Le château de Canteloup
Inscrit au patrimoine architectural de Mérimée, le château de Canteloup situé sur les communes de Amfreville-sous-les-Monts et de Romilly-sur-Andelle a été partiellement inscrit aux Monuments Historiques en 1997. Les protections de l’édifice concernent les façades, toitures et, à l’intérieur, le rez de chaussée et l’escalier, le cellier en sous-sol de la D19, la chapelle et les communs sud-est.
Ref cadastrale 1962 AH 20, 21
Historique
Au Moyen Âge, Canteloup était un plein fief de haubert, c'est-à-dire possédé par un chevalier, qui devait donc à son seigneur le service d'un homme à cheval, relevant de la seigneurie de Puchay (voisin de Lyons-la-Forêt), elle-même quart de fief de la baronnie de Cailly dans le baillage de Gisors. Il appartient d’abord à la famille de Canteloup. Il y avait très certainement un ancien château fort à cet emplacement, chargé de la protection des cours d’eau Seine et Andelle. Il n’en reste malheureusement rien. Le fief de Canteloup est connu depuis le XIIe siècle.
Construction
Au début du XVIIe, Jacques II Halle, échevin de Rouen
(certainement magistrat municipal), anobli, très riche, fait l’acquisition des
terres et y construit ce château en 1610. Le maitre d’œuvre n’est pas connu.
L’édifice n’a pas été fortifié, il n’aurait pas résisté aux attaques d’une armée, mais il a été conçu pour se protéger des attaques de rôdeurs ou de bandes vivant de rapines (anciens mercenaires etc..) comme il y en avait beaucoup à cette époque.
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| Les bâtiments de la place des Vosges, dont la construction commence en 1605. On voit bien la similitude de style, que l'on nommera "style Henri IV" |
Propriétaires successifs
Une des filles de Jacques II Halle, Marie (1613-1686)
transmet le manoir et le fief à la famille de Vigneral en se mariant avec
François de Vigneral (1608-1683), conseiller au Parlement de Normandie. Leur
fils Raoul de Vigneral (1639-1713) sieur de Canteloup, conseiller au Parlement
de Normandie épousera Marie Grossin (1647-1685). Ils eurent un fils, Guillaume
de Vigneral (1676-1724). Veuf, Raoul se remariera en 1688 avec Anne Le
Seigneur, mais n’eurent pas d’enfant.
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| Le manoir sur le plan Le Roux de 1725 |
Le fief et le manoir restèrent dans cette famille jusqu’en 1781, date à laquelle ils furent vendus à Robert Bizet, marchand de Rouen dont la fille Marie Zoé Bizet née vers 1804 épousa François Léopold Houzard de la Poterie.
Le manoir fut donc ensuite la propriété de la famille
Houzard de la Poterie, le père François Léopold Houzard de la Poterie
(1791-1857) eut 4 fils dont Alfred Léopold qui fut maire de Pont de l’Arche,
conseiller municipal d’Alizay et propriétaire du château de Rouville à Alizay.
Il fut ensuite propriété de la famille Lefebvre et fut
habité jusqu’en 1901.
Au XXe siècle les bâtiments subirent d’importantes
dégradations. Le 24 avril 1910 un incendie détruisit une partie des combles,
puis la guerre de 39/45 endommagea les boiseries, enfin le château fut divisé
en logements pour les salariés de la verrerie de Romilly. Suite à l’incendie de
1910, les parties hautes ont subi une réfection au début du XXe siècle. Malgré
toutes ces vicissitudes, les propriétaires successifs réussirent à préserver le
château qui est aujourd’hui restauré et rendu à son passé.
Le manoir
Le manoir s’élève sur trois niveaux avec un grand comble
recouvert d’ardoises, surmonté d’un clocheton ajouré.
Ses deux façades en brique et pierre calcaire sont
symétriques marquées chacune par des fenêtres à encadrement de pierre calcaire
et groupées par trois. Quatre tourelles d’angle à toit conique équipées chacune
de deux pierres blanches trouées qui permettaient à des arquebusiers
d’effectuer des tirs croisés confèrent à ce petit château une allure élégante.
On est surpris en entrant dans le château par la porte
principale en façade, d’être en face d’un grand escalier « gauche »
permettant de mieux défendre en cas d’intrusion de rôdeurs par effraction, les
attaquants étant majoritairement droitiers !
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| Solidement fixée sur la façade, l'étoile mystérieuse*…. |
Au rez-de-chaussée, voûté en anse de panier, de part et d’autre de l’escalier, on trouve deux pièces, la cuisine et le cellier. Seul le cellier est ouvert à la visite. Il est couvert d’une énorme voûte en pierre car l’édifice sur trois niveaux est très lourd. Les murs sont également imposants. Le cellier est actuellement une pièce à vivre pour les propriétaires, on peut y voir un très beau meuble renaissance normande. Les étages supérieurs sont occupés par les actuels propriétaires du château et ne sont pas ouverts au public.
* une hypothèse plausible serait celle de la franc-maçonnerie
Le parc
Le château est établi dans un petit parc repérable sur les
plans de 1726 et 1836. La tourelle d’entrée et le colombier rond ont disparu.
Par contre les communs subsistent à l’est. Diverses dépendances complètent cet
ensemble, entre autres une chapelle Sainte Marguerite dont la couverture a été
restaurée récemment et dont les travaux sont en cours.
Le cellier
A noter également un étonnant cellier qui traverse la D19 pour rejoindre la Bergerie (cellier actuellement muré). Ce cellier est voûté et pavé et dispose de niches sur les côtés pour stocker le vin local. Il pouvait également servir pour transférer les moutons d’un côté à l’autre de la route.
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| L'entrée du souterrain qui passait sous la route |
Au nord s’étend la ferme du château dont la grange principale, long bâtiment rectangulaire, clôture le parc.
Sur le plan de 1726, la ferme comprend aussi des bâtiments
alignés le long de la route de Pîtres au Val Pitan (actuelle D19). D’après le
plan cadastral de 1836, un nouveau bâtiment d’habitation a été construit au
début du XIXe siècle. Mal entretenue pendant des dizaines d’années, cette ferme
a été rachetée en mars 2007 par M Decorde qui en a entrepris la restauration.
Priorité a été donnée à trois bâtiments : la grange dont la charpente
était en bon état, la charreterie à colombages et la maison d’habitation puis
ensuite, les bâtiments le long de la D19. L’ensemble est maintenant entièrement
et magnifiquement restauré et transformé en logis pour accueil d’hôtes. Cette
ancienne ferme contribue à mettre en valeur le manoir dont elle est le
complément.
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| Les bâtiments de la ferme |
Sources
- Base du patrimoine Mérimée
- Archives départementales de la
Seine-Maritime (plan de 1769 ? 1725 ?
- photos André Chéron
Tous nos remerciements à Yvette Petit-Decroix pour le prêt
de sa documentation, à Mme Henry propriétaire du Château de Canteloup et à Mr
Decorde propriétaire de la ferme de Canteloup pour leur accueil.








