LE DETOURNEMENT DE L’ANDELLE
Quand on regarde les deux cartes postales ci-dessus qui datent de 1908, on reconnait bien la maison.
Elle est encore debout située au 46,48 route des écluses mais on s’étonne, on s’interroge ! C’est quoi cette rivière ? Comment peut est prise cette photo car la Seine est plus loin ? La réponse est simple : c’est l’Andelle qui passait là avant d’avoir été détournée.
Lorsque l’Andelle est haute et qu’on se trouve en période de crues, l’eau source encore à l’endroit de l’ancien cours à la hauteur des usines Bosmy.
Pourquoi a-t-elle été détournée ?
Il s’agit d’une époque où le trafic des péniches sur la Seine était important. On venait voir les bateaux passer les écluses de Poses. C'était la promenade du dimanche ! Et il y en avait des péniches dans les écluses à cette époque.
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| L’Andelle et ses méandres |
Les péniches attendaient leur tour pour écluser. C’était un vrai spectacle.
L’embouchure de l’Andelle dans la Seine était alors assez près des écluses et cela gênait la navigation des péniches à leur entrée ou leur sortie des sas.
L’Office National de Navigation (ONN), crée en 1912, l’ancêtre des Voies Navigables de France (VNN) devenu l'organe exécutif du ministère des Travaux Publics, décide donc de détourner l’Andelle et de la faire déboucher beaucoup plus loin .Cette décision est prise en 1931 et un plan est réalisé.
On voit ci-dessous (Plan n°1) le tracé ancien et le tracé supposé avec des zones hachurées où seront déposés les remblais après creusement.![]() |
| Plan n°1 |
On y voit aussi une boucle qui devait avoir été supprimée auparavant mais n’était pas encore remblayée
On pourrait se demander pourquoi cette boucle avait été supprimée. Ralentissait-elle le trafic fluvial ? Mais qu’est ce qui circulait sur l’Andelle à cet endroit ? On sait que le bois qui venait de la forêt de Lyons était débarqué plus en amont à Pitres sur la place des "flotteaux", au début du chemin blanc (à cause de la craie dont il était recouvert), l’actuelle rue d’Amfreville sous les Monts.
Une autre réponse paraît s'imposer : si l'on avait conservé la boucle, il aurait fallu construire deux ponts pour la voie de chemin de fer, ce qui aurait été beaucoup plus cher que de combler la rivière sous le passage de la voie.
Le plan ci-dessous encore plus précis découpe en 10 zones avec pour chacune un plan de coupe et la quantité enlevée.
Cela va représenter 97000m3 à 13,50 le m3 le déblai donc un coût de 1 350 000 francs de l’époque (septembre 1931) ce qui correspond à peu près à 1 million d’euros actuels (prix moyen d’un rond-point en 2025) auquel s’ajoute l’achat des terrains.
On a aussi le détail de la nature de la terre qui était enlevée
On voit sur le plan n°1 les zones qui seront remblayées, ce qui explique que la place devenue le parc des flotteaux est surélevée par rapport au reste des terrains.
Un appel d’offres a lieu pour réaliser ce travail. Une trentaine d’entreprises répondent dont certaines ayant leur siège social à Paris. Le travail devrait donc être intéressant à réaliser. Contrairement à la rumeur qu’on entendait parfois dans Pîtres, ce ne sont sûrement pas des prisonniers allemands qui ont réalisé ce creusement et d’ailleurs on était quand même bien loin de la fin de la guerre. On a même le tarif auquel chaque profession était payée.
Il a fallu aussi exproprier les propriétaires des terrains sur lesquels allait passer la nouvelle Andelle. Il y a une trentaine de parcelles, plusieurs appartenant au même propriétaire. On a par exemple le document des parcelles achetées à M Halley. Elles s’appellent les marais. Ces zones étaient-elles encore marécageuses ? Les travaux ont donc débuté vers 1932-1933.
On n’en a pas beaucoup de traces dans les registres municipaux, il est seulement mentionné qu’il faudra que les habitants de Poses puissent passer. Il n’y a pas de récriminations, les expropriations n’ont pas dû soulever de protestations. Payé 105 fr. l’are plus une indemnité supplémentaire, c’était peut-être une bonne opération pour les propriétaires.
Le pont sur l’Andelle
Il y avait un pont à l’embouchure de l’Andelle avec la Seine. On le voit en arrière-plan sur une carte des cartes postales d’introduction. Ce pont a été détruit en 1940.
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| Pont sur l’Andelle à l’ancienne embouchure |
En s’approchant de la berge, on peut encore en voir les ruines et on les aperçoit aussi très bien de l’autre côté de la Seine dans l’ile aux bœufs.
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| Les vestiges de l’ancien pont |
La passerelle sur l’Andelle
Mais il a fallu reconstruire un pont pour franchir l’Andelle ce qui a pris plus de temps que le creusement. Le Préfet de l'Eure envoie une mise en demeure à l’entrepreneur chargé de l’ouvrage. Ce ne sera pas un pont pour véhicule mais seulement une passerelle, l’actuelle passerelle Monet.
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| Courrier du Préfet et procès-verbal pour travail non réalisé |
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| Le plan de l'actuelle passerelle Monet |
L’attribution de la construction avait été attribuée à l’entreprise Lemaitre d’Elbeuf. En juin 1934 la passerelle n’étant pas construite, un échange de lettres s’en suit entre les préfets, le maire d’Elbeuf et l’entreprise Lemaitre sans que rien ne fasse avancer le dossier, l’administration met en demeure l’entreprise de réaliser l’ouvrage dans un délai d’un mois. En septembre, il n’y a toujours aucune construction. En octobre le garde champêtre d’Elbeuf se rend au domicile de M Lemaitre et remet à son épouse une notification.
Nous ne possédons pas la suite mais la passerelle a dû être finalement construite puisque en aout 1940 elle a été détruite comme le pont. Quelques planches permettaient de traverser et l’Entreprise Fréret avait été chargée des réparations.
Sources
- archives départementales
Merci aux Amis de la batellerie de Poses qui nous ont ouvert leurs archives, conservées sur le Midway II à Poses.
















