd'hui de l'importance que pouvait avoir ce genre de produits lorsque l'on ne connaissait pas les matières plastiques.

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Puis la société s’installe à Raucourt, dans les Ardennes, en Moselle, où Charles Turquais, gendre à qui G.Thiriet a transmis sa société, se porte acquéreur de la société Nicolas, qui employait alors 500 personnes. Turquais frères est ainsi à la veille de la guerre de 14-18 la première société au monde dans son domaine d’activité, avec 2400 tonnes de boucles, mais la guerre la réduit à néant, avant qu'elle redémarre petit à petit et retrouve 400 employés en 1927.

En 1931,  Henri Turquais se porte acquéreur de la société Lucien Nicolas à Pont-Saint-Pierre située sur le site des moulins de l’Ermitage et devient à la veille de la guerre la première société au monde dans son domaine d’activité, mais l’histoire se répète, les destructions de 1939-45 sont nombreuses et l’entreprise ne retrouvera  plus les chiffres d’avant-guerre du fait de la concurrence.

Jusque dans les années 1980, L’ensemble comprend Turquais Industrie International et Turquais Bouclerie, la première employant une cinquantaine de personnes se consacre, à la production d’accessoires métalliques destinés aux équipementiers, tandis que la seconde, avec une quinzaine de personnes, reste fidèle à sa vocation initiale à Raucourt.

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Avec 1800 références, Turquais Bouclerie s’adresse à une clientèle allant toujours de l’armée à l’agriculture en passant par la maroquinerie, la confection, le sport et les loisirs. Il s’agit de petites pièces : agrafes, anneaux, boucleries, crochets, mousquetons, rivets, œillets, passants, etc. Il est vraisemblable que chacun d’entre nous utilise d’une manière ou d’une autre une boucle en provenance de l’usine de Raucourt, toujours en activité.


Le site du moulin du Barbeau

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Site du Moulin Barbeau

C'est un moulin à foulon édifié en 1778 à la naissance d’un bras dérivé de l’Andelle, le Barbeau, par Caillot de Coquereaumont qui vient d'acquérir la baronnie de Pont-Saint-Pierre. Le foulonnier Barette assure l'exploitation du moulin jusqu'en 1796. Le site est entièrement réédifié en 1837 par le baron d'Houdemare, héritier des Coquereaumont. Il est alors propriétaire de plusieurs usines à Pont-Saint-Pierre : une filature de coton et deux moulins à foulon dits de Bacqueville. Le nouveau moulin à foulon est construit à cheval sur le bras du Barbeau, et doté de deux roues hydrauliques. Le cours du Barbeau est remanié, avec le percement d’une nouvelle prise d’eau sur l’Andelle. Après la Première Guerre mondiale, le site est racheté par Adrien Josse, maire de Pont-Saint-Pierre, qui à partir de 1929 le loue aux Établissements Lucien Nicolas fils.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Plan des Ponts et Chaussées de 1846.  L'église, qui n'a encore qu'une abside, permet de se repérer
Plan des Ponts et Chaussées de 1846. L'église, qui n'a encore qu'une abside, permet de se repérer


L'Ermitage, Nicolas

En 1796 Georges Bouelle construit le moulin à blé de l’Ermitage alimenté par un fossé de coutume, à l’ouest de la commune, vers Romilly. Son gendre, J-A Lancelevée, rachète le moulin en 1819 et construit sur la rive opposée une filature, qui par rachats successifs, devenue scierie, arrive en 1912 entre les mains des Ets Lucien Nicolas, fondés en 1910 à Raucourt, qui font construire à son emplacement une usine de métallurgie spécialisée dans la fabrication de boucles et de chaines. Toutes les étapes de transformation des métaux sont réalisées sur place : découpage, tréfilage, polissage, recuit, décapage. Deux logements de contremaitres sont édifiés en face de l’usine.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Quai de l'Ermitage

En 1914-1918 l'usine fabrique des équipements militaires, notamment des ferrures de harnachement pour l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie, et en 1920 l'installation d’une machine à vapeur de 80 CV en plus de la turbine hydraulique marque un changement d'époque. L'usine emploie une centaine de personnes en 1923, dont 35% de femmes et son succès l'amène à louer en 1929 le moulin du Barbeau.

Par ailleurs, Lucien Nicolas sera maire de Douville de 1919 à 1944.

 

Deux sites de production

L’usine principale de l’Ermitage s'étend sur 8 ha dont 5000 m2 couverts. Elle dispose d’un puissant outillage composé de 200 machines spéciales et possède également des ateliers d’étamage, de polissage, de vernissage, de nickelage, d’argenture… Leur principale production consiste en boucles, anneaux et agrafes pour la sellerie, la carrosserie, la bourrellerie, l’automobile, la confection, la mercerie…Ces deux usines produisent plus de 500.000 pièces de différentes formes par jour, sous plus de 1800 références, vendues en France comme à l’étranger .

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Le polissage se fait par barattage dans des cuves
Le polissage se fait par barattage dans des cuves

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - L'estampage. A remarquer : l'abondance de poulies et courroies, et les rouleaux de fil à mettre en œuvre
L'estampage. A remarquer : l'abondance de poulies et courroies, et les rouleaux de fil à mettre en oeuvre

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Pliage et cambrure. Toute l'énergie est hydraulique.
Pliage et cambrure. Toute l'énergie est hydraulique.

 

Turquais, reconstruction complète

En 1931 Henri Turquais rachète à Lucien Nicolas l’usine de l’Ermitage pour y poursuivre la production d’articles métalliques à partir de fil de métal provenant de deux tréfileries de Commercy en Lorraine. Le site du moulin Barbeau est abandonné en 1950, puis la vétusté des bâtiments de l'Ermitage et la diversification de l’activité nécessite en 1969-1970 la reconstruction complète de l’usine et l’ajout d’un atelier équipé d’une presse à découper et plier de 30 t et d’un balancier à friction de 100 t.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - L'usine Nicolas à l'Ermitage
L'usine Nicolas à l'Ermitage
TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - L'usine de l'Ermitage
L'usine de l'Ermitage

En 1974, le groupe traverse une période difficile et la maison mère de Raucourt veut se débarrasser de sa filiale de Pont-Saint-Pierre. Des incitations au départ ou au reclassement à Raucourt sont proposées. Malgré le soutien de la Région, du Département, de la Chambre de Commerce et de la municipalité, le site de l’Ermitage cesse son activité vers 1987.

 

Boulangeot

Mais l’histoire du site de l’Ermitage ne s’arrête heureusement pas là : l’entreprise est relancée par un artisan de la région, Jean-Pierre Boulangeot, fils de menuisier, spécialisé dans le châssis triangulaire et l’œil de bœuf, à la fin des années 1970. Puis, à la tête de la menuiserie familiale, Pierre-Yves, la troisième génération, développe les ouvertures cintrées en bois ou aluminium, en ayant son siège à Pont-Saint-Pierre, un bureau à Lille et le site de production à Rédéné dans le Finistère. L’ensemble compte aujourd’hui environ 70 salariés dont 22 à Pont-Saint-Pierre.

TURQUAIS boucles, rivets, agrafes, etc. - Différents produits de l'entreprise, parfois très élaborés.
Différents produits de l'entreprise, parfois très élaborés.

 

Sources

- site patrimoine normand   (Emmanuelle  Real, photos  Christophe Kollmann)

- archives Turquais

 

Jean-Pierre Demeillers