1 janvier 2026

Patrick Descamps, Français libre

Patrick Descamps, Français libre - Patrick Descamps devant son premier char
Patrick Descamps devant son premier char

Patrick Descamps, Français libre

 

Le 24 août 1944, veille de la libération de Paris, le char Jemmapes de la 2ème DB du général Leclerc est détruit et le chef de char, Patrick Descamps est tué. Ses parents possédaient le château de Pont-Saint-Pierre, et il y résida de ses 16 ans à son départ pour la guerre, à 21 ans.

 

1939-40. La débâcle, l’appel.

L’attaque de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939 plonge l’Europe dans la guerre. Après la guerre éclair elle met la Pologne hors de combat en trois semaines. Pendant neuf mois, l’armée française reste derrière la ligne Maginot, c’est la drôle de guerre, et le 10 mai 1940, les troupes allemandes envahissent la Hollande, la Belgique, puis la France, passant par les Ardennes. Les troupes alliées se replient sur Dunkerque pour embarquer vers l’Angleterre, fuient vers le Sud de la France, ou sont faites prisonnières par l’armée allemande. C’est la débâcle. Le maréchal Pétain nommé président du conseil demande l’armistice, et le lendemain, 18 juin 1940, le général de Gaulle lance de Londres son fameux appel à continuer le combat, acte fondateur de la France Libre. L’armistice signé par Pétain, la France désarmée est séparée en deux : au Nord zone occupée et au Sud zone libre dirigée par le régime collaborationniste de Vichy, dirigée par Pétain, c’est aussi la fin de la démocratie : Pétain se fait voter les pleins pouvoirs et instaure l’Etat français à la place de la République. A partir de ce moment, une résistance se met en place dans l’hexagone et les Colonies françaises.

 

Le Général Leclerc, le serment de Koufra

Le capitaine Philippe de Hauteclocque, blessé à la tête, fait prisonnier lors de la campagne de France, s’évade, rejoint Paris en partie à bicyclette et apprenant que le général de Gaulle continue le combat, décide de rejoindre Londres, d’où de Gaulle va organiser le ralliement des colonies d’Afrique françaises à la France Libre. Philippe de Hauteclocque, qui avait  choisi le patronyme Leclerc pour protéger son épouse et ses six enfants de possibles représailles,  l’un des rares officiers de carrière à avoir rejoint le général de Gaulle, reçoit le commandement du Tchad en décembre et porte aussitôt ses efforts vers la Libye italienne. Avec seulement 400 hommes montés sur 60 véhicules et après une traversée de plus de 1500 kilomètres de désert, il s’empare de l’oasis de Koufra et fait jurer à ses compagnons «de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.»  

Patrick Descamps, Français libre - Général Leclerc

Le 7 décembre 1941, l’attaque des Japonais sur Pearl-Harbour amène les Etats-Unis à entrer en guerre aux côtés des Alliés,  et le 8 novembre 1942 ils débarquent en Afrique du Nord, bousculant les troupes de Vichy. La participation de soldats Français Libres aux combats de Bir-Hakeim rencontre un écho considérable. La colonne blindée de Leclerc arrive à Tunis le 8 mai 1943.

Au cours de toutes ses campagnes, Leclerc vit auprès de ses hommes, couchant comme eux à même le sol, s’inquiétant de leur moral et de leur ravitaillement. Sa foi en la victoire finale, son sens du terrain et de la manœuvre, son omniprésence, lui valent un dévouement sans faille. Quand il reçoit à l’été 1943 la mission de transformer sa Division Française Libre en 2è Division Blindée, il regroupe à Temara, au Maroc, le noyau des Français Libres qui sont avec lui depuis près de 3 ans, les unités déjà constituées d’Afrique du Nord, les engagés et les appelés locaux, les Corses récemment libérés, les jeunes Français évadés de France en passant par les Pyrénées et les geôles espagnoles, les rassemblant vers le but commun.

Les équipements sont insuffisants et obsolètes, les Etats-Unis entament une production de masse d’armements, et dotent la 2ème DB de 315 chars, 4168 véhicules, 2000 mitrailleuses pour plus de 15 000 hommes et femmes équipés de la tête aux pieds. En ordre de marche c’est une file d’engins de plus de 300 km ! Pour Leclerc la revanche est en vue.

 

Seule ombre au tableau !

Le 15 août 1944, l’armée du général de Lattre qui débarque en Provence est composée pour moitié de soldats africains, mais à Paris la 2è D.B présente un tout autre visage : un seul soldat noir, Claude Mademba Sy.

Patrick Descamps, Français libre - 2ème DB Claude Mademba Sy

Les tirailleurs noirs constituent pourtant l’essentiel des ressources en hommes de la colonne Leclerc en 1941, puis de la force L transformée en 2è D.B deux ans plus tard. Mais les Américains, qui équipent les 3 divisions blindées françaises, en ont décidé autrement : ils exigent que la 2ème D.B ne compte aucun soldat noir, prétextant que « les Noirs ne sont pas suffisamment instruits pour combattre dans une division blindée». Les tirailleurs sénégalais de la division sont alors versés dans la 1ère division du général de Lattre de Tassigny ou démobilisés. Cette décision est plus raciale que coloniale car lors de son entrée à Paris, la 2ème D.B compte dans ses rangs quelques 1300 soldats maghrébins. Claude Mademba Sy réussit toutefois à déjouer la directive américaine, car de nationalité française, avec de plus un père chef de bataillon. Le 25 août, il entre dans Paris avec son char, le Pantagruel, puis participe à la libération de Strasbourg et ira jusqu’au nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden.

 

Patrick Descamps, sa jeunesse, l’appel

Patrick, issu d’une famille d’industriels du Nord, nait en 1922 à Thumeries. Après avoir habité le château Blanc de Thumeries, en 1938, ses parents achètent le château de Logempré à Pont-Saint-Pierre.

Après des études au lycée Louis le Grand à Paris, il obtient une licence es-sciences. Sans aucun doute promis à un bel avenir, il en est conscient, et écrit dans un courrier en mai 1944 : « je crois, si Dieu me prête vie, être destiné à exercer un commandement, des ouvriers sans doute, des hommes en tous cas. Je demanderai alors à Dieu de ne jamais me laisser oublier que pour être un vrai chef, il faut aimer, il faut être juste, il faut être fort. Quand on a décidé quelque chose, y croire et le vouloir ».

En 1940, les demeures de Thumeries et Pont-Saint-Pierre sont réquisitionnées par les troupes allemandes d’occupation. Le château de Pont-Saint-Pierre est le refuge des Allemands et des chars Panzer sont dissimulés sous les ombrages du parc, à l’est. De 1938 à début 1943, Patrick séjourne à Pont-Saint-Pierre, ses parents et lui devront à partir de 1940 cohabiter avec le colonel allemand et ses hommes... Il suit les évènements : la défaite, l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, le calamiteux armistice de Pétain, la campagne héroïque du colonel Leclerc en Afrique et le Serment de Koufra… il est triste, il ne peut supporter l’occupation de son pays, l’hégémonie de l’Allemagne et la résignation. Dans un courrier adressé à ses parents, daté de juillet 1943, il exprime son engagement : «vous savez que ce que je fais aujourd’hui je l’ai décidé par moi-même avec toute la conviction nécessaire à un tel acte. Je le fais parce que je crois en mon pays comme je n’ai jamais cessé de croire, parce que je crois qu’aujourd’hui, mon pays a besoin de moi comme j’aurai toujours besoin de lui et parce que je sais que c’est sous son drapeau et avec ses armes que je dois le servir».

Il n’a que 21 ans, et s’engage en juillet 1943, fuyant de fait le S.T.O*

* le Service de Travail Obligatoire, consistait à livrer des travailleurs à l’industrie allemande, qui en manque cruellement depuis que la quasi-totalité des Allemands valides sont au front. Vichy l’encourage en expliquant que des prisonniers français seront libérés en échange, tromperie manifeste puisque les retours d’Allemagne de prisonniers seront exceptionnels

La zone libre est maintenant occupée par les Allemands et sa traversée est périlleuse. Le régime nazi en surveille étroitement le passage. Six cents arrestations ont lieu chaque mois en moyenne, suivies de l’envoi en Allemagne. René Bousquet de la police de Vichy, triste sire, met en œuvre une répression féroce.

 

L’internement en Espagne

Patrick, décidé à rejoindre la France combattante en Afrique du Nord, doit traverser la France et l’Espagne, trajet courant mais très périlleux.

Après avoir échappé à la vigilance des troupes d’occupation et des policiers de Vichy présents du Perthus à Hendaye, Patrick traverse les Pyrénées par des sentiers de contrebandiers, de muletiers, vainc la peur, la faim et le froid. Le régime fasciste de Franco en Espagne est un allié des nazis, aussi les douaniers espagnols arrêtent les transfuges et les remettent à la milice ou les incarcèrent en Espagne. Les rescapés de la montagne endurent alors d’épouvantables conditions d’incarcération dans les prisons. Patrick subit ce sort et on le transfère au camp de concentration de triste mémoire durant la guerre civile espagnole, à Miranda de Ebro (province de Burgos), il y reste 3 mois. L’hostilité du régime envers les ennemis du Reich imprègne les geôliers. Pour ce jeune, impatient de combattre, l’étape espagnole laisse un pénible souvenir. L’internement dans des conditions extrêmes au camp de Miranda est un véritable calvaire. Ensuite c’est l’attente, l’ennui, la colère souvent et le sentiment d’abandon. Le séjour en Espagne est de plus ou moins longue durée : les évadés du premier semestre 1943 attendent de longs mois. Cependant l’Espagne est en récession et accepte après négociations avec les ambassades du Royaume-Uni et des Etats-Unis d’échanger les prisonniers contre de l’alimentation, du phosphate… Certains prisonniers peuvent quitter l’Espagne par Algésiras mais le passage est difficile. La Croix-Rouge coordonne l’évacuation vers Lisbonne et le port de Setubal, les prisonniers sont dirigés vers Casablanca.

 

Le Maroc, l’engagement, l’entrainement

Patrick Descamps, Français libre - Jean Ciampi, Jean Deniker, Patrick Descamps

Au Maroc, les engagés sont rassemblés dans la forêt de Témara près de Rabat. Patrick signe son acte d’engagement dans les Forces Françaises Combattantes, s’engageant à «servir avec honneur, fidélité et discipline dans la 2ème D.B pour la durée de la guerre actuellement en cours..». Cependant il refuse de suivre les cours des officiers à Cherchell en Algérie de peur de ne pas être affecté à l’armée de libération sur le sol de France, sa détermination est totale. Il a réalisé son idéal et trouvé le chef qui correspond pleinement à ses convictions. Il est affecté à la 1ère section de la 4ème Cie du 501 RCC (régiment de chars de combat), formée principalement de jeunes évadés de France. L’entrainement bat son plein dans la plaine marocaine. C’est la période où de Gaulle confie à Leclerc une mission : la Libération de Paris. Durant 7 mois à Témara et dans les zones avoisinantes de la Casbah, les différentes unités constituant la 2ème D.B bivouaquent dans l’attente des effectifs nécessaires, perçoivent leurs nouveaux équipements, reçoivent l’instruction indispensable et affinent leur cohésion. Il s’agit ensuite de monter l’armement, les accessoires, tout le monde s’y emploie avec la meilleure bonne volonté à défaut d’expérience, vivant sous la guitoune à l’ombre des chênes lièges ou sur le terrain tour à tour boueux et poussiéreux en bordure du bivouac.

Pendant ce temps, les U.S.A produisent en masse des Liberty Ships d’environ 100 m de long qui peuvent à la fois traverser l’Atlantique ou la Manche et débarquer des troupes, construits en quelques jours car le soudage des tôles remplace le rivetage, ce qui fait gagner un temps considérable. Ils traversent l’océan chargés de matériels, chars, camions… pour rejoindre l’Angleterre et l’Afrique du Nord.

 

Chef de char

Patrick Descamps, Français libre - 2ème DB

Chaque char ou véhicule porte l’insigne de la Division, qui représente une carte de France avec la croix de Lorraine. Patrick est versé sur un char léger M3A3, composé d’un équipage de 4 hommes : chef de char, tireur, pilote et copilote, équipé de chenilles à patins de caoutchouc et d’un canon de 37mm. Patrick, caporal-chef, est le seul chef de char qui ne soit ni sous-officier ni officier. Les chars de sa compagnie portent des noms de victoires de la Révolution. On lui affecte le Fleurus.

L’année 1943 s’écoule, l’anxiété gagne Patrick et ses camarades, mais pendant cette période de formation et d’attente il fréquente ceux qui seront à jamais ses amis : Jean Deniker, Yves Ciampi et Alexandre Krementchousky. Tous se posent la question : la division sera-t-elle désignée pour le débarquement en France ? Le 6 avril 1944, le général de Gaulle vient au Maroc passer en revue la 2ème D.B et c’est un bien grand jour pour tous ces jeunes de voir de visu le personnage de l’appel du 18 juin, le symbole de la révolte !

 

L’embarquement, l’Angleterre

En avril 1944, c’est l’embarquement tant attendu, la division quitte l’Afrique du Nord en plusieurs convois. Dans les bateaux, les hommes sont mélangés, les liens hiérarchiques sont rompus, d’autres se forment entre des hommes très différents mis face à face pendant la traversée. C’est un véritable brassage qui oblige tout le monde à se connaître, à parler. Les chars, half-tracks, automoteurs, jeeps... venant d’unités différentes sont également mélangés sur les bateaux, ainsi si l’un était torpillé, aucune unité  ne serait anéantie. Après dix jours de traversée le convoi parti du Maroc arrive au Pays de Galles. Le 1er juin, son régiment est regroupé au camp d’Huggate dans le Yorkshire, très petit village, sans magasins, sauf un pub, interdit aux soldats.

Patrick Descamps, Français libre - Devant le Fleurus

Patrick écrit en mai 1944 à sa famille : « ainsi à 22 ans, après quelques mois d’une vie toute nouvelle et à la veille de circonstances qui auront sur le monde un retentissement énorme, je me retourne sur moi-même et j’y trouve avant toute autre chose la Foi.» Le débarquement a lieu le 6 Juin, et quand éclate la nouvelle c’est la joie bien sûr mais aussi la consternation de ne pas en être... La vie en bivouac continue, manœuvres, inspections, tirs se succèdent, la 4è compagnie est bien rodée. Depuis la mi-juillet 1944, les équipages sont fin prêts et piaffent d’impatience. Fin juillet, l’ordre de départ est donné. L’ensemble des troupes rejoint par route et par fer le port d’embarquement, soit 500 km en deux étapes. L’Angleterre ressemble à une fourmilière et il faut une sévère organisation pour discipliner les unités, respecter les horaires pour qu’il n’y ait ni bouchons, ni accidents….

 

La campagne de Normandie

Patrick Descamps, Français libre - Landing Ship Tank
Le 2 août, embarquement sur les LST et le 3 au matin, enfin, Patrick et ses équipiers foulent la terre promise. Il débarque sur le Fleurus mais à partir du 7 août sera affecté sur le Jemmapes en remplacement du chef de ce char muté à la section de commandement de sa compagnie. Les Liberty Ships et les LST mouillent à Utah-Beach, dans la Manche. Le lieutenant commandant la 1ère section de la 4ème Cie est le lieutenant Nanterre sur le char  Valmy, dont dépend le char de Patrick. Le baptême du feu reçu dans la nuit du 7 au 8 août par bombardement aérien des bivouacs avait annoncé le début des combats.


Patrick Descamps, Français libre - L’arrivée de Leclerc sur le sol français

Mise à la disposition de la 3ème armée américaine du général Patton, la division Leclerc est associée à la manœuvre alliée pour couper la retraite des forces allemandes et les empêcher de rejoindre la Seine. Souvent il fait preuve «d’initiatives personnelles» qui s’avèrent payantes. Les Américains apprécieront ses capacités. Après son regroupement à La Haye-du-Puits, la 2ème D.B reçoit l’ordre d’avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers Le Mans le 9 aout. Patrick est engagé rapidement dans les combats au nord d’Alençon puis pour la réduction de la poche de Falaise. Une citation à l’ordre du corps d’armée, postérieure à son décès évoque son engagement : «Caporal-chef de char, plein d’ardeur et de conscience, le 12 août 1944 à l’ouest de Sées a fait preuve de belles qualités manœuvrières alors que son char était en pointe d’avant-garde.» La 2ème D.B n’a cesse de se porter à l’avant du dispositif du 15ème corps d’armée. Le 12 août, Alençon est libéré si rapidement que les Américains en sont décontenancés. Patton ne tarit pas d’éloges sur les troupes de Leclerc qui appliquent les principes de l’attaque à outrance depuis que les Français sont en Normandie.

 

Montée vers la capitale, libération de Paris

Mais la question cruciale reste la Libération de Paris. L’insistance de Leclerc, l’intervention du général de Gaulle, l’envoi d’un émissaire par le colonel Rol-Tanguy, chef des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) amènent Eisenhower à donner l’ordre à la 2ème D.B de foncer sur Paris. Le 23 août à partir de 7 heures, le sous groupement Warabiot, auquel appartient Patrick, prend la route en direction de Paris. Le soir, il bivouaque près de Limours, au sud de la capitale. Le 24, il prend la route vers son destin. Après de violents combats à Longjumeau, le groupement Warabiot progresse et rejoint Arpajon sans encombres. Vers 10h00, à environ 1,2 km de la sortie de Longjumeau, des canons de 88 mm installés de part et d’autre détruisent des chars, la progression est difficile. Il y a de nombreux tués et blessés, les Allemands opposent une résistance farouche.

 

Le destin tragique

Le 24 août, vers 11h30, veille de la Libération de Paris, à la limite de Savigny-sur-Orge et de Morangis, le Jemmapes  est touché alors qu’il vient d’abattre un des derniers antichars Flak 88. Patrick Descamps est tué au carrefour du chemin des meuniers et de la rue Jean Allemane, les autres membres de son équipage, Tarraga, Grausse et Jannet sont blessés. Tous sont pris en charge par les ambulances conduites par les rochambelles, mais ses amis du 13ème Bataillon Médical au sein de la 2ème D.B, Jean Deniker, aide-chirurgien, Yves Ciampi, médecin-auxiliaire et Alexandre Krementchousky, médecin-capitaine ne pourront rien pour lui.

 

Ses amis, Jean, Yves et Alexandre

Patrick, Jean et Yves sont des inséparables et semblent avoir fait connaissance pendant l’internement en Espagne ou lors de leur engagement au Maroc ? Tous trois ont le même âge et ont souvent l’occasion d’échanger sur leur idéal de vie. Jean Deniker est né à Pékin,  il fait des études de médecine, mais sera tué durant la campagne en Meurthe et Moselle, en novembre 1944. Yves Ciampi, né à Paris, fait des études de médecine qu’il continuera à la fin de la guerre. Il écrira aux parents de Patrick à son retour une lettre émouvante : «…je suis le seul survivant, c’est trop atroce. J’ai soudain une cruelle impression de solitude. Et je pense à vous, à madame Deniker. Je voudrais être là près de vous pour vous dire combien Pat, Jean, étaient heureux, prenaient la mort en riant, combien ils étaient forts…ils ont franchi le fossé vie-mort avec le sourire ». Yves Ciampi deviendra réalisateur et tournera en souvenir de ses amis Les Compagnons de la gloire, documentaire sur la 2ème D.B et la Libération de Paris, puis Les héros sont fatigués, Typhon sur Nagasaki, Le vent se lève… Alexandre Krementcho né à Odessa en 1905, médecin-capitaine, est aussi un photographe hors pair. Il laissera quelques clichés de ses amis. Naturalisé français en 1945, il exercera la médecine à Limoges.

Patrick Descamps, Français libre - lettre Yves Ciampi
 

Eymeric, le beau-frère de Patrick

On ne peut passer sous silence cet homme de la France Libre. Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de guerre, médailles coloniales et de la France Libre, Eymeric de Pelleport, né en1920 dans les Landes, s’engage en juillet 1940, est affecté à la compagnie de chars du général de Gaulle, rejoint l’Afrique et participe, comme motocycliste, aux opérations de ralliement du Gabon, rejoint la Palestine et fait la campagne de Syrie au guidon d’une moto britannique. A la création de la 2ème D.B, il est affecté à la 397ème CCR au sein de laquelle il commande le 3ème peloton jusqu’à ce qu’il soit blessé en novembre 1944 en Alsace. A l’hôpital du Val de Grâce, il rencontre sa future épouse qui vient le visiter : Jacqueline Descamps, sœur de Patrick, avec laquelle il se marie en 1946 à Pont-Saint-Pierre… 

Patrick Descamps, Français libre - Eymeric de Pelleport au château de Pont-Saint-Pierre


L’exceptionnel rôle des femmes, Rochambelles et Marinettes

Le groupe Rochambeau* est né de la volonté d’une Américaine, Florence Conrad, âgée de 58 ans en 1944. Lorsque la 1ère Guerre mondiale éclate en 1914, elle habite Paris et décide de s’engager comme infirmière. En 1939, elle s’engage de nouveau et publie en 1942 « Camarades de Combat » qui retrace son aventure. En 1943, à New York, grâce à l’aide de nombreuses femmes américaines, elle collecte de quoi acheter 19 ambulances. Le groupe qu’elle a fondé prend le nom de Groupe Rochambeau* : A New York, elle recrute 14 jeunes volontaires françaises, qui embarquent sur le Pasteur pour Casablanca où personne ne les attend, mais Florence Conrad sait qu’un certain général Leclerc est en train de créer une division. La rencontre est délicate mais sa ténacité est récompensée, elle reçoit l’accord du général. Elle propose 19 ambulances neuves ainsi que de jeunes volontaires féminines. Le général veut bien des ambulances mais pas des jeunes filles... Devant l’insistance de Florence Conrad et ne voulant pas laisser échapper ces 19 véhicules, il accepte, mais uniquement jusqu’à Paris. Sur place, Florence Conrad engage d’autres jeunes femmes. Le groupe est affecté à la compagnie du bataillon médical au sein du groupement tactique où se trouve Patrick Descamps. Les soldats de la division les surnomment rapidement les Rochambelles. Lorsqu’elles appareillent pour l’Angleterre en mai 1944, elles ont gagné l’estime des soldats. Aux officiers américains qui tentent de les empêcher d’embarquer, le général Leclerc réplique "ce ne sont pas des femmes, ce sont des ambulancières !» C’est ainsi qu’avec leur 19 Dodge, elles apprennent à mettre les mains dans le cambouis, à prodiguer des soins, à lire une carte, mais aussi la discipline militaire. L’aventure de ces femmes énergiques et volontaires, finalement, continue jusqu’au Nid d’Aigle en passant par la libération de Strasbourg en novembre 1944. Certaines sont tuées durant la campagne. L’histoire des Marinettes, elle, commence en Algérie où une jeune femme plein d’entrain, Jacqueline Carsignol, ancienne volontaire de la Croix Rouge, crée un groupe pour s’occuper des blessés de la 2ème D.B. Elles sont neuf, et aucune ne sera tuée durant la campagne

* Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, cher aux Américains, s’est illustré lors de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis au côté de La Fayette.

Patrick Descamps, Français libre - Yves Ciampi et une Rochambelle devant leur ambulance

 

La grandeur d’âme

Dans son testament Patrick Descamps écrit : «  Je ne vous dis pas adieu, mes amis, mais au revoir; je sais que vous ne comprenez pas tous et je ne vous demande pas de le faire, mais avant de vous quitter je veux vous laisser quelques consignes qui, bien souvent, me viennent de vous, mais que je veux vous redire afin que chacun de vous en soit non seulement le gardien, mais le propagateur  « Tâchez d’être toujours sûrs de ce que vous croyez » , « Cherchez la vérité », «Ne comptez pas sur les autres pour relever la France, commencez vous-mêmes », « A tous , je vous dis au revoir et je vous quitte sans regrets car je crois en Dieu ».

Et enfin, les paroles de son ami Yves Ciampi qui survit après l’épopée de la 2ème D.B : « Autant que je vivrai, je vivrai pour Pat, afin que ce que nous voulions réaliser ensemble soit réalisé en son nom, et que l’immense somme de puissance, de bonté et de pureté rejaillisse sur nous et nous permette de travailler dans son souffle et de ne jamais démériter de lui. »

Patrick Descamps a été inhumé à Thumeries dans le caveau où sont enterrés ses parents et son frère. Son nom est mentionné sur les monuments aux morts de Thumeries et Pont-Saint-Pierre. Un quartier et une rue portent à Thumeries son nom. A Pont-Saint-Pierre, l’ancienne résidence des personnes âgées, financée par ses parents, porte une plaque à l’entrée de l’office notarial, côté grande rue, sur laquelle on peut lire : « Fondation Patrick Descamps, chef de char, armée Leclerc, mort pour la France, 24 août 1944  ».

Patrick Descamps, Français libre

 

Sources :

- l’histoire de Thumeries,

- mémoire des hommes gouv.

- les dernières nouvelles d’Alsace ,

- images de la défense gouv.

- forum 2è DB et site de l’UNABCC

- les compagnons de la libération…

- archives de la famille Descamps

 

Je remercie personnellement l’abbé Henri Delavenne, sa mère Delphine, Patrick Descamps, fils de Jean-Claude Descamps, ainsi que Frédéric de Pelleport-Burète, fils de Jacqueline Descamps-de Pelleport-Burète, et également Christophe Legrand, vice-président en charge de l’histoire et de la mémoire de la 2è D.B Leclerc, qui m’ont permis de rassembler un ensemble d’éléments familiaux et historiques.

 

Jean-Pierre Demeillers

 

Personnalités qui ont appartenu à la 2èmeDB

 

La 2ème DB a rassemblé des hommes qui ont été parfois ensuite très connus, par exemple :

 

Jean Gabin Alexis Montcorgé, rentré de New-York pour s’engager, chef de char, acteur

Jean Marais, conducteur de jeep, acteur

Jean Nohain, animateur radio puis télévision

Jean Daniel  directeur du Nouvel Observateur

Jean Lacouture, journaliste

Jean-Claude Pascal, spahi, acteur

Claude Cheysson, ministre

Yves Guéna, ministre

Robert Galley, ministre

François Jacob, prix Nobel de médecine

entre autres...