Trouvailles à Pîtres et ses environs immédiats
Régulièrement, dans les champs, les
bois ou les bords de cours d'eau, le passé affleure. Un œil non exercé ne
remarquera rien, mais l'amateur, muni ou non d'un détecteur de métaux, verra un
pièce de monnaie se dessiner dans la glaise, une boucle, un petit objet surgi
du passé, qu'il se contentera de passer à l'eau, brosser légèrement, avant
d'opérer des recherches pour l'identifier, finissant ainsi par se doter d'une
solide culture historique.
La loi en France, assez tatillonne,
permet néanmoins ce genre de loisir, à condition d'avoir l'autorisation du
propriétaire des lieux, et bien entendu de ne pas chercher sur un site
archéologique.
Longtemps très réticents, certains
archéologues changent parfois d'avis, considérant que ce travail d'amateur peut
néanmoins se révéler utile.
Les exemples que nous a montrés un
jeune amateur nous ont quant à nous convaincus qu'exercée dans les règles,
cette activité n'avait rien de dommageable, et se révélait même fort
intéressante pour la connaissance de notre passé.
La rédaction
Monnaies de Napoléon III
Ces trois monnaies de Napoléon III, de 5 et 10 centimes, faisaient partie des pièces courantes en circulation au milieu du XIXe siècle. Fabriquées majoritairement en cuivre, elles prennent avec le temps une teinte verdâtre due à l’oxydation au contact de l’air et de l’humidité.
À l’époque, ces pièces avaient une valeur réelle dans la vie quotidienne :
- 2 centimes représentaient l’équivalent de quelques minutes de travail ou de produits de base comme un petit morceau de pain.
- 5 centimes pouvaient payer un œuf ou une portion de lait.
- 10 centimes équivalaient à un quart d’heure de salaire pour un ouvrier.
Ces monnaies témoignent de la vie
économique du Second Empire, époque où Romilly, traversée par l’Andelle,
connaissait un développement industriel important avec entre autres les
fonderies de cuivre.
Demi-franc de Napoléon
Cette monnaie en argent, datée de 1809, est un demi-franc frappé sous le règne de Napoléon Bonaparte. Son excellent état suggère qu’elle a été perdue rapidement après sa mise en circulation.
La valeur d’un demi-franc
équivalait à plusieurs heures de travail d’un ouvrier ou à un repas complet
pour une personne.
Fait remarquable, on peut encore y
lire le nom du graveur : Tiolier (Pierre-Joseph Tiolier), ce qui témoigne de la
finesse de conservation de cette pièce.
Poids monétaires du Moyen Âge
Ces deux petits objets discrets sont de véritables outils de contrôle dans le commerce médiéval. Datant vraisemblablement du haut Moyen Âge (Vème à IXème siècle), ils étaient utilisés pour peser les pièces d’or, afin de vérifier leur poids réglementaire et éviter les contrefaçons.
À cette époque, des faussaires
pratiquaient en effet les "monnaies fourrées", coulées avec un métal
peu coûteux puis plaquées d’or. Les poids permettaient de repérer ces fraudes.
Ces poids sont un témoignage discret mais essentiel du fonctionnement
économique médiéval, où la confiance dans la monnaie reposait sur la vigilance
et la vérification manuelle.
Le fait de trouver ces poids à
Pîtres, un lieu stratégique sur la Seine, suggère que le village était
autrefois une plaque tournante du commerce fluvial.
Sesterce de Lucille (IIe siècle ap. J.-C.)
Ce sesterce en bronze est frappé à l’effigie de Lucille, fille de l’empereur Marc Aurèle, au IIe siècle de notre ère. Il est remarquable par son diamètre imposant et les détails encore visibles malgré l’érosion du temps.
À l’époque, un sesterce représentait une somme non négligeable :
- la moitié d’une journée de solde d’un légionnaire romain,
- l’achat de plusieurs kilos de blé,
- une modeste ration de vin ou d’huile.
Ces pièces circulaient dans tout
l’Empire romain et reflétaient l’image impériale. Le portrait de Lucille,
souvent idéalisé, servait autant à la propagande dynastique qu’à la
communication visuelle du pouvoir impérial.
Trouver un sesterce localement nous
rappelle combien l’influence de Rome s’étendait loin, et combien les échanges
ont pu être riches et durables.
Hache polie néolithique
Cette hache polie néolithique est un véritable vestige de notre lointain passé. Ce type de découverte est rare et se fait généralement en bord de Seine, là où les populations préhistoriques tannaient les peaux, découpaient, fendaient et fabriquaient divers outils. Elle se distingue par sa forme régulière et ses traces blanchâtres caractéristiques du polissage. Ces haches sont le plus souvent en silex, mais on en trouve parfois en granit, voire en jade.
Ogives en plomb, guerre de 1870-1871
Pîtres fut marqué par les combats de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. De forme conique et alourdies à leur base, ces projectiles étaient tirés avec les fusils à chargement par la culasse (notamment le Chassepot, côté français). Fabriquées en plomb, ces ogives s’aplatissaient à l’impact, causant de graves blessures, une des raisons pour lesquelles cette guerre fut si meurtrière. Leur présence à Pîtres témoigne des combats ou manœuvres qui ont eu lieu dans la région, car la Seine était une ligne stratégique. À l’époque, le prix d’une cartouche était négligeable pour les armées, mais chaque balle transportait un lourd coût humain. Ces vestiges nous rappellent le passage brutal de la modernité dans la guerre, marquée par l’industrie, la précision et l’efficacité létale.
Dés à coudre gallo-romains et médiévaux
Ces petits objets en bronze ou en alliage de cuivre sont des dés à coudre, utilisés entre l’époque gallo-romaine et le Moyen Âge.
Le dé à coudre gallo-romain, souvent
plus fin et légèrement conique, servait à la couture domestique ou artisanale.
Il témoigne de la place centrale du textile dans la vie quotidienne romaine, où
chaque foyer cousait, réparait ou confectionnait vêtements et équipements.
Le dé médiéval, plus trapu et
parfois décoré de motifs simples, montre la continuité d’un savoir-faire à
travers les siècles. Ces objets, souvent perdus et retrouvés isolés, nous
parlent d’activités discrètes, féminines ou artisanales, essentielles au
quotidien mais rarement mentionnées dans les grands récits de l’Histoire.
Leur usure raconte aussi leur usage
intensif : le fil et l’aiguille ont toujours accompagné les mains humaines dans
les moments de paix comme de guerre.
Trois monnaies gauloises – Aulerques Éburovices
Ces trois monnaies frappées par la tribu des Aulerques Éburovices, peuple gaulois du territoire de l’actuelle Normandie, datent des IIe et Ier siècles avant J.-C. Elles constituent un témoignage rare de l’économie et de l’identité locale avant la conquête romaine.
Parmi ces monnaies :
- Deux sont en alliage cuivreux (électrum ou bronze), à iconographie stylisée (chevaux, têtes, symboles abstraits),
- L’une est en argent, sans doute utilisée dans des échanges plus importants ou cérémoniels. À l’époque, ces monnaies avaient une valeur d’usage, mais aussi une valeur symbolique forte : elles affirmaient l’autonomie de la tribu, son réseau d’échanges, et sa capacité à battre monnaie. L’argent, métal précieux, servait à des transactions de haut rang, telles que l’achat de bétail, de terres ou le paiement d’alliés.
- Leur style artistique très stylisé, loin du réalisme romain, illustre une esthétique celtique forte, à la fois spirituelle et graphique.
Retrouver ces pièces à Pîtres
souligne combien ce site, même à l’époque gauloise, était connecté aux grands
axes d’échange régionaux.
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Anneaux gallo-romains en bronze
Ces anneaux en bronze, typiques de l’époque gallo-romaine, ont pu avoir plusieurs usages : bagues, éléments de parure, anneaux utilitaires (sangles, harnais, vêtements).
Le bronze, facilement moulé, était
un métal courant dans la vie quotidienne.
Leur simplicité ou ornementation permet parfois de distinguer leur usage :
- Les plus ouvragés étaient ornementaux ou symboliques,
- Les plus simples, fonctionnels, participaient à la vie domestique ou agricole.
Ces objets montrent l’intégration des Gaulois dans la culture matérielle
romaine après la conquête, tout en conservant des éléments d’identité propres.
Leur présence à Pîtres témoigne d’une occupation dense et active du territoire
dès l’Antiquité.
Demi-sol de Louis XVI
Ce demi-sol (valant 1/240e d’un louis d’or) date du règne de Louis XVI (1774–1792). C’est une petite pièce de cuivre, utilisée dans les transactions courantes.
Sa valeur à l’époque était modeste : de quoi acheter un peu de pain, une chandelle ou payer un péage rural. Elle témoigne d’une monnaie royale fragilisée à la veille de la Révolution, alors que l’économie souffre d’inflation et que le peuple manque de confiance dans la couronne.
Retrouver cette pièce à Pîtres,
c’est retrouver le quotidien des petites gens sous l’Ancien Régime.
Décimes de la Révolution française
Ces pièces de 1 décime ont été frappées pendant la Révolution française, souvent en cuivre ou cuivre rouge.
Le décime valait 10 centimes, et
servait à remplacer l’ancienne monnaie royale, dans une volonté de rupture avec
l’Ancien Régime.
Portant parfois les mentions «
Liberté – Égalité », ces monnaies sont autant politiques que pratiques : elles
servaient à acheter des denrées, des journaux, ou à payer de petits services.
Leur circulation à Pîtres montre
l’impact national de la Révolution, jusque dans les zones rurales.
Boucle de ceinture du Moyen Âge
Cette boucle en métal, datée du Moyen Âge, était fixée à une ceinture en cuir. Elle pouvait appartenir à un vêtement civil, militaire ou religieux. Sa fabrication manuelle, ses formes parfois décorées, traduisent la fonction autant que le statut.
Ce type d’objet se perdait
facilement, ce qui explique qu’on en retrouve en contexte isolé. Elle illustre
un quotidien médiéval sobre mais fonctionnel, où les objets utilitaires étaient
souvent uniques et durables.
Bouton militaire – Poilu du Génie (Première Guerre mondiale)
Ce bouton en laiton ou cuivre porte l’insigne du Génie militaire français, arme spécialisée dans les travaux, fortifications, et transmissions.
Il appartenait à un poilu de la
Première Guerre mondiale, probablement en poste ou en manœuvre à proximité de
Pîtres. Ces boutons étaient standardisés mais portaient la fierté du régiment. Chaque
bouton retrouvé est un fragment d’identité individuelle, perdu au milieu d’un
conflit global.
Plomb de scellé – Tabac
Ce plomb de scellé servait à marquer un ballot de tabac, produit très réglementé au XVIIIe–XIXe siècle. L’État français, détenteur du monopole, utilisait ces scellés pour certifier l’origine, la taxe et l’authenticité des marchandises.
Ils étaient pincés sur les sacs ou caisses de transport. Ces objets discrets racontent le contrôle étatique, la fiscalité et les circuits marchands passés.
Plomb de scellé marqué « Pîtres »
Ce plomb de scellé est encore plus rare car il est marqué du nom de « Pîtres ». Cela suggère que Pîtres possédait ou contrôlait un point de transit commercial (douane, pesée, dépôt).
Ce type de scellé peut indiquer un
atelier local, un poste de contrôle ou un commerce spécifique, probablement
actif au XVIIIe ou XIXe siècle.
Un témoignage exceptionnel de l’activité économique locale et de l’intégration
de Pîtres dans les circuits commerciaux nationaux.
Fibule mérovingienne
Cette fibule est une broche métallique datée de l’époque mérovingienne (Ve–VIIIe siècle), servant à attacher les vêtements. Elle est décorative mais aussi identitaire : les styles (forme, décor, métal) variaient selon le sexe, la fonction sociale et l’origine. Son mode de fabrication (fonte ou estampage) révèle un artisanat soigné. Sa découverte à Pîtres témoigne d’une présence ou passage mérovingien, période de transition entre Antiquité et Moyen Âge.
Double denier tournois – Louis XIII
Cette petite monnaie de cuivre, frappée sous Louis XIII (règne : 1610–1643), valait 2 deniers, soit une très faible somme.
Elle permettait d’acheter une
bougie, un œuf ou un morceau de pain.
Fabriquées à Tours, les « deniers
tournois » sont reconnaissables par leur style rustique.
Ces pièces circulaient largement dans les campagnes et villages comme Pîtres,
servant aux petits échanges du quotidien.
Balles de mousquet en plomb
Ces balles sphériques en plomb, d’un calibre assez large, étaient utilisées dans des mousquets à poudre noire, entre les XVIIe et XIXe siècles. Tirées à courte distance, elles étaient redoutables et faisaient partie de l’armement militaire ou de chasse.
Leur présence à Pîtres évoque peut-être des entraînements, des conflits, ou la chasse rurale.
Chaque balle retrouvée est un écho muet des tensions ou activités militaires passées.
Double denier tournois – Louis Ier
Datée du XIVe siècle, cette monnaie frappée sous Louis Ier d’Anjou ou de Navarre (selon l’attribution), valait également 2 deniers.
À cette époque, les monnaies sont
encore en métal pauvre, mais portent les signes du pouvoir féodal ou royal.
Cette pièce fragile, usée, reflète
une économie en mutation, où la monnaie coexiste encore avec le troc.
Monnaie en billon – Henri Ier
Cette monnaie en billon (alliage d’argent et cuivre) a été frappée sous Henri Ier (roi de France de 1031 à 1060).
C’est une pièce médiévale rare,
souvent mal conservée, mais à forte valeur historique.
Sa valeur symbolique dépassait sa valeur marchande : elle affirmait le pouvoir
royal dans un royaume encore féodal et morcelé.
Trouvée à Pîtres, elle atteste de
la précocité de la présence royale ou du commerce monétarisé dans la région.
Jeton des fidèles de Louis XIV
Ce jeton en métal était frappé à l’effigie ou au nom de Louis XIV, souvent pour récompenser ou identifier les fidèles du roi : partisans, officiers ou membres d’institutions royales.
Ces jetons n’étaient pas des
monnaies mais servaient à marquer l’appartenance, la loyauté ou la fonction. Ils
pouvaient aussi servir de marque d’honneur, parfois distribuée lors de
cérémonies ou campagnes politiques.
Le retrouver à Pîtres suggère soit
une présence administrative royale, soit un objet perdu par un serviteur du
pouvoir monarchique.
Il témoigne de l’emprise symbolique
du roi-soleil jusque dans les campagnes normandes.
Pièce de 25 centimes de franc Lindauer – 1920
Cette petite pièce en cupronickel ajouré, frappée en 1920, est un symbole de la reconstruction d’après-guerre. Créée par Oscar Roty*, elle porte un trou central pour faciliter le port en ficelle ou corde, dans un contexte de pauvreté généralisée.
25 centimes représentaient une
petite dépense : un pain, un journal, une course locale. Circulant jusqu’aux
années 1930, cette pièce marque l'entrée dans une monnaie moderne,
républicaine, égalitaire, sans roi ni empereur.
Sa présence à Pîtres évoque le
quotidien modeste de l’entre-deux-guerres.
*Sculpteur et médailleur, il est surtout connu par sa célèbre semeuse aux pieds nus et bonnet phrygien que l’on a trouvée tout au long du XXème siècle sur pièces de monnaie et timbres-poste
Grelot complet en métal – Cloche ou attelage
Ce grelot en métal, parfaitement conservé, était sans doute fixé à une cloche, un collier de cheval ou un harnais.
Utilisé dès l’époque médiévale
jusqu’au XIXe siècle, le grelot servait à prévenir de la présence d’un animal
ou d’un attelage, mais aussi à rythmer la marche. Les sons émis avaient parfois
un rôle protecteur ou symbolique, notamment en milieu rural.
Sa découverte à Pîtres rappelle
l’importance du transport animal et de la ruralité dans le tissu économique
ancien.
Blason en cuivre doré – Fleur de lys et attaches
Ce blason en cuivre, couvert d’une fine dorure et orné d’une fleur de lys, est un symbole de l’ancien régime royal.
Les deux attaches à l’arrière
suggèrent qu’il était fixé sur un vêtement, un uniforme ou une pièce de
cérémonie, peut-être militaire ou religieuse.
La fleur de lys, emblème de la
monarchie française, indique une fonction officielle ou une appartenance noble.
Cet objet remarquable révèle la
présence de symboles monarchiques forts à Pîtres, peut-être portés par un
officier, un dignitaire ou un partisan du roi.
Grand plomb décoré – Fleur de lys au centre
Ce plomb massif, de près de 5 cm de diamètre, présente en relief une fleur de lys centrale.
Il s’agit probablement d’un sceau
de plomb, utilisé pour fermer, certifier ou sceller un colis, une missive ou un
registre au nom du roi ou d’une administration d’ancien régime.
Le plomb, lourd et malléable,
garantissait que le contenu n’avait pas été falsifié. La présence de la fleur
de lys, emblème royal, renforce l’hypothèse d’un document ou chargement officiel.
Ce type de plomb est très rare, et
témoigne d’un passage administratif ou logistique de haut niveau à Pîtres –
peut-être lié à la Seine, axe majeur de circulation.
Monnaie républicaine (1792-1799)
Ces pièces de un décime, cinq centimes et un centime, datées des premières années du calendrier révolutionnaire, montrent la figure de Marianne et sont les premières à porter l’intitulé « République Française ». Pendant une courte période, elles ont été frappées en concurrence avec des louis, des manufactures royales ayant continué à utiliser l’effigie du roi jusqu’à sa décapitation le 21 janvier 1793.
Sources
Des heures de marche, beaucoup de
kilomètres (à pied) et d'autres heures de recherches sur l'internet pour
identification
Jassim Abdelaziz











































