
Patrick Descamps devant son
premier char
Patrick Descamps, Français libre
Le 24 août 1944, veille de la
libération de Paris, le char Jemmapes de la 2ème DB du général
Leclerc est détruit et le chef de char, Patrick Descamps est tué. Ses parents
possédaient le château de Pont-Saint-Pierre, et il y résida de ses 16 ans à son
départ pour la guerre, à 21 ans.
1939-40. La débâcle, l’appel.
L’attaque de la Pologne par
l’Allemagne le 1er septembre 1939 plonge l’Europe dans la guerre.
Après la guerre éclair elle met la Pologne hors de combat en trois
semaines. Pendant neuf mois, l’armée française reste derrière la ligne Maginot,
c’est la drôle de guerre, et le 10 mai 1940, les troupes allemandes
envahissent la Hollande, la Belgique, puis la France, passant par les Ardennes.
Les troupes alliées se replient sur Dunkerque pour embarquer vers l’Angleterre,
fuient vers le Sud de la France, ou sont faites prisonnières par l’armée
allemande. C’est la débâcle. Le maréchal Pétain nommé président du conseil
demande l’armistice, et le lendemain, 18 juin 1940, le général de Gaulle lance
de Londres son fameux appel à continuer le combat, acte fondateur de la France
Libre. L’armistice signé par Pétain, la France désarmée est séparée en
deux : au Nord zone occupée et au Sud zone libre dirigée par le régime
collaborationniste de Vichy, dirigée par Pétain, c’est aussi la fin de la
démocratie : Pétain se fait voter les pleins pouvoirs et instaure l’Etat
français à la place de la République. A partir de ce moment, une résistance se
met en place dans l’hexagone et les Colonies françaises.
Le Général Leclerc, le serment de Koufra
Le capitaine Philippe de
Hauteclocque, blessé à la tête, fait prisonnier lors de la campagne de France,
s’évade, rejoint Paris en partie à bicyclette et apprenant que le général de
Gaulle continue le combat, décide de rejoindre Londres, d’où de Gaulle va
organiser le ralliement des colonies d’Afrique françaises à la France Libre.
Philippe de Hauteclocque, qui avait
choisi le patronyme Leclerc pour protéger son épouse et ses six enfants
de possibles représailles, l’un des
rares officiers de carrière à avoir rejoint le général de Gaulle, reçoit le
commandement du Tchad en décembre et porte aussitôt ses efforts vers la Libye
italienne. Avec seulement 400 hommes montés sur 60 véhicules et après une
traversée de plus de 1500 kilomètres de désert, il s’empare de l’oasis de
Koufra et fait jurer à ses compagnons «de ne déposer les armes que lorsque
nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.»
Le 7 décembre 1941, l’attaque des Japonais sur Pearl-Harbour amène les Etats-Unis à entrer en guerre aux côtés des Alliés, et le 8 novembre 1942 ils débarquent en Afrique du Nord, bousculant les troupes de Vichy. La participation de soldats Français Libres aux combats de Bir-Hakeim rencontre un écho considérable. La colonne blindée de Leclerc arrive à Tunis le 8 mai 1943.
Au cours de toutes ses campagnes,
Leclerc vit auprès de ses hommes, couchant comme eux à même le sol,
s’inquiétant de leur moral et de leur ravitaillement. Sa foi en la victoire
finale, son sens du terrain et de la manœuvre, son omniprésence, lui valent un
dévouement sans faille. Quand il reçoit à l’été 1943 la mission de transformer
sa Division Française Libre en 2è Division Blindée, il regroupe à Temara, au
Maroc, le noyau des Français Libres qui sont avec lui depuis près de 3 ans, les
unités déjà constituées d’Afrique du Nord, les engagés et les appelés locaux,
les Corses récemment libérés, les jeunes Français évadés de France en passant
par les Pyrénées et les geôles espagnoles, les rassemblant vers le but commun.
Les équipements sont insuffisants
et obsolètes, les Etats-Unis entament une production de masse d’armements, et
dotent la 2ème DB de 315 chars, 4168 véhicules, 2000 mitrailleuses pour plus de
15 000 hommes et femmes équipés de la tête aux pieds. En ordre de marche
c’est une file d’engins de plus de 300 km ! Pour Leclerc la revanche est
en vue.
Seule ombre au tableau !
Le 15 août 1944, l’armée du général
de Lattre qui débarque en Provence est composée pour moitié de soldats
africains, mais à Paris la 2è D.B présente un tout autre visage : un seul
soldat noir, Claude Mademba Sy.
Les tirailleurs noirs constituent pourtant l’essentiel des ressources en hommes de la colonne Leclerc en 1941, puis de la force L transformée en 2è D.B deux ans plus tard. Mais les Américains, qui équipent les 3 divisions blindées françaises, en ont décidé autrement : ils exigent que la 2ème D.B ne compte aucun soldat noir, prétextant que « les Noirs ne sont pas suffisamment instruits pour combattre dans une division blindée». Les tirailleurs sénégalais de la division sont alors versés dans la 1ère division du général de Lattre de Tassigny ou démobilisés. Cette décision est plus raciale que coloniale car lors de son entrée à Paris, la 2ème D.B compte dans ses rangs quelques 1300 soldats maghrébins. Claude Mademba Sy réussit toutefois à déjouer la directive américaine, car de nationalité française, avec de plus un père chef de bataillon. Le 25 août, il entre dans Paris avec son char, le Pantagruel, puis participe à la libération de Strasbourg et ira jusqu’au nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden.
Patrick Descamps, sa jeunesse, l’appel
Patrick, issu d’une famille
d’industriels du Nord, nait en 1922 à Thumeries. Après avoir habité le château
Blanc de Thumeries, en 1938, ses parents achètent le château de Logempré à
Pont-Saint-Pierre.
Après des études au lycée Louis le
Grand à Paris, il obtient une licence es-sciences. Sans aucun doute promis à un
bel avenir, il en est conscient, et écrit dans un courrier en mai 1944 :
« je crois, si Dieu me prête vie, être destiné à exercer un commandement,
des ouvriers sans doute, des hommes en tous cas. Je demanderai alors à Dieu de
ne jamais me laisser oublier que pour être un vrai chef, il faut aimer, il faut
être juste, il faut être fort. Quand on a décidé quelque chose, y croire et le
vouloir ».
En 1940, les demeures de Thumeries
et Pont-Saint-Pierre sont réquisitionnées par les troupes allemandes
d’occupation. Le château de Pont-Saint-Pierre est le refuge des Allemands et
des chars Panzer sont dissimulés sous les ombrages du parc, à l’est. De 1938 à
début 1943, Patrick séjourne à Pont-Saint-Pierre, ses parents et lui devront à
partir de 1940 cohabiter avec le colonel allemand et ses hommes... Il suit les
évènements : la défaite, l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, le
calamiteux armistice de Pétain, la campagne héroïque du colonel Leclerc en
Afrique et le Serment de Koufra… il est triste, il ne peut supporter
l’occupation de son pays, l’hégémonie de l’Allemagne et la résignation. Dans un
courrier adressé à ses parents, daté de juillet 1943, il exprime son
engagement : «vous savez que ce que je fais aujourd’hui je l’ai décidé
par moi-même avec toute la conviction nécessaire à un tel acte. Je le fais
parce que je crois en mon pays comme je n’ai jamais cessé de croire, parce que
je crois qu’aujourd’hui, mon pays a besoin de moi comme j’aurai toujours besoin
de lui et parce que je sais que c’est sous son drapeau et avec ses armes que je
dois le servir».
Il n’a que 21 ans, et s’engage en
juillet 1943, fuyant de fait le S.T.O*
* le Service de Travail Obligatoire,
consistait à livrer des travailleurs à l’industrie allemande, qui en manque
cruellement depuis que la quasi-totalité des Allemands valides sont au front.
Vichy l’encourage en expliquant que des prisonniers français seront libérés en
échange, tromperie manifeste puisque les retours d’Allemagne de prisonniers
seront exceptionnels
La zone libre est maintenant
occupée par les Allemands et sa traversée est périlleuse. Le régime nazi en
surveille étroitement le passage. Six cents arrestations ont lieu chaque mois
en moyenne, suivies de l’envoi en Allemagne. René Bousquet de la police de
Vichy, triste sire, met en œuvre une répression féroce.
L’internement en Espagne
Patrick, décidé à rejoindre la
France combattante en Afrique du Nord, doit traverser la France et l’Espagne,
trajet courant mais très périlleux.
Après avoir échappé à la vigilance
des troupes d’occupation et des policiers de Vichy présents du
Perthus
à Hendaye, Patrick
traverse les Pyrénées par des sentiers de contrebandiers, de muletiers, vainc
la peur, la faim et le froid. Le régime fasciste de Franco en Espagne est un
allié des nazis, aussi les douaniers espagnols arrêtent les transfuges et les
remettent à la milice ou les incarcèrent en Espagne. Les rescapés de la
montagne endurent alors d’épouvantables conditions d’incarcération dans les
prisons. Patrick subit ce sort et on le transfère au camp de concentration de
triste mémoire durant la guerre civile espagnole, à Miranda de Ebro (province
de Burgos), il y reste 3 mois. L’hostilité du régime envers les ennemis du
Reich imprègne les geôliers. Pour ce jeune, impatient de combattre, l’étape
espagnole laisse un pénible souvenir. L’internement dans des conditions
extrêmes au camp de Miranda est un véritable calvaire. Ensuite c’est l’attente,
l’ennui, la colère souvent et le sentiment d’abandon. Le séjour en Espagne est
de plus ou moins longue durée : les évadés du premier semestre 1943
attendent de longs mois. Cependant l’Espagne est en récession et accepte après
négociations avec les ambassades du Royaume-Uni et des Etats-Unis d’échanger
les prisonniers contre de l’alimentation, du phosphate… Certains prisonniers
peuvent quitter l’Espagne par Algésiras mais le passage est difficile. La
Croix-Rouge coordonne l’évacuation vers Lisbonne et le port de Setubal, les
prisonniers sont dirigés vers Casablanca.
Le Maroc, l’engagement, l’entrainement
Au Maroc, les engagés sont rassemblés dans la forêt de Témara près de Rabat. Patrick signe son acte d’engagement dans les Forces Françaises Combattantes, s’engageant à «servir avec honneur, fidélité et discipline dans la 2ème D.B pour la durée de la guerre actuellement en cours..». Cependant il refuse de suivre les cours des officiers à Cherchell en Algérie de peur de ne pas être affecté à l’armée de libération sur le sol de France, sa détermination est totale. Il a réalisé son idéal et trouvé le chef qui correspond pleinement à ses convictions. Il est affecté à la 1ère section de la 4ème Cie du 501 RCC (régiment de chars de combat), formée principalement de jeunes évadés de France. L’entrainement bat son plein dans la plaine marocaine. C’est la période où de Gaulle confie à Leclerc une mission : la Libération de Paris. Durant 7 mois à Témara et dans les zones avoisinantes de la Casbah, les différentes unités constituant la 2ème D.B bivouaquent dans l’attente des effectifs nécessaires, perçoivent leurs nouveaux équipements, reçoivent l’instruction indispensable et affinent leur cohésion. Il s’agit ensuite de monter l’armement, les accessoires, tout le monde s’y emploie avec la meilleure bonne volonté à défaut d’expérience, vivant sous la guitoune à l’ombre des chênes lièges ou sur le terrain tour à tour boueux et poussiéreux en bordure du bivouac.
Pendant ce temps, les U.S.A produisent
en masse des Liberty Ships d’environ 100 m de long qui peuvent à la fois
traverser l’Atlantique ou la Manche et débarquer des troupes, construits en
quelques jours car le soudage des tôles remplace le rivetage, ce qui fait
gagner un temps considérable. Ils traversent l’océan chargés de matériels,
chars, camions… pour rejoindre l’Angleterre et l’Afrique du Nord.
Chef de char
Chaque char ou véhicule porte l’insigne de la Division, qui représente une carte de France avec la croix de Lorraine. Patrick est versé sur un char léger M3A3, composé d’un équipage de 4 hommes : chef de char, tireur, pilote et copilote, équipé de chenilles à patins de caoutchouc et d’un canon de 37mm. Patrick, caporal-chef, est le seul chef de char qui ne soit ni sous-officier ni officier. Les chars de sa compagnie portent des noms de victoires de la Révolution. On lui affecte le Fleurus.
L’année 1943 s’écoule, l’anxiété
gagne Patrick et ses camarades, mais pendant cette période de formation et
d’attente il fréquente ceux qui seront à jamais ses amis : Jean Deniker,
Yves Ciampi et Alexandre Krementchousky. Tous se posent la question : la
division sera-t-elle désignée pour le débarquement en France ? Le 6 avril 1944,
le général de Gaulle vient au Maroc passer en revue la 2ème D.B et c’est un
bien grand jour pour tous ces jeunes de voir de visu le personnage de l’appel
du 18 juin, le symbole de la révolte !
L’embarquement, l’Angleterre
En avril 1944, c’est l’embarquement
tant attendu, la division quitte l’Afrique du Nord en plusieurs convois. Dans
les bateaux, les hommes sont mélangés, les liens hiérarchiques sont rompus,
d’autres se forment entre des hommes très différents mis face à face pendant la
traversée. C’est un véritable brassage qui oblige tout le monde à se connaître,
à parler. Les chars, half-tracks, automoteurs, jeeps... venant d’unités
différentes sont également mélangés sur les bateaux, ainsi si l’un était
torpillé, aucune unité ne serait
anéantie. Après dix jours de traversée le convoi parti du Maroc arrive au Pays
de Galles. Le 1er juin, son régiment est regroupé au camp d’Huggate
dans le Yorkshire, très petit village, sans magasins, sauf un pub, interdit aux
soldats.
Patrick écrit en mai 1944 à sa famille : « ainsi à 22 ans, après quelques mois d’une vie toute nouvelle et à la veille de circonstances qui auront sur le monde un retentissement énorme, je me retourne sur moi-même et j’y trouve avant toute autre chose la Foi.» Le débarquement a lieu le 6 Juin, et quand éclate la nouvelle c’est la joie bien sûr mais aussi la consternation de ne pas en être... La vie en bivouac continue, manœuvres, inspections, tirs se succèdent, la 4è compagnie est bien rodée. Depuis la mi-juillet 1944, les équipages sont fin prêts et piaffent d’impatience. Fin juillet, l’ordre de départ est donné. L’ensemble des troupes rejoint par route et par fer le port d’embarquement, soit 500 km en deux étapes. L’Angleterre ressemble à une fourmilière et il faut une sévère organisation pour discipliner les unités, respecter les horaires pour qu’il n’y ait ni bouchons, ni accidents….
La campagne de Normandie
Le 2 août, embarquement sur les LST et le 3 au matin, enfin, Patrick et ses équipiers foulent la terre promise. Il débarque sur le Fleurus mais à partir du 7 août sera affecté sur le Jemmapes en remplacement du chef de ce char muté à la section de commandement de sa compagnie. Les Liberty Ships et les LST mouillent à Utah-Beach, dans la Manche. Le lieutenant commandant la 1ère section de la 4ème Cie est le lieutenant Nanterre sur le char Valmy, dont dépend le char de Patrick. Le baptême du feu reçu dans la nuit du 7 au 8 août par bombardement aérien des bivouacs avait annoncé le début des combats.Mise à la disposition de la 3ème armée américaine du général Patton, la division Leclerc est associée à la manœuvre alliée pour couper la retraite des forces allemandes et les empêcher de rejoindre la Seine. Souvent il fait preuve «d’initiatives personnelles» qui s’avèrent payantes. Les Américains apprécieront ses capacités. Après son regroupement à La Haye-du-Puits, la 2ème D.B reçoit l’ordre d’avancer plein sud sur les routes du Cotentin, puis vers Le Mans le 9 aout. Patrick est engagé rapidement dans les combats au nord d’Alençon puis pour la réduction de la poche de Falaise. Une citation à l’ordre du corps d’armée, postérieure à son décès évoque son engagement : «Caporal-chef de char, plein d’ardeur et de conscience, le 12 août 1944 à l’ouest de Sées a fait preuve de belles qualités manœuvrières alors que son char était en pointe d’avant-garde.» La 2ème D.B n’a cesse de se porter à l’avant du dispositif du 15ème corps d’armée. Le 12 août, Alençon est libéré si rapidement que les Américains en sont décontenancés. Patton ne tarit pas d’éloges sur les troupes de Leclerc qui appliquent les principes de l’attaque à outrance depuis que les Français sont en Normandie.
Montée vers la capitale, libération de Paris
Mais la question cruciale reste la
Libération de Paris. L’insistance de Leclerc, l’intervention du général de
Gaulle, l’envoi d’un émissaire par le colonel Rol-Tanguy, chef des Forces
Françaises de l’Intérieur (FFI) amènent Eisenhower à donner l’ordre à la 2ème
D.B de foncer sur Paris. Le 23 août à partir de 7 heures, le sous groupement
Warabiot, auquel appartient Patrick, prend la route en direction de Paris. Le
soir, il bivouaque près de Limours, au sud de la capitale. Le 24, il prend la
route vers son destin. Après de violents combats à Longjumeau, le groupement
Warabiot progresse et rejoint Arpajon sans encombres. Vers 10h00, à environ 1,2
km de la sortie de Longjumeau, des canons de 88 mm installés de part et d’autre
détruisent des chars, la progression est difficile. Il y a de nombreux tués et
blessés, les Allemands opposent une résistance farouche.
Le destin tragique
Le 24 août, vers 11h30, veille de
la Libération de Paris, à la limite de Savigny-sur-Orge et de Morangis, le Jemmapes
est touché alors qu’il vient d’abattre un des derniers antichars Flak 88.
Patrick Descamps est tué au carrefour du chemin des meuniers et de la rue Jean
Allemane, les autres membres de son équipage, Tarraga, Grausse et Jannet sont
blessés. Tous sont pris en charge par les ambulances conduites par les
rochambelles, mais ses amis du 13ème Bataillon Médical au sein de la 2ème D.B,
Jean Deniker, aide-chirurgien, Yves Ciampi, médecin-auxiliaire et Alexandre
Krementchousky, médecin-capitaine ne pourront rien pour lui.
Ses amis, Jean, Yves et Alexandre
Patrick, Jean et Yves sont des
inséparables et semblent avoir fait connaissance pendant l’internement en Espagne
ou lors de leur engagement au Maroc ? Tous trois ont le même âge et ont
souvent l’occasion d’échanger sur leur idéal de vie. Jean Deniker est né à
Pékin, il fait des études de médecine,
mais sera tué durant la campagne en Meurthe et Moselle, en novembre 1944. Yves
Ciampi, né à Paris, fait des études de médecine qu’il continuera à la fin de la
guerre. Il écrira aux parents de Patrick à son retour une lettre
émouvante : «…je suis le seul survivant, c’est trop atroce. J’ai soudain
une cruelle impression de solitude. Et je pense à vous, à madame Deniker. Je
voudrais être là près de vous pour vous dire combien Pat, Jean, étaient
heureux, prenaient la mort en riant, combien ils étaient forts…ils ont franchi
le fossé vie-mort avec le sourire ». Yves Ciampi deviendra réalisateur et
tournera en souvenir de ses amis Les Compagnons de la gloire,
documentaire sur la 2ème D.B et la Libération de Paris, puis Les héros sont
fatigués, Typhon sur Nagasaki, Le vent se lève… Alexandre Krementcho né à
Odessa en 1905, médecin-capitaine, est aussi un photographe hors pair. Il
laissera quelques clichés de ses amis. Naturalisé français en 1945, il exercera
la médecine à Limoges.
Eymeric, le beau-frère de Patrick
On ne peut passer sous silence cet homme de la France Libre. Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de guerre, médailles coloniales et de la France Libre, Eymeric de Pelleport, né en1920 dans les Landes, s’engage en juillet 1940, est affecté à la compagnie de chars du général de Gaulle, rejoint l’Afrique et participe, comme motocycliste, aux opérations de ralliement du Gabon, rejoint la Palestine et fait la campagne de Syrie au guidon d’une moto britannique. A la création de la 2ème D.B, il est affecté à la 397ème CCR au sein de laquelle il commande le 3ème peloton jusqu’à ce qu’il soit blessé en novembre 1944 en Alsace. A l’hôpital du Val de Grâce, il rencontre sa future épouse qui vient le visiter : Jacqueline Descamps, sœur de Patrick, avec laquelle il se marie en 1946 à Pont-Saint-Pierre…
L’exceptionnel rôle des femmes, Rochambelles et Marinettes
Le groupe Rochambeau* est né de la
volonté d’une Américaine, Florence Conrad, âgée de 58 ans en 1944. Lorsque la 1ère
Guerre mondiale éclate en 1914, elle habite Paris et décide de s’engager comme
infirmière. En 1939, elle s’engage de nouveau et publie en 1942
« Camarades de Combat » qui retrace son aventure. En 1943, à New
York, grâce à l’aide de nombreuses femmes américaines, elle collecte de quoi
acheter 19 ambulances. Le groupe qu’elle a fondé prend le nom de Groupe
Rochambeau* : A New York, elle recrute 14 jeunes volontaires françaises,
qui embarquent sur le Pasteur pour Casablanca où personne ne les
attend, mais Florence Conrad sait qu’un certain général Leclerc est en train de
créer une division. La rencontre est délicate mais sa ténacité est récompensée,
elle reçoit l’accord du général. Elle propose 19 ambulances neuves ainsi que de
jeunes volontaires féminines. Le général veut bien des ambulances mais pas des
jeunes filles... Devant l’insistance de Florence Conrad et ne voulant pas
laisser échapper ces 19 véhicules, il accepte, mais uniquement jusqu’à Paris.
Sur place, Florence Conrad engage d’autres jeunes femmes. Le groupe est affecté
à la compagnie du bataillon médical au sein du groupement tactique où se trouve
Patrick Descamps. Les soldats de la division les surnomment rapidement les
Rochambelles. Lorsqu’elles appareillent pour l’Angleterre en mai 1944,
elles ont gagné l’estime des soldats. Aux officiers américains qui tentent de
les empêcher d’embarquer, le général Leclerc réplique "ce ne sont pas des
femmes, ce sont des ambulancières !» C’est ainsi qu’avec leur 19 Dodge,
elles apprennent à mettre les mains dans le cambouis, à prodiguer des soins, à
lire une carte, mais aussi la discipline militaire. L’aventure de ces femmes
énergiques et volontaires, finalement, continue jusqu’au Nid d’Aigle en passant
par la libération de Strasbourg en novembre 1944. Certaines sont tuées durant
la campagne. L’histoire des Marinettes, elle, commence en Algérie
où une jeune femme plein d’entrain, Jacqueline Carsignol, ancienne volontaire
de la Croix Rouge, crée un groupe pour s’occuper des blessés de la 2ème D.B.
Elles sont neuf, et aucune ne sera tuée durant la campagne
* Jean-Baptiste Donatien de Vimeur,
comte de Rochambeau, cher aux Américains, s’est illustré lors de la Guerre
d’Indépendance des Etats-Unis au côté de La Fayette.
La grandeur d’âme
Dans son testament Patrick Descamps
écrit : « Je ne vous dis pas adieu, mes amis, mais au revoir; je
sais que vous ne comprenez pas tous et je ne vous demande pas de le faire, mais
avant de vous quitter je veux vous laisser quelques consignes qui, bien
souvent, me viennent de vous, mais que je veux vous redire afin que chacun de
vous en soit non seulement le gardien, mais le propagateur « Tâchez d’être toujours sûrs de ce que
vous croyez » , « Cherchez la vérité », «Ne comptez pas sur les autres
pour relever la France, commencez vous-mêmes », « A tous , je vous
dis au revoir et je vous quitte sans regrets car je crois en Dieu ».
Et enfin, les paroles de son ami
Yves Ciampi qui survit après l’épopée de la 2ème D.B : « Autant que je
vivrai, je vivrai pour Pat, afin que ce que nous voulions réaliser ensemble
soit réalisé en son nom, et que l’immense somme de puissance, de bonté et de
pureté rejaillisse sur nous et nous permette de travailler dans son souffle et
de ne jamais démériter de lui. »
Patrick Descamps a été inhumé à
Thumeries dans le caveau où sont enterrés ses parents et son frère. Son nom est
mentionné sur les monuments aux morts de Thumeries et Pont-Saint-Pierre. Un
quartier et une rue portent à Thumeries son nom. A Pont-Saint-Pierre,
l’ancienne résidence des personnes âgées, financée par ses parents, porte une
plaque à l’entrée de l’office notarial, côté grande rue, sur laquelle on peut
lire : « Fondation Patrick Descamps, chef de char, armée Leclerc, mort
pour la France, 24 août 1944 ».
Sources :
- l’histoire de Thumeries,
- mémoire des hommes gouv.
- les dernières nouvelles d’Alsace
,
- images de la défense gouv.
- forum 2è DB et site de l’UNABCC
- les compagnons de la libération…
- archives de la famille Descamps
Je remercie personnellement l’abbé
Henri Delavenne, sa mère Delphine, Patrick Descamps, fils de Jean-Claude
Descamps, ainsi que Frédéric de Pelleport-Burète, fils de Jacqueline
Descamps-de Pelleport-Burète, et également Christophe Legrand, vice-président
en charge de l’histoire et de la mémoire de la 2è D.B Leclerc, qui m’ont permis
de rassembler un ensemble d’éléments familiaux et historiques.
Jean-Pierre Demeillers
Personnalités
qui ont appartenu à la 2èmeDB
La 2ème DB a rassemblé des hommes
qui ont été parfois ensuite très connus, par exemple :
Jean Gabin Alexis Montcorgé, rentré
de New-York pour s’engager, chef de char, acteur
Jean Marais, conducteur de jeep,
acteur
Jean Nohain, animateur radio puis
télévision
Jean Daniel directeur du Nouvel Observateur
Jean Lacouture, journaliste
Jean-Claude Pascal, spahi, acteur
Claude Cheysson, ministre
Yves Guéna, ministre
Robert Galley, ministre
François Jacob, prix Nobel de
médecine
entre autres...










